Archive for the ‘Société’ Category

Ushahidi reprend du service pour les prochaines élections

22 janvier 2013

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La semaine dernière, j’ai fait une incursion avec Boris dans l’antre des « geeks » ou des « techies » de Nairobi, le iHub.Une vaste salle aux allures de loft new-yorkais. Murs blancs, verts et noirs, grandes baies vitrées avec une vue sur tout le centre ville et d’où on aperçoit – par beau temps – les collines de Ngong si chères à Karen Blixen.

C’est le lieu de rencontre des fans d’informatique de la capitale kényane, de tous ceux qui rêvent de démarrer une start-up internet. Une « cool place », selon ses fondateurs, avec bar à capuccino et jus de fruits, et baby foot pour se détendre les épaules. Tout le monde ici a le nez dans un ordi,  la plupart du temps un MacBook Pro dernier cri…

Ce iHub a été ouvert en 2010 par Ushahidi, une start-up kényane qui s’est fait connaître dans le monde entier en créant une plate forme de cartographie de crise. L’histoire remonte à début 2008, au plus fort des violences post-électorales. Atterrés par le déferlement de haine, un groupe de bloggers kényans  crée la plate-forme internet « Ushahidi (témoignage en swahili). L’idée est de collecter les témoignages de violences, envoyés par sms ou mail, et à les placer sur une carte interactive, pour pallier les insuffisances des media traditionnels qui peinent à recueillir des informations fiables dans tout le pays.

Pour mémoire, 30 millions de Kényans disposent d’un télephone portable, soit 75% de la population et les sms sont très peu chers ici, donc accessibles au plus grand nombre.

L’initiative a connu un vrai succès. Les fondateurs ont reçu l’appui financier de plusieurs fondations et ils ont créé un logiciel open source accessible à tous. Depuis, ce logiciel « made in Africa » a été utilisé des milliers de fois dans plus de 150 pays pour cartographier des crises (lors du tremblement de terre en Haïti ou des incendies de forêts en Russie par exemple). Une fois les messages scrupuleusement vérifiés, la carte peut faciliter l’organisation des secours ou conduire à l’intervention des forces de sécurité (en cas de violences) par exemple.

Ushahidi se prépare désormais aux prochaines élections du 4 mars au Kenya. Elle a créé un nouveau site, baptisé Uchaguzi (élections) et prévoit une campagne de pub dans les media kényans pour mobiliser les électeurs. Et cette fois, ils pourront aussi communiquer leurs informations à travers twitter et les réseaux sociaux. Une vraie success story africaine !

Samburu

7 janvier 2013

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Second (et donc dernier) volet de nos vacances: un safari de quelques jours à Samburu, magnifique réserve située au centre du Kenya, à 350 km au nord de Nairobi. Un parc injustement méconnu, soulignait à juste titre notre guide de voyage.

Nous l’avons visité sous un jour inhabituel. D’ordinaire quasi désertique, le parc a reverdi après cette saison des pluies plus longue et plus humide que d’ordinaire. J’ai passé des heures à admirer les reflets du soleil dans les hautes herbes argentées. La rivière Ewaso, qui marque la séparation avec la réserve de Buffalo Springs et est le plus souvent asséchée, charriait des eaux boueuses d’où émergeaient tout juste quelques terrifiants crocodiles (ils font jusqu’à trois mètres cinquante de long …).

Lors d’une ballade à pied (sous bonne garde), Joseph a été stupéfait de voir un jeune Samburu traverser à plusieurs reprises la rivière pour transporter ses chèvres d’une rive à l’autre. Les attaques de crocodiles sont fréquentes, et il y a souvent des morts, nous a expliqué James, un employé du camp où nous avons logé. Samburu lui aussi, il traverse régulièrement la rivière pour retourner voir sa famille. Il y a peu, sa ceinture de perles a été à moitié arrachée par un violent coup de queue.

Outre le bonheur de se lever avant l’aube, quand l’air est encore parfumé, pour guetter oiseaux ou léopards (nous en avons vu trois, de près), ce voyage nous a permis de mieux connaître cette tribu nilotique, proche des Masaï. Les Samburu sont moins nombreux (environ 230.000 selon le dernier recensement, contre plus de 800.000 Masaï). Ils parlent la même langue (le Maa), avec quelques variantes, et partagent les mêmes traditions (semi-nomadisme, élevage, polygamie).

Comme les Masaï, ils restent très attachés à leur mode de vie traditionnel, mais s’ouvrent peu à peu. En dehors des vacances scolaires, où il travaille au camp, James est lycéen et doit passer cette année l’équivalent du bac. Mais pour sa tribu, il est avant tout un guerrier chargé de défendre les siens en cas d’attaque (les raids pour voler le bétail sont courants dans cette région). A coup de lance ou de flèches, nous a-t-il raconté en enseignant le maniement de l’arc à Noé. Une drôle de double vie…

L’Afrique au secours de la Norvège

20 novembre 2012

Je ne sais pas si vous avez vu cette vidéo très bien faite et très drôle sur une pseudo campagne de soutien de l’Afrique à la Norvège, « où les enfants gèlent ». Elle a été tournée par des étudiants norvégiens soucieux de bousculer un peu les stéréotypes.

Leur message, expliqué sur un site internet dédié: on ne voit de l’Afrique que les enfants affamés, les coups d’état militaires, les malades du sida… Et si on suivait le même raisonnement en ne montrant que des images du glacial hiver norvégien et de ses habitants frigorifiés ??

Et bien on monterait une campagne (Radi Aid !), pour envoyer couvertures et radiateurs aux Norvégiens. Sans oublier un tube de mobilisation composé et chanté par des artistes locaux !!

Les El Molo ou la nostalgie de la chasse à l’hippopotame

1 juin 2012

De son voyage au Turkana, Boris a ramené de bien beaux articles, dont celui-ci sur une tribu en voie d’extinction: les El Molo.

                        Kenya: les El Molo ou la nostalgie de la chasse à l’hippopotame
                                                                      Par Boris BACHORZ
     
   KOMOTE, 1 juin 2012 (AFP) – Lparin Lokuk ne tuera jamaisKenya - Les El Molo ou la nostalgie de la chasse à l'hippopotame d’hippopotame, ce qui aurait fait de lui un homme selon le rite ancestral de sa communauté: les El Molo, l’une des plus petites tribus du Kenya, voient leurs traditions s’estomper, et leur avenir menacé.
   Au bord du lac Turkana, le plus grand lac en milieu désertique du monde, à l’extrême nord du Kenya, les El Molo sont environ trois mille, vivant quasi-exclusivement dans deux misérables villages de huttes écrasés par la chaleur.
   Si d’innombrables petites tribus en Afrique sont menacées d’extinction, les El Molo sont pour leur part victimes de l’inquiétante chute des ressources halieutiques du Lac Turkana, de la cohabitation avec des communautés expansionnistes voire agressives, et d’une législation environnementale de plus en plus implacable.
   « J’allais souvent chasser l’hippopotame à la sagaie; j’en ai tué quatre jusqu’à l’interdiction de la chasse par le Kenya wildlife service (autorité de protection de la flore et de la faune) il y a quinze ans », se rappelle Charles Luya, 70 ans, du village de Komote.
   Cet homme encore agile à la barbichette blanche explique s’être également longtemps nourri de la chair « délicieuse » du crocodile et de la tortue, deux espèces désormais elles aussi protégées.
   Les El Molo ne mangent donc exclusivement plus que du poisson, faute d’argent pour acheter viande ou légume, avec de graves conséquences sur leur santé.
   Ils ont perdu au passage une des fondations de leur culture, au même titre que les guerriers massai, à quelques centaines de km plus au sud du Kenya, également interdits de chasser le lion, leur rite de passage à l’âge adulte.
    
   – « Tuer un hippopotame, un travail d’équipe » –
    
   « Les jeunes se taquinent souvent sur le fait qu’ils n’ont pas tué d’hippopotame, mais au-delà de la plaisanterie, il y a du regret », témoigne Lparin Lokuk, un pêcheur de 25 ans.
   « Tuer un hippopotame était un travail d’équipe, qui impliquait des liens étroits entre chasseurs. Chacun apprenait à mieux connaître ses forces et ses faiblesses, et cela faisait d’eux des hommes meilleurs », poursuit ce père de deux enfants, au torse et au ventre marqués par des scarifications.
   En conséquence, seuls les plus âgés comme M. Luya exhibent aux lobes échancrés de leurs oreilles les boucles en os d’hippopotame qui distinguent les chasseurs les plus valeureux.
   Les peintures corporelles dédiées à la chasse à l’hippopotame – des ronds blanc et rouge sur le torse et le visage – ne sont plus exhibées que lors des danses traditionnelles.
   « Il reste aux jeunes le rite de la circoncision et la lutte pour prouver leur bravoure », explique cet ancien.
   Le courage des El Molo est déjà rudement mis à l’épreuve par la pauvreté et l’exclusion. Le visiteur de passage est sollicité pour donner des médicaments à un garçon souffrant d’un genou très enflé ou à une jeune fille menacée de cécité, les yeux cachés par un voile pour tenter de se protéger des brûlures du soleil.
   Au premier sourire, enfants comme adultes dévoilent des dents gâtées, beaucoup souffrent de jambes arquées. Mais pour les habitants de Komote privés d’électricité, d’eau courante et de moyen de transport, se faire soigner par un médecin tient du luxe. Seul signe tangible de progrès au village: un réservoir d’eau douce financé par l’Union européenne.
   Les El Molo ont également perdu leur langue, avec la mort du dernier vrai locuteur il y a quelques années, au profit du samburu, langue des fiers chasseurs et éleveurs éponymes, qui dominent le secteur.
   « La mondialisation est comme un ouragan qui emporte tout sur son passage. La plupart des communautés autour du lac sont en danger. Nous ferons tout pour les sauver. Je ne crois pas que les El Molo disparaîtront, mais leur mode de vie sera inévitablement érodé », reconnaît le député local Joseph Lekuton.
   La tradition veut que les El Molo se réfugiaient sur l’île Lorian, sur le lac Turkana, pour fuir combats ou persécutions. C’est sur cette île pelée que ce peuple pourtant converti au catholicisme continue de se recueillir dans quatre huttes sacrées dédiées à la fertilité, à la chasse, à la pluie et au vent.
   « Je veux que mes enfants aillent à l’école, mais aussi qu’ils sachent un peu pêcher, afin qu’ils n’oublient pas leur culture ni d’où ils viennent », explique Lparin Lokuk.
   Mais la génération suivante paraît moins convaincue. Fabion, 14 ans, un des fils de M. Luya qui arbore un maillot défraîchi sigle David Beckham, a déjà fait son choix: « je ne veux pas pêcher, je veux apprendre ».
   bb/aud/cac

Sex workers en colère (par Boris)

6 mars 2012

Mon métier est quand même formidable. En revenant d’un petit déjeuner de presse sur les fonds d’investissements privés qui jouent désormais l’Afrique de l’Est (enfin, un peu), je tombe en centre ville sur un groupe d’une trentaine de manifestants. Il y en a plusieurs par semaine de ces manifestations, spontanées ou parfois payées par un homme politique pour chanter ses louanges.

Rien de tout cela cette fois-ci puisqu’il s’agissait du « Kenya sex workers alliance ». N’écoutant que ma conscience professionnelle, j’ai immédiatement sauté de ma voiture pour en savoir plus. Ces femmes et hommes masqués — en proportion d’ailleurs égale, dans un pays qui interdit l’homosexualité comme quasiment partout en Afrique — manifestaient pour la reconnaissance de leur profession et leur accès aux soins, notamment face au sida. Car la prostitution est illégale au Kenya, même si la manifestation était tout ce qu’il y a de plus autorisée, et que les jeunes femmes en talons aiguilles ne manquent certainement pas sur les grands boulevards la nuit tombée.

Une manifestation très bien organisée, à l’anglaise, avec sit-in devant la Cour suprême, slogans bien rodés –« Les droits des travailleurs du sexe sont des droits de l’Homme » et une pointe d’humour. Au pays de l’évasion fiscale, le leader du groupe a assuré: « Nous sommes prêts à payer des impôts; nous adorerions le faire si le travail sexuel était légalisé ».

Je n’avais sur moi que mon blackberry, mais je ne vais pas jouer les faux modestes: je n’ai pas été peu fier de voir que deux de mes clichés sont passés sur le fil de l’AFP (dont celui sur ce blog)

Gachis

9 février 2012

Difficile d’être jeune au Kenya. Je discutais récemment avec Jimmy, un chauffeur de taxi de 30 ans. Il me disait qu’il avait une formation de laborantin. Mais après avoir travaillé deux ans dans un laboratoire d’analyse, il était obligé de parfaire sa formation en reprenant des études.

Sauf qu’il n’avait pas les moyens. Il a donc du arrêter de travailler dans ce domaine qui l’intéressait beaucoup et devenir chauffeur de taxi pour gagner sa vie.

N’y avait-il pas de possibilité de bourse ou de prêt bancaire ?, lui ai-je demandé. Les bourses étaient réservées aux Kalenjin, l’ethnie du très autoritaire président Moï, resté au pouvoir jusqu’en 2002, m’a-t-il répondu avec amertume. Quant aux banques, quand elles prêtent, elles pratiquent des taux d’intérêt quasi usuraires.

Passionné par les amibes et autres sales bestioles, amoureux de son microscope, Jimmy se voit condamné à ruminer ses regrets dans les embouteillages de Nairobi. A 30 ans, père d’une petite fille, il juge impossible de reprendre des études et parle de génération sacrifiée, la sienne. 

J’ai fait une rencontre similaire à Mombasa, où je viens de passer quelques jours pour le travail. Mohamed, lui aussi, est chauffeur à ses heures perdues. Il parle l’anglais avec un accent très british. Et pour cause, il a passé dix ans en Angleterre où il a commencé des études d’architecture.

Et puis, comme Jimmy, il s’est retrouvé à court d’argent au bout de deux ans. Désormais, il vit de petits boulots: chauffeur, import-export… Mais il garde le sourire et assure qu’il n’a pas regrets, juste des projets !

Tant de jeunes ici et si peu d’emplois, notamment qualifiés. Quand Boris a cherché un informaticien pour le bureau de l’AFP, il a reçu plus de 200 CV…

Tusker academy

21 novembre 2010

Le Kenya aussi a sa Star Academy ! Baptisé « Tusker project fame », car il est sponsorisé par la marque de bière la plus célèbre du pays,  le programme est diffusé tous les soirs en prime time. Initiés par Célestine, nous regardons de temps en temps en famille cette émission de télé-réalité entrée ici dans sa quatrième saison. Vous connaissez le principe: les candidats sélectionnés prennent des cours de chant, de danse pendant toute la semaine et, le week-end, se produisent devant un public.

Dans la version locale, les candidats viennent de quatre pays d’Afrique de l’est: le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie. Cela pimente les débats artistiques d’une bonne dose de nationalisme, chaque pays bataillant pour préserver les chances de ses représentants, en votant par téléphone portable (il y a même un numéro pour les sud-soudanais !). Chaque samedi soir, l’un des candidats est éliminé.

Hier soir, c’était au tour de Gabiro, un Rwandais maintes fois placé sur la sellette,  de quitter l’émission, au grand dam de Joseph. Si nous étions à peu près tous d’accords pour trouver que son filet de voix était à peine audible, Joseph, lui, soutenait envers et contre tout ce candidat, il est vrai sympathique. A vous de juger, avec ce petit extrait d’une émission précédente (attention ne manquez pas le commentaire du dernier juge, célèbre pour ses vacheries):

Inventé par la société de production néerlandaise Endemol, ce concept a eu un succès invraisemblable dans le monde entier, du Liban aux Philippines en passant par l’Equateur. « Operacion Triunfo » dans les pays d’Amérique du sud, « Фабрика звёзд » (qu’on pourrait traduire par « L’école des étoiles ») en Russie, « One million stars » à Taïwan ou « Star factory » en Roumanie: il semble que pas un pays n’ait été épargné !

Les Masaïs et la géothermie

19 mai 2010

C’est l’éternelle lutte entre tradition et modernité. Le mode de vie des Masaïs, peuple pastoraliste et semi-nomade qui vit de ses troupeaux, se heurte en permanence aux évolutions de la société kényane. Beaucoup ont déjà été chassés de leurs terres ancestrales, désormais réservées à la faune sauvage et aux touristes venus en safaris. C’est le cas en Tanzanie dans le parc du Serengeti ou au Kenya, dans le Masaï Mara. Et la situation est la même autour du Lac Naïvasha, gigantesque abreuvoir naturel aux berges fertiles aujourd’hui monopolisé par les producteurs de fleurs et les entreprises de géothermie.

Ces derniers jours, plusieurs dizaines de Masaïs ont bloqué l’activité de quatre puits d’exploitation géothermique du site d’Olkaria, au bord du Lac Naïvasha. Ils protestent contre la détérioration de leurs conditions de vie, provoquée, selon eux, par cette production. L’exploitation de la vapeur d’eaux souterraines à fins de production d’électricité dégrade les sols et entraîne d’importantes nuisances sonores.

Pas de solution simple à ce type de problème. L’exportation de fleurs coupées est devenue une des principales sources de devises du Kenya et le secteur emploie des dizaines de milliers d’ouvriers agricoles. Quant à la géothermie, c’est une des sources de production d’électricité les plus prometteuses au Kenya, qui souffre d’une pénurie criante en la matière.

La seule piste envisagée pour l’instant est de déplacer les populations concernées. Mais sur quelles terres ? Et seront-elles aussi fertiles et propices à l’élevage que celles occupées depuis la nuit des temps par les Masaïs ? Ils en doutent, et moi aussi.

Dix pour cent

3 mai 2010
Pour la fête du travail, samedi dernier, le Premier ministre Raila Odinga, a fait un geste. Il a annoncé une augmentation de 10% du salaire minimum. Dix pour cent, ça a l’air généreux comme ça mais quand on sait que le salaire minimum mensuel varie entre 30 euros (pour un ouvrier agricole) et 60 euros (pour un employé dans une des trois principales villes du pays), on relativise. Qui plus est quand on note que le taux d’inflation était de 4% au mois d’avril. En shillings sonnants et trébuchants, cela veut dire que les salariés kenyans ayant la malchance d’être rémunérés à ce salaire gagneront entre 3 et 6 euros de plus par mois !

J’ignore combien de Kényans touchent le salaire minimum. Les employés de maison qui travaillent pour les expatriés gagnent en général mieux leur vie (entre 80 et 160 euros selon s’ils sont logés ou non et la « générosité » de leur employeur). Les employés de bureau sont eux aussi mieux payés.

Sans parler des politiques ! Il y a quelques semaines, le Standard avait révélé que le président kényan Mwai Kibaki émargeait à 2 millions de shillings par mois, soit près de 20.000 euros, un salaire légèrement supérieur à celui du Premier ministre britannique Gordon Brown et de la Chancelière allemande Angela Merkel. En y ajoutant ses primes et ses faux frais, la rémunération du président kényan grimpe à 450.000 dollars par an, ce qui le place au coude à coude avec Barack Obama !

Aucun commentaire, ni critique directe dans l’article du Standard quant à ce salaire invraisemblable dans un pays où 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Juste quelques remarques anodines ici ou là. Le quotidien note ainsi que le président bolivien Evo Morales, a « surpris beaucoup de monde » en divisant son salaire par deux en arrivant au pouvoir. Il gagne désormais 17.000 euros PAR AN et a promis que les économies réalisées serviraient à recruter davantage d’enseignants, relate le Standard. Autre constatation, en passant, du journal, « bien que gagnant moins que le président Kibaki, le président Obama (…) est le dirigeant de la plus grande puissance mondiale et le commandant en chef de la plus puissante armée ».

Big Brother en croisade contre la corruption

21 avril 2010

Des espions chargés de démasquer les fonctionnaires corrompus: c’est  la derrière arme (fatale ??) anti-corruption imaginée par le gouvernement kényan. Pour lutter contre ce fléau généralisé, dont je vous ai déjà parlé dans un précédent  post, le gouvernement a mis en place une unité spéciale composée de policiers et de fonctionnaires (que l’on espère au dessus de tout soupçon…). Ils seront chargés d’enquêter sur tous les faits de corruption dénoncés par le public et de « tester » les services ou fonctionnaires incriminés. Ce qui veut dire qu’il se pointeront incognito et proposeront des dessous de table pour voir si la personne suspecte est corrompue ou non.

Le programme a déjà été lancé dans l’Agence d’approvisionnement en produits médicaux, dans les services de l’Immigration et dans deux hôpitaux de province. Le quartier général de la police et le Parlement seront les prochains sur la liste. A terme, 450 ministères et administrations devraient être passés au crible.

Le fait d’annoncer publiquement que telle ou telle administration sera testée peut surprendre (on imagine que les corrompus du secteur en question se tiendront à carreau pendant un certain temps) mais à y bien réfléchir c’est plutôt malin. Les moyens humains et techniques n’étant certainement pas à la hauteur de ce phénomène aux allures de pieuvre, mieux vaut laisser planer une menace un peu diffuse en espérant une forme d’auto-censure.

Tous les fonctionnaires pris en flagrant délit de corruption ne seront pas systématiquement poursuivis (les tribunaux seraient engorgés) mais ceux dont l’honnêteté sera prouvée seront promus, a expliqué le patron de la commission de lutte contre la corruption (Kenya Anti-Corruption Commission).

Le système a déjà fait ses preuves, selon lui. Un programme similaire, lancé au sein de la police de New York aux Etats-Unis voilà plusieurs années, aurait permis de diviser de moitié les faits de corruption. 

« La prochaine fois que vous serez tentés de demander un pot-de-vin, réfléchissez-y à deux fois », conclut, en s’adressant directement aux suspects, l’article du Nation consacré à cette initative. Big Brother est en marche !