Elections

Elections mars 2013 021

Depuis un mois, on ne parle que ça, dans les journaux, à la télé, dans les dîners, et même à l’école… Ca, ce sont les élections présidentielle, législatives et locales du 4 mars. Je n’ai pas échappé à cette obsession nationale, épluchant trois quotidiens par jour, rencontrant des experts et assistant à un nombre non négligeable de conférences de presse. J’étais tellement consciente de ma névrose électorale que j’avais décidé de vous l’épargner, et de fait n’ai rien écrit depuis un mois sur le blog.

Mais là, je craque. Les élections sont demain et je ne peux plus résister. Aux allergiques à la politique, je ne vous en voudrai pas si vous arrêtez net votre lecture, aux autres, vous voilà prévenus. Cette élection dont tout le monde se fiche en France (à en croire l’intérêt très relatif de mes rédactions) est pourtant cruciale et passionnante.

Cruciale parce que le Kenya, bien qu’on semble l’oublier chez nous, est un pays stratégique. Avec le port de Mombasa et son aéroport qui dessert toute l’Afrique, son secteur des services en plein essor, c’est le « hub » économique de l’Afrique de l’est. C’est aussi un rempart contre le terrorisme islamique, qui a prospéré en Somalie avant de connaître quelques retours de fortune ces derniers mois.

Passionnante parce que les enjeux de ce scrutin sont très importants. Il y a cinq ans, les violences post-électorales avaient fait plus de 1.300 morts, 600.000 déplacés et porté un coup rude à la croissance économique du Kenya et de la région. LA question que tout le monde se pose est donc: comment va se passer le prochain scrutin ?

Chacun des deux principaux candidats doit (de son point de vue) absolument l’emporter. Pour Raila Odinga, le Premier ministre âgé de 68 ans, c’est un peu l’élection de la dernière chance, après deux candidatures malheureuses en 1997 et 2007. Il estime (sans doute à raison) s’être fait voler la victoire lors de la dernière élection, officiellement remportée par le président Mwai Kibaki.

L’autre favori, Uhuru Kenyatta, fils du premier président du Kenya, a été inculpé de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale pour son rôle supposé dans l’organisation des violences début 2008. Il a donc fort habilement transformé la campagne en référendum, pour ou contre la CPI. Avec un leitmotiv: « aux Kényans de décider s’ils me font confiance ». Il a promis de continuer à coopérer avec la justice internationale s’il est élu mais s’il s’y refusait, le Kenya risque d’être frappé de sanctions ont averti des diplomates étrangers.

Les deux sont au coude à coude dans les sondages qui leur donnent environ 45% des intentions de vote chacun, loin devant les six autres candidats qui peuvent, au mieux, espérer jouer les faiseurs de roi lors d’un possible second tour en avril. Si les sondeurs ne croient pas une victoire possible dès le premier tour, les candidats s’y emploient pourtant, par tous les moyens. Il est évidemment impossible de prouver d’où ça vient mais les manoeuvres d’intimidation, les achats de vote ou de carte d’identité (pour empêcher un électeur soutenant le camp opposé de voter) se sont multipliés à l’approche des élections, selon la Commission kényane des droits de l’Homme.

Mardi, je suis allée en reportage à Kibera, le bidonville de Nairobi le plus touché par les violences il y a 5 ans. Beaucoup d’habitants sont déjà partis par précaution dans leur village d’origine, et d’autres prévoyaient de suivre dans les prochains jours. Au cas où.

Les Kényans se sont mobilisés pour la paix. Marches, concerts, peintures murales, spots télévisés ont plaidé sans relâche pour une élection pacifique, les candidats aussi. Deux débats télévisés, retransmis simultanément sur toutes les chaînes de télévisions et les radios (une première !), ont permis d’aborder des sujets jusqu’ici tabous: le tribalisme attisé à outrance par les politiques, l’injuste répartition des terres et des ressources…

Alors ici on croise les doigts pour que tout se passe bien demain et les jours qui suivent, sans arriver à y croire tout à fait…

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3 Réponses to “Elections”

  1. France Rastoin-Sternberg Says:

    En Allemagne non plus, ces élections n’excitent ni les médias ni (par suite ?) les foules. Par curiosité, j’ai fait quelques recherches. Le résultat est maigre, mais le voici. Et vive arte ! As-tu déja lu ces articles ?

    http://www.arte.tv/fr/resultats-de-recherche/1383954,templateId=noncache.html?keyword=Elections%20au%20Kenya#gsc.tab=0&gsc.q=Elections%20au%20Kenya&gsc.page=1

    http://www.faz.net/aktuell/politik/ausland/afrika/wahlen-in-kenia-schlacht-der-soehne-12099650.html

    Et tiens-nous au courant de la suite.
    Bisous
    France

  2. Wolfrom Says:

    On partage le « yes we can » version kenyanne en priant pour des élections pacifiques. Ce magnifique pays mérite le meilleur pour ses habitants et il est permis de rêver à une élection présidentielle qui se passe bien et qui porte a sa tête un président épris de justice et de partage plus équitable des richesses…
    En attendant on pense bien à vous en espérant que tout ira bien et que vous pourrez profiter pleinement de vos derniers moment au Kenya. Bises à toute la famille. From Rennes with love.

  3. Kenya elections · Peperuka Says:

    […] partie – Élections 2ème partie – Le vote 3ème partie – L’interminable attente 4ème partie – […]

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