Archive for novembre 2012

L’Afrique au secours de la Norvège

20 novembre 2012

Je ne sais pas si vous avez vu cette vidéo très bien faite et très drôle sur une pseudo campagne de soutien de l’Afrique à la Norvège, « où les enfants gèlent ». Elle a été tournée par des étudiants norvégiens soucieux de bousculer un peu les stéréotypes.

Leur message, expliqué sur un site internet dédié: on ne voit de l’Afrique que les enfants affamés, les coups d’état militaires, les malades du sida… Et si on suivait le même raisonnement en ne montrant que des images du glacial hiver norvégien et de ses habitants frigorifiés ??

Et bien on monterait une campagne (Radi Aid !), pour envoyer couvertures et radiateurs aux Norvégiens. Sans oublier un tube de mobilisation composé et chanté par des artistes locaux !!

Emeutes anti-somaliennes à Nairobi

20 novembre 2012

Ethnic Somalis hold weapons as they chant slogans against a rival group in Nairobi(photos AP)

Nombreuses tensions depuis 48 heures au Kenya. Cela a commencé dimanche en fin d’après midi avec un attentat contre un bus dans le quartier d’Eastleigh, à Nairobi. Eastleigh, c’est le bastion des Kényans d’origine somalie et des réfugiés somaliens, à tel point que le quartier est surnommé ici « Little Mogadishu », la petite Mogadiscio. J’y suis allée il y a quelques mois et c’est vrai qu’on se croirait en Somalie avec des mosquées à tous les coins de rue et des commerces partout, tous tenus par des Somalis.

Pour être parfaitement honnête, cet attentat ne m’a pas fait réagir plus que cela, dans un premier temps. C’est terrible à dire mais on devient un peu blasé à force. Depuis l’entrée de l’armée kényane en Somalie en octobre 2011, il y a eu de multiples attentats au Kenya, souvent des jets de grenade contre des bars, des restaurants, des églises. A Nairobi, à Mombasa ou à Garissa, une ville de l’est du pays proche de la frontière somalienne.

Mais l’attentat de dimanche a été particulièrement meurtrier, neuf morts et plus de 30 blessés, et il a déclenché une vague de violence contre les Somaliens à Eastleigh. Dimanche soir et toute la journée de lundi, des foules en colère se sont affrontées, Kényans contre Somaliens, à coup de pierres ou de pangas (les machettes locales). Des gangs criminels s’en sont mêlés m’a expliqué un habitant du quartier.

Le ressentiment contre les Somaliens n’est pas nouveau ici. Ils ont un physique différent, professent une autre religion (l’Islam alors que plus de 70% des Kényans sont chrétiens), forment une communauté très solidaire et réussissent à merveille dans les affaires: de quoi susciter jalousie et animosité chez certains Kényans. Mais les choses ont encore empiré depuis un an. Le Kenya a annoncé son intention de chasser la milice islamiste Al Shebab du sud somalien, et y est en partie parvenu, en collaboration avec les troupes de l’Union africaine. Les Shebabs ont promis de se venger et les attentats – non revendiqués pour la plupart – se sont multipliés.

Du coup, pour beaucoup de Kényans, Somalien rime avec terroriste en puissance. La police et l’armée ne sont pas en reste. Les contrôles au faciès sont devenus monnaie courante, provoquant l’exaspération et la peur dans la communauté somalienne . Hier encore, après l’assassinat de trois des leurs à Garissa, des soldats kényans ont semé la terreur dans la ville, mettant le feu au marché et brutalisant des civils d’ethnie somalie, selon des témoins.

Obama et le sorcier

6 novembre 2012

Si Obama pouvait encore nourrir quelques inquiétudes avant le scrutin d’aujourd’hui, qu’il soit parfaitement rassuré: un sorcier kényan a formellement prédit sa réélection. Originaire de Kogelo, le village natal du père d’Obama situé près de Kisumu, dans l’ouest du Kenya, John Dimo a une technique bien à lui pour prédire le résultat des élections américaines.

D’une main experte (il revendique l’âge vénérable de 105 ans), il a lancé quelques coquillages, os et autres objets non identifiés, devant sa hutte. Verdict: « Obama est nettement en tête et va gagner c’est sûr ». C’est un journaliste de l’agence américaine Associated Press qui raconte l’histoire (les photos aussi sont estampillées AP).

Tous les journalistes de Nairobi (ou presque puisque mon journal n’était pas intéressé) ont bien sûr filé à Kogelo ces derniers jours pour raconter l’Obamania de ce village perdu, où vit toujours la femme du grand-père d’Obama. Il faut dire que Kogelo a vraiment reçu les dividendes de l’accession d’Obama à la présidence. Ecole, route, électricité, hôtel pour accueillir les curieux: le village s’est paraît-il métamorphosé depuis quatre ans.

On ne peut pas en dire autant du continent africain dans son ensemble, où beaucoup d’observateurs ont regretté ces derniers jours le faible engagement de Barack Obama. En quatre ans, il n’est venu qu’une fois en Afrique subsaharienne, au Ghana, et ce pour une visite de moins de 24 heures. Et il n’a pas mis les pieds au Kenya, patrie de son père où il s’était pourtant rendu en tant que Sénateur.

S’il est réélu, beaucoup en Afrique espèrent que son deuxième mandat fera une part plus généreuse au continent.

Une femme, ministre des Affaires étrangères en Somalie

5 novembre 2012

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Cette femme est un petit miracle. Elle vient d’être nommée ministre des Affaires étrangères de Somalie, pays où il y a peu on lapidait encore les femmes adultères dans les zones tenues par les islamistes Shebab.

Fauzia Yusuf Haji Adan fait partie d’un gouvernement resserré de dix ministres, annoncé dimanche par le nouveau Premier ministre. Elle a qualifié « d’historique » sa nomination à ce poste, une première en Somalie. La décision est d’autant plus surprenante que Fauzia Adan est originaire du Somaliland, une région autonome du nord de la Somalie qui s’est déclarée indépendante en 1991 et entretient des relations pour le moins tendues avec Mogadiscio. Ayant longtemps vécu en Grande-Bretagne, elle est aussi une représentante de cette diaspora qui revient en force en Somalie.

Depuis quelques semaines, la Somalie déjoue tous les pronostics, surprend avec à chaque fois des avancées positives. Il y a eu l’élection totalement imprévue de Hassan Sheikh Mohamud, représentant très respecté de la société civile, à la présidence. Puis la nomination de Abdi Farah Shirdon, un ex-homme d’affaires resté loin de la politique, au poste de Premier ministre

Et désormais l’annonce de ce nouveau gouvernement de dix membres seulement, dont deux femmes, longuement mûri pour tenter d’obtenir l’adhésion du Parlement. Ce sera le prochain défi car cette nouvelle équipe ne représente pas l’intégralité des sous-clans somaliens (il aurait fallu beaucoup plus de ministres !) et court donc le risque d’être rejetée par certains députés.