Archive for the ‘Transports’ Category

Lunatic Express (1)

17 avril 2010

Il y a quelques jours, j’ai visité le Railway museum de Nairobi. Situé tout près de la gare centrale, il vaut vraiment le déplacement, pour ses vieilles locomotives d’abord,  mais aussi et surtout parce qu’il témoigne de l’incroyable épopée que fut la construction de la ligne Mombasa-Ouganda.

 

 

La construction débute à la toute fin du 19e, en 1896. Pour la Grande-Bretagne, puissance coloniale, il s’agit avant tout de désenclaver l’Ouganda pour pouvoir exploiter ses richesses, minières notamment. Une voie ferrée vers le port de Mombasa apparaît comme la solution idéale. Mais le tracé est long, semé d’obstacles, l’investissement pharonique: le projet se heurte donc à l’hostilité de plusieurs députés britanniques. L’un d’eux le qualifiera de « Lunatic line » (ligne insensée), dans un poème satirique:

« What is the use of it, none can conjecture,

What it will carry, there’s none can define,

And in spite of George Curzon’s* superior lecture,

It is clearly naught but a lunatic line. »

* le ministre des Affaires étrangères de l’époque

Bien trouvée, l’expression fait flores, le train sera dès lors surnommé le « Lunatic Express ».

Qu’importe les critiques, le gouvernement passe outre. Pour construire la voie ferrée, il fait venir des travailleurs indiens, Sikhs pour la plupart, et adopte le standard déjà expérimenté en Inde, la voie d’un mètre de large. Aucune machine, tous les rails sont posés à la main.

Le coup d’envoi du chantier est donné à Mombasa fin mai. Et très vite un premier obstacle: il faut franchir le bras de mer qui sépare l’île de Mombasa de la terre ferme. Faute de matériaux adéquats,  huit mois seront nécessaires pour construire un pont temporaire. Un an après la pose du premier rail, seuls 36 kilomètres de voie ont été construits. Le chantier a pris un très gros retard.

Prochain épisode: les lions mangeurs-d’homme de Tsavo

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M les maudits

30 novembre 2009

Notre chauffeur, Tadju, les appelle en pestant les MAUdits (en accentuant la première syllabe). Les maudits donc, ce sont les matatus, ces petites camionnettes qui font office de principal moyen de transport public à Nairobi. Ici point de métro bien sûr et peu de bus. Il y a bien quelques gros bus verts qui sillonnent la ville mais le réseau est insuffisant pour une capitale étendue comme Nairobi. Alors comme dans nombre de pays en développement, les gens qui n’ont pas les moyens d’avoir une voiture recourent à ces sortes de taxis collectifs.

Bariolés, tagués, déglingués, ces matatus (le nom vient apparemment du mot « trois » en swahili, le tarif initial de la course dans les années soixante) suivent des parcours bien définis et ont même parfois des numéros, montrés à la main tendue à travers la portière au client potentiel. C’est une des fonctions de celui que j’appelle le rabatteur. Un matatu, c’est une entreprise à plusieurs. Il y a le propriétaire de la camionnette qui la loue à prix d’or à un chauffeur. Pour rentabiliser l’opération, ce dernier travaille avec un rabatteur, toujours acrobatiquement suspendu à la porte coulissante du véhicule. Il interpelle le piéton en gesticulant, touche le prix de la course, pique un sprint pour sauter dans la camionnette qui redémarre sans l’attendre et surtout admoneste (pour être polie) les autres voitures ayant l’audace de ne pas lui céder immédiatement le passage. Car les matatus sont ici les empereurs de la route. Tout retard étant pour eux synonyme de manque à gagner, ils forcent le passage aux carrefours, brûlent les rares feux rouges (mais pour être juste, peu d’automobilistes semblent leur prêter la moindre attention), n’hésitent pas à s’engouffrer sur les trottoirs pour s’extraire d’un embouteillage, déboîtent sans crier gare…. Bref ils sont le cauchemar de tous les autres conducteurs.

On peut s’entasser à une quinzaine dans un matatu, à condition d’acquitter le prix de la course qui varie en fonction de la distance, du moment de la journée et même de la météo ! C’est l’impitoyable règle de l’offre et de la demande: on paye cher aux heures de pointe (de 40 à 60 shillings, soit autant de centimes d’euros), voire très cher (jusqu’à 100 shillings, le prix d’un ticket de métro à Paris !) quand il pleut des cordes, mais beaucoup moins quand le client se fait rare. Bref maudits mais indispensables, les matatus !