La Grande-Bretagne rattrapée par son passé colonial

Grand jour vendredi pour trois vétérans kényans de la rebellion Mau Mau. La Haute Cour de Londres a reconnu qu’ils avaient bien le droit de poursuivre la Grande-Bretagne pour des crimes commis il y a plus de 50 ans. Le Foreign Office plaidait la prescription des faits, il a perdu et décidé de faire appel.

Peu connue en France, la révolte Mau Mau a laissé un souvenir horrifié en Grande-Bretagne et souvent amer au Kenya. Petit rappel historique pour ceux qui n’auraient pas le temps de se plonger dans l’article passionnant qui lui est consacré par Wikipedia. En 1952, un groupe de jeunes Kikuyu (la première ethnie du pays) décide d’attaquer les colons pour leur reprendre les terres dont ils ont été dépossédés. Ils sont extrêmement violents, et s’en prennent aussi aux membres de leur ethnie qui collaborent avec l’administration coloniale.

Après les avoir traités par le mépris dans un premier temps, les autorités décident de répliquer avec la même brutalité. Le 20 octobre 1952, elles décrètent l’Etat d’urgence. Dans les mois et les années qui suivent, la répression se fait de plus en plus féroce. Bombardement aériens des forêts où se cachent les insurgés. Rafles indiscriminées de Kikuyus, femmes et enfants compris. Déplacements forcés de populations qui se retrouvent parquées dans des villages ou des camps cernés de barbelés. Viols, castrations, tortures sont communs.

La violence y est telle que certains historiens ont qualifié ces camps de « Goulag britannique ». Personne ne sait précisément le nombre de victimes, au moins 10.000 mais peut-être beaucoup plus, sauf pour les colons Blancs: 32 ont été tués. En 1956, le leader de la rebellion, Dedan Kimathi, est arrêté et pendu l’année suivante.

En 1963, à l’indépendance, c’est un Kikuyu modéré, Jomo Kenyatta, qui prendra les rênes du pays. Entouré par de très nombreux anciens collaborateurs de l’administration coloniale, il se gardera bien d’évoquer le mouvement de rebellion qui a tant divisé la population. Le mouvement Mau Mau, toujours officiellement proscrit, restera dans l’ombre jusqu’en 2003, date à laquelle il est réhabilité par le nouveau président, Mwai Kibaki.

Aujourd’hui, une statue de Kimathi trône à un carrefour du centre de Nairobi et les combattants Mau Mau sont fêtés le 20 octobre, rebaptisé en 2010 « Jour des héros », mais la controverse perdure parmi les historiens. S’agissait-il d’un véritable mouvement de libération qui a contribué à l’indépendance du pays ou d’une guerre civile entre Kikuyu ?

En revanche, tous reconnaissent l’incroyable brutalité de l’administration coloniale et de ses supplétifs africains. Des archives récemment dévoilées à Londres et pourtant partiellement « épurées » ont révélé le système de torture systématique mis en place pour casser les insurgés.

Qu’il ait procès ou réglement à l’amiable, l’enjeu est énorme pour Londres car d’autres ex-colonies pourraient suivre le mouvement, notamment la Malaisie.

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