L’interminable attente…

Contrairement à moi, le Kényans sont patients, très patients. Mais même pour eux, cette interminable attente des résultats a été pénible. Ces derniers jours, Nairobi était une ville fantôme. Aucune voiture ni piéton dans les rues, écoles et nombreux magasins fermés, tout le monde est resté chez soi, vissé devant la télévision. Même les matatus, ces taxis collectifs qui sillonnent sans relâche la ville, sont restés invisibles, décourageant ceux qui auraient eu l’idée incongrue d’aller travailler.

Les premiers résultats, très partiels, sont tombés dès lundi soir et ont toute de suite donné une énorme avance au vice-Premier ministre Uhuru Kenyatta face à son poursuivant le plus proche, le Premier ministre Raila Odinga. Envoyés par téléphones cryptés, ils sont arrivés au compte-goutte jusqu’à ne plus arriver du tout, en raison d’un problème de serveur central.

Alors que la Constitution stipule que les résultats doivent être transmis électroniquement, pour éviter des manipulations, la commission électorale a annoncé mercredi soir convoquer à Nairobi tous les responsables de circonscription pour entamer un décompte manuel.

Voilà mon article, publié jeudi dans La Croix:

Au Kenya, l’attente des résultats fait monter la tension

NAIROBI De notre correspondante

Plus de deux jours après avoir voté, les Kényans attendaient toujours, hier, les résultats officiels du premier tour de l’élection présidentielle.Le dépouillement des bulletins et la publication des résultats se sont révélés lents et chaotiques.Le vice-premier ministre Uhuru Kenyatta, qui serait arrivé en tête, crie au scandale, car un nouveau comptage incluant les votes nuls pourrait donner lieu à un deuxième tour.

 
Une femme transporte une boîte fermée contenant des bulletins de vote des élections kényanes (AFP)

Le flegme des Kényans a été soumis à rude épreuve ces derniers jours. Après avoir patienté jusqu’à huit heures pour pouvoir voter, lundi, ils ne connaissaient toujours pas, quarante-huit heures après, les résultats les plus attendus : ceux de la très disputée élection présidentielle. Au fur et à mesure de l’attente, la tension est montée, jusqu’à devenir évidente hier après-midi. « Si les résultats prennent encore du retard, plus personne ne va les croire », s’agaçait Bernard, un chauffeur de taxi de Nairobi.

Soucieuse d’éviter le scénario de 2007, où la lenteur et le manque de transparence dans l’annonce des résultats avaient exaspéré les électeurs et alimenté les accusations de fraudes et les violences, la nouvelle commission électorale (IEBC) avait pourtant tout prévu. Dès le dépouillement achevé dans les bureaux de vote, chacune des circonscriptions devait compiler en priorité les résultats de la présidentielle et les envoyer au centre électoral de Nairobi via des téléphones portables sécurisés. Mais le système de transmission, débordé par l’afflux, s’est révélé extrêmement lent et le serveur central, vite saturé, a dû être renforcé.

Dès lundi soir, dans un exercice inédit de transparence, la commission a tout de même publié les quelques résultats partiels et provisoires qui lui parvenaient. Irrégulièrement actualisés, ces derniers s’affichaient en permanence sur toutes les chaînes de télévision, mobilisées vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Bloqués depuis la matinée sur environ 44 % des bureaux de vote, ils donnaient toujours, hier soir, une nette avance au vice-premier ministre, Uhuru Kenyatta, avec 53 % des voix contre 42 % au premier ministre, Raila Odinga. Les six autres candidats, très loin derrière, se partageant les 5 % restants.

« Personne ne doit crier victoire ni commencer à protester, ces résultats sont provisoires », a toutefois rappelé le président de la commission électorale, Ahmed Issack Hassan.  Le camp de Raila Odinga a fait valoir que ses places fortes électorales, notamment dans l’Ouest et sur la côte, n’avaient été que t rè s f a i b l e m e n t comptabilisées.

« Nous appelons les candidats, les partis politiques et le public à la patience. La loi nous donne sept jours pour déclarer les résultats officiels », a insisté Ahmed Issack Hassan, tout en espérant être en mesure de les annoncer d’ici à demain. Pour accélérer le processus, la commission a décidé de faire venir en personne, hier, à Nairobi, les responsables des 290 circonscriptions avec leurs procès-verbaux. Mais en début de soirée, ils n’étaient toujours pas tous arrivés.

Les résultats des autres élections, législatives, sénatoriales, locales, étaient quant à eux publiés progressivement au niveau local, sans trop d’anicroches.

Devant la tension croissante, les deux coalitions en tête du scrutin ont appelé leurs partisans au calme, en laissant toutefois poindre leur agacement devant la lenteur du processus. Un facteur technique est venu encore compliquer la situation. En raison de la complexité du scrutin (six bulletins à glisser dans six urnes séparées), le nombre de votes nuls s’avère particulièrement élevé et pourrait approcher le demi-million.

Après les avoir écartés dans un premier temps, la commission électorale a décidé de réintégrer ces votes nuls dans le calcul des pourcentages, conformément à la Constitution, rendant mécaniquement plus difficile une victoire dès le premier tour. Un deuxième tour pourrait, si nécessaire, être organisé en avril.

L’entourage du candidat arrivé en tête dans les premières estimations, Uhuru Kenyatta, a immédiatement crié au scandale. « La Coalition Jubilee est scandalisée que des Kényans sensés puissent aller jusqu’à penser à inclure des bulletins déclarés nuls, a protesté, devant la presse, Charity Ngilu, haut responsable de cette coalition. La logique derrière cela est sinistre et suspecte. » Il pourrait y avoir des recours en justice pour trancher la querelle.

Reste à savoir si le processus électoral peut rester crédible aux yeux des Kényans, alors que certains commencent à remettre en question la compétence de la commission électorale, notamment sur les réseaux sociaux.

Interrogée par la chaîne Citizen, Florence Jaoko, avocate et militante des droits de l’homme, se voulait rassurante hier soir. « Jusqu’à présent, je continue à penser que le processus électoral reste crédible. Les bulletins ont été comptabilisés dans les bureaux de vote et les procès-verbaux ont été signés par les agents électoraux », a-t-elle souligné. « Mais la commission électorale aurait dû nous préparer à de possibles retards, pour que nous soyons moins inquiets », ajoutait-elle.

Marie Wolfrom

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Une Réponse to “L’interminable attente…”

  1. Élections au Kenya ! · Peperuka Says:

    […] partie – Élections 2ème partie – Le vote 3ème partie – L’interminable attente 4ème partie – Kenyatta président 5ème partie – Après les […]

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