La Somalie veut tourner la page de la guerre civile

Des élections présidentielles se tiennent aujourd’hui en Somalie, où la population espère tourner enfin la page de plus de 20 ans de guerre civile. Mogadiscio, la capitale, s’est métamorphosée ces derniers mois. Entre ma première visite là-bas, fin janvier, et la deuxième, fin mai, la ville a changé de visage. Il y a de nouvelles constructions partout (à l’architecture parfois discutable mais bon), l’aéroport a été restauré, les boutiques en tout genre se multiplient et nombre de membres de la diaspora reviennent. C’est le thème de l’article ci-dessous, paru aujourd’hui dans La Croix.

La Somalie veut prendre un nouveau départ

La capitale somalienne, plus sûre, connaît un essor immobilier. Mais un véritable démarrage n’aura lieu que si le nouveau gouvernement préserve la sécurité et poursuit lutte contre la corruption.

Murs criblés d’éclats de balles, maisons en ruine, échoppes closes : fin janvier, l’avenue Maka-Almukarama qui relie l’aéroport de Mogadiscio à la Villa Somalia, résidence du président somalien, était le symbole de la destruction de la ville. Aujourd’hui, éclairée dès le crépuscule par des réverbères à l’énergie solaire, elle rend manifeste sa renaissance. « Les gens sortent prendre un café, discuter politique, les enfants viennent y jouer au foot. Mogadiscio est transformée », se réjouit Abdi Hirsi Warsame, un chef d’entreprise somalien de 40 ans.

Il y a un an, les combattants islamistes shebabs étaient contraints de quitter la ville par l’Amisom, la force de l’Union africaine. Depuis, « la sécurité est bien meilleure », assure Abdi Hirsi Warsame. Assassinats ciblés et attentats à l’explosif restent fréquents, mais, pour les habitants, soumis durant vingt ans à des combats de rue ou des tirs de roquettes, l’amélioration est réelle.

Nombre d’entre eux reviennent. « Les rues sont nettoyées, il y a de nouvelles boutiques, des cafés. Tout le monde reconstruit sa maison. » Abdi Warsame s’en félicite, car sa principale activité est d’importer des biens en provenance de Dubaï. Deux fois par mois, son frère lui expédie de là-bas une cargaison de sucre, spaghettis (très populaires depuis la colonisation italienne !), eau minérale, voitures d’occasion et, depuis peu, de matériaux de construction, ciment d’Oman ou bois de Malaisie.

Boom de l’immobilier

Pas une rue sans une pile de briques ou une maison neuve. Mogadiscio la blanche voit surgir de nouvelles bâtisses bariolées, non sans conflits puisqu’il faut clarifier les droits de propriété, dans un pays où beaucoup d’archives ont disparu. Ce boom de l’immobilier est aussi le fait des membres de la diaspora, qui rentrent au pays par centaines.

Parmi eux, Liban Egal, un Somalien-Américain venu de Baltimore après vingt ans d’exil. « J’aime prendre des risques, cela vaut mieux quand on s’installe en Somalie », plaisante-t-il. Il vient d’ouvrir avec des associés la First Somali Bank (FSB), qui ambitionne de devenir la première banque privée du pays. Elle ne compte pour l’instant qu’une agence et ne prête qu’au compte-gouttes.

« Il n’y a pas encore les institutions nécessaires pour qu’une banque puisse fonctionner : une banque centrale respectée, une législation commerciale et une justice pour l’appliquer. Nous espérons que le nouveau gouvernement va les mettre en place. » En attendant, Liban Egal a lancé un réseau Internet à haut débit, Somalia Wireless, et finance des opérations d’import-export.

Les shebabs ne sont pas encore battus

Si la croissance est restée atone durant vingt ans, l’économie somalienne n’a pas été réduite à néant. Les Somaliens, célèbres pour leur esprit d’entreprise, n’ont jamais baissé les bras. Le shilling est resté en circulation et s’est apprécié à 22 000 shillings pour un dollar, contre 34 000 fin 2011. Trois secteurs ont prospéré : l’agriculture, les télécoms et les systèmes de transferts financiers. « En 2008, la Somalie a exporté 2,5 millions d’animaux, chameaux, brebis, chèvres, vers les pays du Golfe, via les ports de Berbera et Bossasso. En 2011, le chiffre est monté à 4,8 millions », souligne Isabel Faria de Almeida, une des responsables « Somalie » de la délégation de l’Union européenne à Nairobi.

Quant aux transferts financiers de la diaspora, « ils sont estimés à 1 milliard de dollars et je pense que ce chiffre est sous-évalué de 50 à 100 % », explique Aly Khan Satchu, analyste financier kényan. Pour lui, le prochain boom sera énergétique. À environ 1 € le kilowattheure, le prix de l’électricité en Somalie est l’un des plus élevé du monde. De nombreux investisseurs pourraient se lancer dans l’exploration gazière et pétrolière.

Mais rien ne se fera sans sécurité, car les shebabs, chassés de plusieurs de leurs bastions depuis octobre, ne sont pas encore battus. Et la corruption du gouvernement, accusé dans un rapport de la Banque mondiale d’avoir détourné plus de 80 millions d’euros de 2009 à 2010, reste un autre problème majeur, alors que plusieurs de ses membres se présentent à l’élection présidentielle du lundi 10 septembre

Marie Wolfrom

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