Un détour par Hong Kong

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Une fois n’est pas coutume ce blog africain va faire un détour par l’Asie, où réside une de mes plus fidèles lectrices, championne des commentaires ciselés et acidulés, qui me font rire ou réfléchir c’est selon… J’ai nommé mon amie Frédérique, correspondante de l’Agence France Presse à Hong Kong, ville pour laquelle elle a eu un véritable coup de foudre.

Je lui ai rendu visite l’an dernier, en accompagnant Joseph à son tournoi de rugby, et c’est à elle que je dois mes plus belles découvertes là-bas, de l’île de Lama à Macao en passant par le poétique marché aux oiseaux.

Curieuse de tout et conteuse hors pair, elle est aussi dotée d’une plume alerte, et vient de publier ce post passionnant sur « Les Français à Hong Kong » sur le blog de l’AFP. Sa modestie dut-elle en souffrir, je le partage avec vous. Bonne lecture !!

Les Français à Hong Kong, une présence qui grandit

Par Frédérique PRIS

Hong Kong, ce petit territoire du sud de la Chine, attire depuis plus de 150 ans les Occidentaux, dont les Français. Fortement minoritaires par rapport aux colons britanniques, ils n’en ont pas moins laissé leurs empreintes, de la découverte du bacille de la peste à celle de la fleur devenue le symbole de l’île.

Une poignée en 1850, ils sont aujourd’hui 11.000 inscrits au consulat français (15.000 au total selon les estimations des autorités). C’est la plus importante communauté française dans une ville asiatique. Shanghaï dit en accueillir un plus grand nombre mais le consulat de Hong Kong souligne qu’il s’agit dans ce cas de la région de Shanghaï.

Missionnaires, diplomates, hommes d’affaires, aventuriers, espions, femmes de petite vertu et, depuis quelques décennies, salariés de grandes entreprises ou jeunes gens séduits par l’Asie… Une diversité qui a poussé François Drémeaux, un jeune historien, à se lancer avec une équipe dans la rédaction d’un ouvrage imposant de près de 300 pages, « Hong Kong, présences françaises ».

Dès le départ, « bien que colonie britannique, et coincée entre l’Indochine et la concession française de Shanghaï », Hong Kong a séduit les Français, et ce jusqu’à nos jours, ajoute auprès de l’AFP ce professeur d’histoire au lycée français de Hong Kong, le plus grand d’Asie.

Le premier homme d’affaire français, Auguste Haussmann, un Alsacien, débarque en 1844, après que son navire a échappé à une attaque de pirates dans le delta de la rivière des Perles. « Cette île n’est ni assez peuplée, ni assez fertile, ni assez convenablement située pour pouvoir devenir un marché important », décrète-t-il. Du moins tant que Canton et d’autres ports chinois restent ouverts aux navires étrangers, ajoute-t-il heureusement.

Ses successeurs seront plus enthousiastes. « Une colonie merveilleuse, presque uniquement composée d’un port, l’un des premiers au monde », écrit en 1896 Louis-Marie Rabaud, un négociant lyonnais.

Quelques mois plus tôt, un jeune médecin français d’origine suisse, Alexandre Yersin (photo ci-dessus: sa statue au Musée des sciences médicales de la ville), est arrivé à Hong Kong. Une épidémie de peste frappe le sud de la Chine et le bactériologiste pasteurien de 30 ans découvre le bacille de la peste en juin 1894, dans son laboratoire de fortune installé sous une paillote, dans le quartier de l’hôpital. Autre savant, le père Delavay, un missionnaire français, qui identifie en 1888 sur une colline de l’île une plante de couleur violette et jusqu’alors inconnue: la bauhinia blakeana. En 1997, lors de la rétrocession à la Chine, cette fleur désormais très répandue sur le territoire est choisie pour orner le drapeau de Hong Kong.

Les passagers qui débarquent aujourd’hui à l’aéroport de Hong Kong, s’ils lèvent les yeux, aperçoivent suspendue dans les airs la réplique du Farman IV, le premier avion à s’être posé sur le territoire en 1911, piloté par Charles Van den Born, un Belge naturalisé français.

Certaines choses n’ont pas changé: le premier consul de France, Ernest-Napoléon Godeaux, se plaignait déjà en 1863 du coût des loyers. « Ce que j’écris aujourd’hui n’est pas très différent de mon prédécesseur », remarque le consul de France, Arnaud Barthélemy.

Et « dès sa fondation, Hong Kong devient un débouché majeur pour les vins et cognacs français », note le livre. Car les colons anglais, « où qu’ils soient dans leur empire », souhaitent continuer de savourer les vins français.

Au début du siècle, contrebandiers, truands et prostituées pullulent à Hong Kong, haut lieu de l’opium et des armes prohibées. Un rapport très officiel assure que la moitié des demi-mondaines étrangères de la colonie sont… des Françaises. Et les truands français d’Indochine, lorsque ça sent le roussi, s’enfuient pour Hong Kong.

A partir des années 50, et jusqu’à maintenant, c’est l’essor des sociétés françaises, dans la banque, le BTP…. Le 10.000e Français est enregistré au consulat en 2011.

« Hong Kong, présences françaises », fruit de quatre années de recherche, « bénéficie d’un atout temporel et géographique », souligne François Drémeaux. C’est la première fois, selon ses auteurs, que paraît une somme sur l’histoire de Français dans un pays étranger, sans doute parce que Hong Kong est un territoire peu étendu et que la période couverte est bien délimitée, du début du XIXe siècle à nos jours.

Un aïeul missionnaire en 1860, un grand-père diplomate en 1907, un cousin contrebandier en 1938, un oncle entrepreneur en 1964…. Au-delà des faits historiques, c’est en s’appuyant sur de multiples témoignages que les auteurs ont retracé cette présence française, « une mosaïque d’histoires et de personnages », selon François Drémeaux.

Pour l’historien, parmi les écrivains et journalistes passés par Hong Kong, Marc Chadourne, ancien fonctionnaire de l’administration coloniale en Océanie devenu journaliste, est un de ceux qui a su le mieux décrire dans les années 30 ce territoire où cohabitaient les deux civilisations.

« C’est la Chine, son cri de meute famélique, sa couleur d’épices, de chiffes et de fumée, son audace, sa voracité. La Chine…. Mais cette ville qui lentement émerge des buées, échafaude en un prodigieux mirage son amphithéâtre de buildings, de palaces, de bungalows, monte à la verticale, avec ses jardins suspendus, ses routes en lacets (…), c’est une ville anglaise. C’est Kong Kong », écrit le journaliste.

Les aventuriers et les missionnaires sont certes moins nombreux de nos jours, mais les Français continuent de succomber à la magie de ce territoire, estime le professeur d’histoire. Ils sont plus nombreux, beaucoup s’installent ici pendant longtemps, et hors des quartiers autrefois prisés des expatriés, note-t-il.

Hong Kong n’est « pas un endroit aseptisé », estime le professeur, qui avoue avoir éprouvé « le coup de foudre » pour le territoire lors de son arrivée en 2007.

« Quel est l’endroit au monde où il est possible d’aller marcher pendant six heures sur des sentiers de randonnée, sans apercevoir un seul immeuble, manger une soupe aux nouilles dans une échoppe de Mong Kok (quartier chinois très animé) avant de se rendre dans un centre commercial ultra moderne pour regarder le dernier film hollywoodien? » souligne-t-il.

Un charme et une diversité auxquels avait été sensible Jules Verne (qui n’y a pourtant jamais mis les pieds): dans la version originale du Tour du monde en 80 jours, restée à l’état de brouillon, c’est à Hong Kong que l’écrivain décide de marier son héros Phileas Fogg à la belle et jeune veuve Aouda.

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Une Réponse to “Un détour par Hong Kong”

  1. yibus Says:

    Très intéressant. Je n’imaginais pas que la présence française avait été de cet ordre et avec cette influence.

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