Archive for janvier 2013

Le porte-parole du gouvernement kényan menace la presse…

30 janvier 2013

Surprenant point presse du porte-parole du gouvernement kényan ce matin. Cela a pourtant commencé fort civilement par une invitation à un petit déjeuner de presse dans un hôtel du centre-ville de Nairobi, pour « discuter des prochaines élections ». Arrivé en retard (ça c’est normal), cet ancien journaliste reconverti dans la communication politique depuis plusieurs années, s’est lancé dans une mise en garde de moins en moins voilée contre les journalistes étrangers qui, je cite, « pousseraient le pays dans l’abîme ».

Reprenant un thème apparu récemment chez certains hommes politiques kényans, il a commencé par accuser la presse internationale d’être en bonne partie responsable des violences post-électorales de 2007-08 (1.300 morts, 600.000 déplacés faut-il le rappeler). Cela nous a déjà un peu interloqués mais le meilleur restait à venir.

« Le gouvernement n’a pas l’intention d’interférer, nous n’essayons pas de vous guider », a-t-il commencé, en se voulant sans doute rassurant. « Mais je vous demande de ne pas créer de troubles ». Puis il a continué en lançant « un petit avertissement », qui a-t-il assuré n’est « pas une menace ». Je vous l’écris en anglais car c’est difficile à traduire littéralement: « We will set you on fire before you set us on fire ».

Bon, si cela n’est pas une menace, je me demande bien ce que c’est. En tous cas, les journalistes présents l’ont bien ressentie comme telle. En y réfléchissant un peu plus longuement, il me semble que ce dérapage traduit une vraie inquiétude du gouvernement sur la manière dont vont se dérouler ces élections et sa volonté de se dédouaner par avance. On peut presque le comprendre par « si cela se passe mal, ce sera de votre faute ».

Pas la faute du tribalisme nourri depuis des décennies par les divers responsables politiques kényans, pas la faute de ceux qui ont creusé toujours plus le fossé entre privilégiés et laissés pour compte, non, la faute des média internationaux qui ont le mauvais goût de décrire la réalité kényane telle qu’elle est. Voilà qui n’est pas de très bon augure, à un peu plus d’un mois des élections…

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Ushahidi reprend du service pour les prochaines élections

22 janvier 2013

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La semaine dernière, j’ai fait une incursion avec Boris dans l’antre des « geeks » ou des « techies » de Nairobi, le iHub.Une vaste salle aux allures de loft new-yorkais. Murs blancs, verts et noirs, grandes baies vitrées avec une vue sur tout le centre ville et d’où on aperçoit – par beau temps – les collines de Ngong si chères à Karen Blixen.

C’est le lieu de rencontre des fans d’informatique de la capitale kényane, de tous ceux qui rêvent de démarrer une start-up internet. Une « cool place », selon ses fondateurs, avec bar à capuccino et jus de fruits, et baby foot pour se détendre les épaules. Tout le monde ici a le nez dans un ordi,  la plupart du temps un MacBook Pro dernier cri…

Ce iHub a été ouvert en 2010 par Ushahidi, une start-up kényane qui s’est fait connaître dans le monde entier en créant une plate forme de cartographie de crise. L’histoire remonte à début 2008, au plus fort des violences post-électorales. Atterrés par le déferlement de haine, un groupe de bloggers kényans  crée la plate-forme internet « Ushahidi (témoignage en swahili). L’idée est de collecter les témoignages de violences, envoyés par sms ou mail, et à les placer sur une carte interactive, pour pallier les insuffisances des media traditionnels qui peinent à recueillir des informations fiables dans tout le pays.

Pour mémoire, 30 millions de Kényans disposent d’un télephone portable, soit 75% de la population et les sms sont très peu chers ici, donc accessibles au plus grand nombre.

L’initiative a connu un vrai succès. Les fondateurs ont reçu l’appui financier de plusieurs fondations et ils ont créé un logiciel open source accessible à tous. Depuis, ce logiciel « made in Africa » a été utilisé des milliers de fois dans plus de 150 pays pour cartographier des crises (lors du tremblement de terre en Haïti ou des incendies de forêts en Russie par exemple). Une fois les messages scrupuleusement vérifiés, la carte peut faciliter l’organisation des secours ou conduire à l’intervention des forces de sécurité (en cas de violences) par exemple.

Ushahidi se prépare désormais aux prochaines élections du 4 mars au Kenya. Elle a créé un nouveau site, baptisé Uchaguzi (élections) et prévoit une campagne de pub dans les media kényans pour mobiliser les électeurs. Et cette fois, ils pourront aussi communiquer leurs informations à travers twitter et les réseaux sociaux. Une vraie success story africaine !

Les Kényans enterrent leurs députés insatiables

17 janvier 2013

Kenyan MP state funerals 16-01-2013

Des militants de la société civile kényane ont organisé mercredi un simulacre de « funérailles nationales » pour leurs députés, qui viennent d’achever leur mandat sur un nouveau scandale. Juste avant l’expiration de leur mandat, ces derniers se sont à nouveau voté un confortable « parachute doré » de 80.000 euros chacun. Au passage, ils se sont octroyés un passeport diplomatique à vie, l’accès aux salons VIP des aéroports, et… des funérailles nationales !

Les députés kényans, qui sont parmi les mieux payés au monde (avec 9.900 euros de salaire mensuel non imposable), avaient déjà tenté de faire passer la mesure en octobre dernier mais elle avait alors été retoquée par le président Mwai Kibaki, en raison de sa non conformité constitutionnelle. Selon la nouvelle Constitution c’est à une commission indépendante qu’il revient de décider des salaires dans la fonction publique

Ils sont donc revenus à la charge, après avoir cette fois pris le soin de voter également une retraite très confortable pour le président sortant. Manoeuvre grossière mais qui pourrait néanmoins se révéler efficace. Après avoir signé sans état d’âme la loi le concernant, le président Kibaki a refusé de parapher celle concernant les députés, mais a laissé la porte ouverte à son adoption future, selon les media kényans.

Furieux, quelques centaines de Kényans ont donc pris leurs députés au mot, organisant sur le champ les funérailles nationales auquelles ils aspirent. Portant sur leurs épaules 221 cercueils noirs (un par député), ils ont traversé le centre ville en chantant de pseudo hymnes funèbres, avant de finir par mettre le feu aux cercueils empilés devant le Parlement.

A l’heure du bilan, on peut reconnaître à ce Parlement quelques vertus, notamment celle d’avoir voté l’essentiel des lois d’application de la Constitution. Mais la plupart des Kényans retiendront surtout l’invraisemblable avidité de ces députés et la corruption de nombre d’entre eux. Il sera intéressant de voir si certains seront réélus le 4 mars prochain….

PS: 80.000 euros, cela équivaut à 61 ans de salaire pour un Kényan moyen…

Tragique échec français en Somalie

14 janvier 2013

Un échec tragique. Voilà comment on peut résumer l’opération menée dans la nuit de vendredi à samedi par des commandos français de la DGSE, les services de renseignement extérieurs français. On commence à peine à connaître certains détails de l’intervention, forcément secrète, qui s’est soldée par la mort de deux soldats français et – très probablement – par celle de l’otage, Denis Allex (un pseudonyme). Mais des zones d’ombre demeurent.

Capturé à Mogadiscio en juillet 2009 avec un autre agent de la DGSE (qui s’est « échappé » dans des conditions jamais élucidées un mois plus tard), Denis Allex était l’un des plus anciens otages français. Détenu dans des conditions très pénibles, « inhumaines » a dit le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, il avait lancé un appel à François Hollande dans une vidéo diffusée en octobre dernier.

Il a eu la malchance de tomber aux mains de djihadistes qui ont multiplié les exigences politiques impossibles à satisfaire, comme la libération de combattants islamistes à travers le monde. Face à des négociations qui n’aboutissaient pas et alors que l’otage français avait été localisé dans un village proche de la côte, François Hollande a donné le feu vert à une opération « d’extraction » de la DGSE, apparemment en décembre.

Les services français ont attendu que les conditions météos soient réunies, et une nuit de nouvelle lune, pour lancer l’opération, vendredi soir. Partis de deux navires de guerre français selon Le Point.fr, une cinquantaine de commandos ont été déposés par cinq ou six hélicoptères dans une localité à 3km de Bulomarer, village où était détenu l’otage français.

Les choses ont très vite mal tourné, sans que l’on sache exactement comment ni pourquoi. Selon certaines sources, les soldats français ont été repérés à leur arrivée et les Shebab ont été prévenus par téléphone. D’autres font l’hypothèse d’un piège tendu par les islamistes qui auraient été au courant de l’opération depuis le début. Une seule chose paraît certaine, arrivés à Bulomarer, les commandos français ont été accueillis par de nombreux combattants, lourdement armés.

Après 45 minutes de violents affrontements, selon la version des Shebabs, les Français ont été contraints de repartir en catastrophe, abandonnant l’un des leurs – mort ou gravement blessé – aux Shebab. Les militants islamistes ont annoncé ce lundi la mort de ce soldat et diffusé sur leur compte twitter des photos de son cadavre, entouré d’armes prises à leurs assaillants.

On ne connaît toujours pas avec certitude le sort de l’otage, Denis Allex. Les autorités françaises sont quasi-sûres qu’il a été abattu par ses geôliers dès le début de l’opération, les Shebabs ont affirmé qu’il était toujours vivant. Depuis samedi, ils entretiennent une sorte de suspens macabre sur twitter, affirmant qu’ils l’avaient jugé et étaient parvenus à un verdict unanime, mais sans dire lequel. Une stratégie de communication diablement efficace puisque les media sont contraints d’attendre leurs déclarations pour savoir ce qu’il est advenu de l’otage français.

Dernière question sans réponse claire: y-a-t-il eu des civils tués lors de l’opération ? Des témoignages concordants venus de Bulomarer assurent que sept ou huit civils auraient été victimes des échanges de tirs, mais ils sont impossibles à vérifier, aucun journaliste indépendant ne pouvant se rendre dans cette zone tenue par les Shebab.

PS: le 16 janvier, les Shebabs ont annoncé « avoir exécuté » l’otage français Denis Allex, donné pour mort par les autorités françaises dès samedi.

Le pirate en chef « Grande gueule » à la retraite

11 janvier 2013

Et voilà l’article (signé AFP) le plus réjouissant de la semaine: le départ à la retraite du Barbe noire somalien, Mohamed Abdi Hassan, surnommé « Grande gueule » par ses sbires. Il faut dire qu’après 8 ans d’un business plus que lucratif (les rançons se chiffrent en millions de dollars), il a les moyens de raccrocher les échelles à crampons !!

En plus c’est une retraite toute relative, puisqu’il prévoit de se reconvertir dans…. le commerce du khat ! (activité toutefois parfaitement légale celle-là)

L'un des pionniers de la piraterie somalienne moderne, Mohamed Abdi Hassan, parle aux journalistes le 9 janvier 2013 dans la région de Adado (centre)

L’un des pionniers de la piraterie somalienne moderne, Mohamed Abdi Hassan, alias « Afweyne » (« Grande Gueule » en somali), puissant chef pirate à l’origine de captures très spectaculaires, a annoncé sa retraite à l’issue de huit ans de forfaits extrêmement lucratifs.

« Grande gueule » est resté muet sur les raisons l’ayant poussé à se ranger mais, pour les pirates, la saison 2012 a été marquée par une raréfaction des prises, due au renforcement de la sécurité internationale dans l’Océan indien. « Après avoir été pirate durant huit ans, j’ai décidé de renoncer et d’abandonner la piraterie », a-t-il déclaré mercredi soir, lors d’une cérémonie officielle en présence d’autorités locales à Adado, localité du centre de la Somalie, dont les alentours constituent un repaire de pirates.

« J’ai également encouragé plusieurs de mes collègues à s’arrêter et ils l’ont fait », a-t-il assuré, selon des propos rapportés à l’AFP par un chef coutumier, Ahmed Ali Moalim, membre de l’administration locale présent à la cérémonie.

Physiquement, « Grande gueule » tient plus de l’homme d’affaires que du flibustier ou du vieux loup de mer. Barbe taillée et lunettes de vue Ray-Ban sur le nez, il est vêtu à l’occidentale, chemise blanche col ouvert et veste de costume sombre.

Deux des captures les plus spectaculaires de la piraterie moderne somalienne lui sont pourtant attribuées. Celle en septembre 2008 du Faina, un cargo ukrainien chargé d’armes, notamment des chars d’assaut, systèmes de défense anti-aérienne, lance-roquettes et munitions. Et surtout, deux mois plus tard, celle du superpétrolier saoudien Sirius Star, mastodonte long de 330 mètres et transportant deux millions de barils de brut, une cargaison évaluée à 100 millions de dollars. Les deux navires avaient été libérés respectivement en février et janvier 2009 après versement de rançons de plusieurs millions de dollars chacune.

Le Groupe de contrôle de l’ONU sur la Somalie et l’Erythrée décrivait en juin 2012 « Afweyne » comme « l’un des dirigeants les plus notoires et les plus influents du réseau de piraterie Hobyo-Harardheere » basé dans la région centrale du Mudug, l’une des deux principales organisations pirates somaliennes. Ce rapport accusait des chefs pirates, dont « Afweyne », de bénéficier de complicités et protections à haut niveau au sein des autorités somaliennes, révélant que ce dernier voyageait avec un passeport diplomatique somalien.

Ses auteurs précisaient que la présidence somalienne leur avait fait savoir que ce statut diplomatique lui avait été accordé en échange du démantèlement de son réseau de piraterie. Selon une source proche du dossier, « Afweyne » pourrait désormais se consacrer au commerce légal du khat, une plante euphorisante très prisée dans la Corne de l’Afrique, activité dont il est déjà l’un des principaux acteurs dans le centre de la Somalie.

Les actes de piraterie au large de la Somalie ont chuté l’an dernier à leur plus bas niveau depuis 2009, selon le dernier rapport du Bureau maritime international (BMI), essentiellement en raison des missions internationales antipiraterie dans l’Océan indien et du renforcement de la sécurité armée à bord des navires marchands. Selon la Force navale de l’UE (Eunavfor), en 2012, cinq attaques seulement ont été couronnées de succès sur 35 recensées, contre 176 attaques menées et 25 réussies l’année précédente. Au 31 décembre 2012, huit navires et leurs 139 membres d’équipage étaient néanmoins toujours aux mains de pirates somaliens, selon le BMI, l’Eunavfor évoquant elle 108 otages.

« Notre mission est de lutter contre la piraterie et tout ce qui réduit les attaques est bienvenu », a sobrement réagi un porte-parole d’Eunavfor interrogé par l’AFP sur la retraite d’Afweyne.Si la piraterie a historiquement été endémique au large des côtes somaliennes, celle-ci s’est muée en industrie florissante à la faveur du chaos dans lequel a sombré la Somalie, privée d’autorité centrale depuis 1991.

Au milieu des années 2000, les pirates de mieux en mieux équipés et s’aventurant de plus en plus loin du golfe d’Aden, étaient apparus comme une menace sérieuse pour un autre axe maritime majeur vers le cap de Bonne Espérance à destination de l’Europe et des Etats-Unis, poussant la communauté internationale à déployer des forces navales de protection.

Samburu

7 janvier 2013

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Second (et donc dernier) volet de nos vacances: un safari de quelques jours à Samburu, magnifique réserve située au centre du Kenya, à 350 km au nord de Nairobi. Un parc injustement méconnu, soulignait à juste titre notre guide de voyage.

Nous l’avons visité sous un jour inhabituel. D’ordinaire quasi désertique, le parc a reverdi après cette saison des pluies plus longue et plus humide que d’ordinaire. J’ai passé des heures à admirer les reflets du soleil dans les hautes herbes argentées. La rivière Ewaso, qui marque la séparation avec la réserve de Buffalo Springs et est le plus souvent asséchée, charriait des eaux boueuses d’où émergeaient tout juste quelques terrifiants crocodiles (ils font jusqu’à trois mètres cinquante de long …).

Lors d’une ballade à pied (sous bonne garde), Joseph a été stupéfait de voir un jeune Samburu traverser à plusieurs reprises la rivière pour transporter ses chèvres d’une rive à l’autre. Les attaques de crocodiles sont fréquentes, et il y a souvent des morts, nous a expliqué James, un employé du camp où nous avons logé. Samburu lui aussi, il traverse régulièrement la rivière pour retourner voir sa famille. Il y a peu, sa ceinture de perles a été à moitié arrachée par un violent coup de queue.

Outre le bonheur de se lever avant l’aube, quand l’air est encore parfumé, pour guetter oiseaux ou léopards (nous en avons vu trois, de près), ce voyage nous a permis de mieux connaître cette tribu nilotique, proche des Masaï. Les Samburu sont moins nombreux (environ 230.000 selon le dernier recensement, contre plus de 800.000 Masaï). Ils parlent la même langue (le Maa), avec quelques variantes, et partagent les mêmes traditions (semi-nomadisme, élevage, polygamie).

Comme les Masaï, ils restent très attachés à leur mode de vie traditionnel, mais s’ouvrent peu à peu. En dehors des vacances scolaires, où il travaille au camp, James est lycéen et doit passer cette année l’équivalent du bac. Mais pour sa tribu, il est avant tout un guerrier chargé de défendre les siens en cas d’attaque (les raids pour voler le bétail sont courants dans cette région). A coup de lance ou de flèches, nous a-t-il raconté en enseignant le maniement de l’arc à Noé. Une drôle de double vie…