Le pirate en chef « Grande gueule » à la retraite

11 janvier 2013

Et voilà l’article (signé AFP) le plus réjouissant de la semaine: le départ à la retraite du Barbe noire somalien, Mohamed Abdi Hassan, surnommé « Grande gueule » par ses sbires. Il faut dire qu’après 8 ans d’un business plus que lucratif (les rançons se chiffrent en millions de dollars), il a les moyens de raccrocher les échelles à crampons !!

En plus c’est une retraite toute relative, puisqu’il prévoit de se reconvertir dans…. le commerce du khat ! (activité toutefois parfaitement légale celle-là)

L'un des pionniers de la piraterie somalienne moderne, Mohamed Abdi Hassan, parle aux journalistes le 9 janvier 2013 dans la région de Adado (centre)

L’un des pionniers de la piraterie somalienne moderne, Mohamed Abdi Hassan, alias « Afweyne » (« Grande Gueule » en somali), puissant chef pirate à l’origine de captures très spectaculaires, a annoncé sa retraite à l’issue de huit ans de forfaits extrêmement lucratifs.

« Grande gueule » est resté muet sur les raisons l’ayant poussé à se ranger mais, pour les pirates, la saison 2012 a été marquée par une raréfaction des prises, due au renforcement de la sécurité internationale dans l’Océan indien. « Après avoir été pirate durant huit ans, j’ai décidé de renoncer et d’abandonner la piraterie », a-t-il déclaré mercredi soir, lors d’une cérémonie officielle en présence d’autorités locales à Adado, localité du centre de la Somalie, dont les alentours constituent un repaire de pirates.

« J’ai également encouragé plusieurs de mes collègues à s’arrêter et ils l’ont fait », a-t-il assuré, selon des propos rapportés à l’AFP par un chef coutumier, Ahmed Ali Moalim, membre de l’administration locale présent à la cérémonie.

Physiquement, « Grande gueule » tient plus de l’homme d’affaires que du flibustier ou du vieux loup de mer. Barbe taillée et lunettes de vue Ray-Ban sur le nez, il est vêtu à l’occidentale, chemise blanche col ouvert et veste de costume sombre.

Deux des captures les plus spectaculaires de la piraterie moderne somalienne lui sont pourtant attribuées. Celle en septembre 2008 du Faina, un cargo ukrainien chargé d’armes, notamment des chars d’assaut, systèmes de défense anti-aérienne, lance-roquettes et munitions. Et surtout, deux mois plus tard, celle du superpétrolier saoudien Sirius Star, mastodonte long de 330 mètres et transportant deux millions de barils de brut, une cargaison évaluée à 100 millions de dollars. Les deux navires avaient été libérés respectivement en février et janvier 2009 après versement de rançons de plusieurs millions de dollars chacune.

Le Groupe de contrôle de l’ONU sur la Somalie et l’Erythrée décrivait en juin 2012 « Afweyne » comme « l’un des dirigeants les plus notoires et les plus influents du réseau de piraterie Hobyo-Harardheere » basé dans la région centrale du Mudug, l’une des deux principales organisations pirates somaliennes. Ce rapport accusait des chefs pirates, dont « Afweyne », de bénéficier de complicités et protections à haut niveau au sein des autorités somaliennes, révélant que ce dernier voyageait avec un passeport diplomatique somalien.

Ses auteurs précisaient que la présidence somalienne leur avait fait savoir que ce statut diplomatique lui avait été accordé en échange du démantèlement de son réseau de piraterie. Selon une source proche du dossier, « Afweyne » pourrait désormais se consacrer au commerce légal du khat, une plante euphorisante très prisée dans la Corne de l’Afrique, activité dont il est déjà l’un des principaux acteurs dans le centre de la Somalie.

Les actes de piraterie au large de la Somalie ont chuté l’an dernier à leur plus bas niveau depuis 2009, selon le dernier rapport du Bureau maritime international (BMI), essentiellement en raison des missions internationales antipiraterie dans l’Océan indien et du renforcement de la sécurité armée à bord des navires marchands. Selon la Force navale de l’UE (Eunavfor), en 2012, cinq attaques seulement ont été couronnées de succès sur 35 recensées, contre 176 attaques menées et 25 réussies l’année précédente. Au 31 décembre 2012, huit navires et leurs 139 membres d’équipage étaient néanmoins toujours aux mains de pirates somaliens, selon le BMI, l’Eunavfor évoquant elle 108 otages.

« Notre mission est de lutter contre la piraterie et tout ce qui réduit les attaques est bienvenu », a sobrement réagi un porte-parole d’Eunavfor interrogé par l’AFP sur la retraite d’Afweyne.Si la piraterie a historiquement été endémique au large des côtes somaliennes, celle-ci s’est muée en industrie florissante à la faveur du chaos dans lequel a sombré la Somalie, privée d’autorité centrale depuis 1991.

Au milieu des années 2000, les pirates de mieux en mieux équipés et s’aventurant de plus en plus loin du golfe d’Aden, étaient apparus comme une menace sérieuse pour un autre axe maritime majeur vers le cap de Bonne Espérance à destination de l’Europe et des Etats-Unis, poussant la communauté internationale à déployer des forces navales de protection.

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Samburu

7 janvier 2013

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Second (et donc dernier) volet de nos vacances: un safari de quelques jours à Samburu, magnifique réserve située au centre du Kenya, à 350 km au nord de Nairobi. Un parc injustement méconnu, soulignait à juste titre notre guide de voyage.

Nous l’avons visité sous un jour inhabituel. D’ordinaire quasi désertique, le parc a reverdi après cette saison des pluies plus longue et plus humide que d’ordinaire. J’ai passé des heures à admirer les reflets du soleil dans les hautes herbes argentées. La rivière Ewaso, qui marque la séparation avec la réserve de Buffalo Springs et est le plus souvent asséchée, charriait des eaux boueuses d’où émergeaient tout juste quelques terrifiants crocodiles (ils font jusqu’à trois mètres cinquante de long …).

Lors d’une ballade à pied (sous bonne garde), Joseph a été stupéfait de voir un jeune Samburu traverser à plusieurs reprises la rivière pour transporter ses chèvres d’une rive à l’autre. Les attaques de crocodiles sont fréquentes, et il y a souvent des morts, nous a expliqué James, un employé du camp où nous avons logé. Samburu lui aussi, il traverse régulièrement la rivière pour retourner voir sa famille. Il y a peu, sa ceinture de perles a été à moitié arrachée par un violent coup de queue.

Outre le bonheur de se lever avant l’aube, quand l’air est encore parfumé, pour guetter oiseaux ou léopards (nous en avons vu trois, de près), ce voyage nous a permis de mieux connaître cette tribu nilotique, proche des Masaï. Les Samburu sont moins nombreux (environ 230.000 selon le dernier recensement, contre plus de 800.000 Masaï). Ils parlent la même langue (le Maa), avec quelques variantes, et partagent les mêmes traditions (semi-nomadisme, élevage, polygamie).

Comme les Masaï, ils restent très attachés à leur mode de vie traditionnel, mais s’ouvrent peu à peu. En dehors des vacances scolaires, où il travaille au camp, James est lycéen et doit passer cette année l’équivalent du bac. Mais pour sa tribu, il est avant tout un guerrier chargé de défendre les siens en cas d’attaque (les raids pour voler le bétail sont courants dans cette région). A coup de lance ou de flèches, nous a-t-il raconté en enseignant le maniement de l’arc à Noé. Une drôle de double vie…

Bilan 2012

31 décembre 2012

Les statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel de ce blog, merci à eux ! J’en retiens surtout que mes lecteurs sont venus de 116 pays, incroyable !! En dépit de leurs chiffres encourageants, je regrette de vous avoir quelque peu abandonnés ces dernières semaines. Un petit coup de mou, lié à l’idée de notre départ prochain, une certaine lassitude aussi devant une actualité surdominée par les élections à venir, et le déploiement de médiocrité de la part des candidats en lice.

Ma bonne résolution pour 2013 va donc être de me remettre à mon blog et de vous faire part à rebours des événements marquants de ces dernières semaines, en antidatant sans vergogne mes articles en retard. N’hésitez donc pas à rétropédaler pour les découvrir. Merci à tous de continuer à suivre ce blog et de l’enrichir par vos commentaires !

MWAKA MZURI  !!!   TRES BONNE ANNEE A VOUS TOUS !!!

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Vacances à Diani

23 décembre 2012

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Les vacances de Noël dans les écoles anglaises, c’est long, très long… Du 7 décembre au 7 janvier pour être précise. Il faut occuper les enfants, qui sinon passent leur temps à se battre pour l’ordinateur ou à se taper dessus sans raison précise. Nous nous sommes donc échappés une petite semaine à Diani, une plage idyllique des bords de l’océan indien, au sud du Kenya. Du sable blanc, fin comme de la farine, et une eau turquoise, presque trop chaude à notre arrivée (dans les 30°C…)

On y a nagé (pas mal), mangé (beaucoup), lu (énormément). En vrac: « It’s our turn to eat » (Michaela Wrong), le portrait de John Githongo, un militant anti-corruption qui a fini par fuir le Kenya pour ne pas être assassiné. Un bouquin passionnant mais parfaitement déprimant sur le Kenya contemporain et le degré de pourriture de ses institutions. Et pour se remonter le moral, les manigances politiques et religieuses à la cour d’Henri VIII d’Angleterre (une période qui me fascine), avec le premier tome d’une trilogie d’Hilary Mantel sur Thomas Cromwell (« Wolf Hall », booker prize 2009).

J’attends de récupérer un peu des décapitations en série avant d’attaquer le second tome, « Bring up the bodies » (ça promet), qui – c’est exceptionnel – vient lui aussi de rafler le booker prize 2012. D’ailleurs, dans la série des bouquins-que-j’ai-adoré-cette-année-et que-je recommande-chaleureusement, il y a aussi « House of stone », de Christina Lamb, livre palpitant sur l’invraisemblable auto-destruction du Zimbabwe depuis l’indépendance, à travers les destins parallèles d’une famille de colons et de celle de sa femme de ménage.

Bon et pour vous prouver que je ne suis pas abonnée aux lectures sinistres, j’ai beaucoup beaucoup aimé aussi le délicieux Rosa Candida, d’une auteur islandaise au nom imprononçable, Audur Ava Olafsdottir. J’attends vos coups de coeur de l’année en retour !

Nous voilà rentrés à Nairobi, après dix heures et demie de route (dont quatre heures de pistes et une crevaison…) où Boris a artistiquement navigué entre des camions qui s’obstinent à vouloir se doubler entre eux sur une deux voies très chargée. Nairobi où les averses ne faiblissent pas ces jours-ci en dépit du fait établi que la saison des pluies est théoriquement FINIE depuis mi-décembre. On a frôlé l’inondation du salon…

Alors pour se consoler, on regarde les photos de vacances….

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L’Afrique au secours de la Norvège

20 novembre 2012

Je ne sais pas si vous avez vu cette vidéo très bien faite et très drôle sur une pseudo campagne de soutien de l’Afrique à la Norvège, « où les enfants gèlent ». Elle a été tournée par des étudiants norvégiens soucieux de bousculer un peu les stéréotypes.

Leur message, expliqué sur un site internet dédié: on ne voit de l’Afrique que les enfants affamés, les coups d’état militaires, les malades du sida… Et si on suivait le même raisonnement en ne montrant que des images du glacial hiver norvégien et de ses habitants frigorifiés ??

Et bien on monterait une campagne (Radi Aid !), pour envoyer couvertures et radiateurs aux Norvégiens. Sans oublier un tube de mobilisation composé et chanté par des artistes locaux !!

Emeutes anti-somaliennes à Nairobi

20 novembre 2012

Ethnic Somalis hold weapons as they chant slogans against a rival group in Nairobi(photos AP)

Nombreuses tensions depuis 48 heures au Kenya. Cela a commencé dimanche en fin d’après midi avec un attentat contre un bus dans le quartier d’Eastleigh, à Nairobi. Eastleigh, c’est le bastion des Kényans d’origine somalie et des réfugiés somaliens, à tel point que le quartier est surnommé ici « Little Mogadishu », la petite Mogadiscio. J’y suis allée il y a quelques mois et c’est vrai qu’on se croirait en Somalie avec des mosquées à tous les coins de rue et des commerces partout, tous tenus par des Somalis.

Pour être parfaitement honnête, cet attentat ne m’a pas fait réagir plus que cela, dans un premier temps. C’est terrible à dire mais on devient un peu blasé à force. Depuis l’entrée de l’armée kényane en Somalie en octobre 2011, il y a eu de multiples attentats au Kenya, souvent des jets de grenade contre des bars, des restaurants, des églises. A Nairobi, à Mombasa ou à Garissa, une ville de l’est du pays proche de la frontière somalienne.

Mais l’attentat de dimanche a été particulièrement meurtrier, neuf morts et plus de 30 blessés, et il a déclenché une vague de violence contre les Somaliens à Eastleigh. Dimanche soir et toute la journée de lundi, des foules en colère se sont affrontées, Kényans contre Somaliens, à coup de pierres ou de pangas (les machettes locales). Des gangs criminels s’en sont mêlés m’a expliqué un habitant du quartier.

Le ressentiment contre les Somaliens n’est pas nouveau ici. Ils ont un physique différent, professent une autre religion (l’Islam alors que plus de 70% des Kényans sont chrétiens), forment une communauté très solidaire et réussissent à merveille dans les affaires: de quoi susciter jalousie et animosité chez certains Kényans. Mais les choses ont encore empiré depuis un an. Le Kenya a annoncé son intention de chasser la milice islamiste Al Shebab du sud somalien, et y est en partie parvenu, en collaboration avec les troupes de l’Union africaine. Les Shebabs ont promis de se venger et les attentats – non revendiqués pour la plupart – se sont multipliés.

Du coup, pour beaucoup de Kényans, Somalien rime avec terroriste en puissance. La police et l’armée ne sont pas en reste. Les contrôles au faciès sont devenus monnaie courante, provoquant l’exaspération et la peur dans la communauté somalienne . Hier encore, après l’assassinat de trois des leurs à Garissa, des soldats kényans ont semé la terreur dans la ville, mettant le feu au marché et brutalisant des civils d’ethnie somalie, selon des témoins.

Obama et le sorcier

6 novembre 2012

Si Obama pouvait encore nourrir quelques inquiétudes avant le scrutin d’aujourd’hui, qu’il soit parfaitement rassuré: un sorcier kényan a formellement prédit sa réélection. Originaire de Kogelo, le village natal du père d’Obama situé près de Kisumu, dans l’ouest du Kenya, John Dimo a une technique bien à lui pour prédire le résultat des élections américaines.

D’une main experte (il revendique l’âge vénérable de 105 ans), il a lancé quelques coquillages, os et autres objets non identifiés, devant sa hutte. Verdict: « Obama est nettement en tête et va gagner c’est sûr ». C’est un journaliste de l’agence américaine Associated Press qui raconte l’histoire (les photos aussi sont estampillées AP).

Tous les journalistes de Nairobi (ou presque puisque mon journal n’était pas intéressé) ont bien sûr filé à Kogelo ces derniers jours pour raconter l’Obamania de ce village perdu, où vit toujours la femme du grand-père d’Obama. Il faut dire que Kogelo a vraiment reçu les dividendes de l’accession d’Obama à la présidence. Ecole, route, électricité, hôtel pour accueillir les curieux: le village s’est paraît-il métamorphosé depuis quatre ans.

On ne peut pas en dire autant du continent africain dans son ensemble, où beaucoup d’observateurs ont regretté ces derniers jours le faible engagement de Barack Obama. En quatre ans, il n’est venu qu’une fois en Afrique subsaharienne, au Ghana, et ce pour une visite de moins de 24 heures. Et il n’a pas mis les pieds au Kenya, patrie de son père où il s’était pourtant rendu en tant que Sénateur.

S’il est réélu, beaucoup en Afrique espèrent que son deuxième mandat fera une part plus généreuse au continent.

Une femme, ministre des Affaires étrangères en Somalie

5 novembre 2012

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Cette femme est un petit miracle. Elle vient d’être nommée ministre des Affaires étrangères de Somalie, pays où il y a peu on lapidait encore les femmes adultères dans les zones tenues par les islamistes Shebab.

Fauzia Yusuf Haji Adan fait partie d’un gouvernement resserré de dix ministres, annoncé dimanche par le nouveau Premier ministre. Elle a qualifié « d’historique » sa nomination à ce poste, une première en Somalie. La décision est d’autant plus surprenante que Fauzia Adan est originaire du Somaliland, une région autonome du nord de la Somalie qui s’est déclarée indépendante en 1991 et entretient des relations pour le moins tendues avec Mogadiscio. Ayant longtemps vécu en Grande-Bretagne, elle est aussi une représentante de cette diaspora qui revient en force en Somalie.

Depuis quelques semaines, la Somalie déjoue tous les pronostics, surprend avec à chaque fois des avancées positives. Il y a eu l’élection totalement imprévue de Hassan Sheikh Mohamud, représentant très respecté de la société civile, à la présidence. Puis la nomination de Abdi Farah Shirdon, un ex-homme d’affaires resté loin de la politique, au poste de Premier ministre

Et désormais l’annonce de ce nouveau gouvernement de dix membres seulement, dont deux femmes, longuement mûri pour tenter d’obtenir l’adhésion du Parlement. Ce sera le prochain défi car cette nouvelle équipe ne représente pas l’intégralité des sous-clans somaliens (il aurait fallu beaucoup plus de ministres !) et court donc le risque d’être rejetée par certains députés.

Equation

9 octobre 2012

9+10+1968=2×22

La Grande-Bretagne rattrapée par son passé colonial

8 octobre 2012

Grand jour vendredi pour trois vétérans kényans de la rebellion Mau Mau. La Haute Cour de Londres a reconnu qu’ils avaient bien le droit de poursuivre la Grande-Bretagne pour des crimes commis il y a plus de 50 ans. Le Foreign Office plaidait la prescription des faits, il a perdu et décidé de faire appel.

Peu connue en France, la révolte Mau Mau a laissé un souvenir horrifié en Grande-Bretagne et souvent amer au Kenya. Petit rappel historique pour ceux qui n’auraient pas le temps de se plonger dans l’article passionnant qui lui est consacré par Wikipedia. En 1952, un groupe de jeunes Kikuyu (la première ethnie du pays) décide d’attaquer les colons pour leur reprendre les terres dont ils ont été dépossédés. Ils sont extrêmement violents, et s’en prennent aussi aux membres de leur ethnie qui collaborent avec l’administration coloniale.

Après les avoir traités par le mépris dans un premier temps, les autorités décident de répliquer avec la même brutalité. Le 20 octobre 1952, elles décrètent l’Etat d’urgence. Dans les mois et les années qui suivent, la répression se fait de plus en plus féroce. Bombardement aériens des forêts où se cachent les insurgés. Rafles indiscriminées de Kikuyus, femmes et enfants compris. Déplacements forcés de populations qui se retrouvent parquées dans des villages ou des camps cernés de barbelés. Viols, castrations, tortures sont communs.

La violence y est telle que certains historiens ont qualifié ces camps de « Goulag britannique ». Personne ne sait précisément le nombre de victimes, au moins 10.000 mais peut-être beaucoup plus, sauf pour les colons Blancs: 32 ont été tués. En 1956, le leader de la rebellion, Dedan Kimathi, est arrêté et pendu l’année suivante.

En 1963, à l’indépendance, c’est un Kikuyu modéré, Jomo Kenyatta, qui prendra les rênes du pays. Entouré par de très nombreux anciens collaborateurs de l’administration coloniale, il se gardera bien d’évoquer le mouvement de rebellion qui a tant divisé la population. Le mouvement Mau Mau, toujours officiellement proscrit, restera dans l’ombre jusqu’en 2003, date à laquelle il est réhabilité par le nouveau président, Mwai Kibaki.

Aujourd’hui, une statue de Kimathi trône à un carrefour du centre de Nairobi et les combattants Mau Mau sont fêtés le 20 octobre, rebaptisé en 2010 « Jour des héros », mais la controverse perdure parmi les historiens. S’agissait-il d’un véritable mouvement de libération qui a contribué à l’indépendance du pays ou d’une guerre civile entre Kikuyu ?

En revanche, tous reconnaissent l’incroyable brutalité de l’administration coloniale et de ses supplétifs africains. Des archives récemment dévoilées à Londres et pourtant partiellement « épurées » ont révélé le système de torture systématique mis en place pour casser les insurgés.

Qu’il ait procès ou réglement à l’amiable, l’enjeu est énorme pour Londres car d’autres ex-colonies pourraient suivre le mouvement, notamment la Malaisie.