Après les élections…

En attendant de vous livrer des réflexions plus personnelles sur cette élection au déroulement contestable, voilà mon article paru ce lundi dans La Croix:

Calme et amertume après la présidentielle au Kenya

NAIROBI (Kenya) De notre correspondante

Bien qu’inculpé de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale, Uhuru Kenyatta a été élu président du Kenya, dès le premier tour, par une courte victoire.Un résultat aussitôt contesté par son rival, Raila Odinga, qui a toutefois appelé ses partisans au calme alors que la précédente présidentielle avait dégénéré en émeutes.Les perdants dénoncent le pouvoir sans partage de l’ethnie présidentielle.

 
 Victoire Kenyatta
 

Cinq jours d’un suspense pénible pour une victoire sur le fil : Uhuru Kenyatta, officiellement déclaré vainqueur, samedi près-midi, de l’élection présidentielle kényane, l’a emporté avec 50,07 % des suffrages, soit seulement 8 400 voix de plus que la majorité absolue. Cette annonce a mis un terme à la quasi-paralysie qui s’était emparée du pays depuis le vote, lundi dernier. Étals fermés, rues vides : toute la semaine, la plupart des Kényans étaient restés chez eux, dans l’attente des résultats, craignant de voir se reproduire les violences qui avaient ensanglanté le pays lors des dernières élections de 2007.

Mais à l’exception d’incidents isolés, le calme a prévalu et, samedi, les partisans du vainqueur, en tee-shirt et casquette rouges, ont envahi des artères de la capitale Nairobi, jouant de la vuvuzela ou du klaxon et scandant « Uhuru, Uhuru » . À Nyeri, cœur de la région centrale peuplée essentiellement de Kikuyus, l’ethnie du président Kenyatta, hommes et femmes ont dansé sur les places.

Ce résultat tangent a toutefois immédiatement été contesté par le premier ministre sortant, Raila Odinga, crédité pour sa part de 43,3 % des voix. Entouré de sa garde rapprochée, il a convoqué la presse dans le jardin d’un de ses QG de campagne, juste après l’annonce officielle des résultats. « La démocratie est à l’épreuve », a martelé ce vétéran de la politique kényane, qui, à 68 ans, briguait la présidence pour la troisième et sans doute dernière fois. Évoquant un « scrutin faussé » par de multiples manipulations, il a annoncé vouloir « porter rapidement l’affaire en justice » .

De fait, le déroulement du scrutin a été émaillé d’incidents techniques. Les kits d’identification biométrique qui devaient permettre d’écarter toute fraude ont été défaillants dans la plupart des bureaux de vote. Et le système de transmission électronique des résultats a vite été saturé. La commission électorale a été contrainte de convoquer à Nairobi les responsables électoraux des 291 circonscriptions pour agréger manuellement les résultats. « On a l’impression que l’organisation a péché soit par manque de compétence, soit pour créer le désordre », relève un expert occidental. Les observateurs locaux et internationaux n’ont pas été autorisés à contrôler le déroulement du décompte à Nairobi.

Ces difficultés ont accentué l’amertume des perdants dans un pays dominé depuis l’indépendance par l’ethnie kikuyu, la première du pays avec 17 % de la population. « Il y a un sentiment d’injustice après tout ce que Raila Odinga a fait pour ce pays : il a été au cœur de l’opposition démocratique, il a été emprisonné des années », regrette Trevor Mugwanga, un consultant en microfinance de 40 ans. « Le fait qu’une seule communauté garde le pouvoir aussi longtemps crée du ressentiment. Les autres ethnies devraient avoir une chance de gouverner. »

Béatrice, femme de ménage qui vit dans le bidonville de Kawangware, s’inquiète de l’avenir. « Je suis triste parce que je sais que nous allons souffrir. Depuis le vote, les Kikuyus ont augmenté les prix du bidon de 20 litres d’eau de 3 à 5 shillings (autant de centimes d’euros) et maintenant ils disent qu’elle va monter à 20 shillings dans deux mois. »

Les résultats l’ont montré, les Kényans « ont voté selon des lignes ethniques », observe Emmanuel Kisangani, de l’Institut d’études de sécurité. Uhuru Kenyatta a réalisé des scores de plus de 90 % dans la région centrale, tandis que Raila Odinga rassemblait l’essentiel des voix de sa communauté luo de l’ouest du pays.

Conscient de ces divisions profondes, Uhuru Kenyatta a assuré dans son premier discours officiel qu’il serait « le président de tous les Kényans », quelle que soit leur affiliation politique. « Il a vraiment bien parlé, il sait qu’il doit réconcilier le pays », commente Trevor Mugwanga, qui espère que ces paroles se traduiront dans les faits, avec par exemple la nomination de hauts fonctionnaires issus de diverses ethnies.

Mais le nouveau président doit comparaître en juillet devant la Cour pénale internationale pour son rôle présumé dans les violences post-électorales de 2007-2008. Paradoxalement, jusqu’à maintenant, ces accusations l’ont servi, renforçant les rangs de ses partisans. Toutefois, la communauté internationale n’a pas dissimulé que ses relations avec un président inculpé de crimes contre l’humanité seraient réduites à l’essentiel. Samedi, les messages venus d’Europe ou des États-Unis félicitaient le peuple kényan, sans mentionner le nom de leur nouveau président.

Marie Wolfrom

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Une Réponse to “Après les élections…”

  1. Kenya elections · Peperuka Says:

    […] 1ère partie – Élections 2ème partie – Le vote 3ème partie – L’interminable attente 4ème partie – Kenyatta président 5ème partie – Après les élections […]

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