Archive for septembre 2012

Tensions à l’approche des élections

20 septembre 2012
L’ambiance est tendue depuis quelques semaines. Après les émeutes de Mombasa, plusieurs massacres ont été commis dans la région de la rivière Tana, au sud-est du pays. Comme trop souvent au Kenya, les politiques manipulent les rivalités tribales à leur profit. Il y a cinq ans, lors des élections présidentielles de décembre 2007, cela s’était soldé par plus de 1.200 morts et tout le monde s’inquiète, alors qu’on approche du prochain scrutin.
Voici mon article pour La Croix, paru ce matin
Nouveaux massacres au Kenya à l’approche des élections

À moins de six mois de l’élection présidentielle, des massacres entre tribus rivales dans le sud-est du pays font craindre des violences semblables à celles qui avaient suivi le scrutin de décembre 2007

Cases en cendres, murs d’une école maculés de sang, fosses communes : ces images diffusées en boucle à la télévision ont rappelé de bien mauvais souvenirs aux Kényans, qui espéraient avoir tourné la page des violences ethniques et politiques.Il y a cinq ans, à la suite d’une élection présidentielle au résultat contesté, deux mois de violences s’étaient soldés par plus de 1 200 morts et 600 000 déplacés. Si les années électorales sont souvent marquées par des affrontements au Kenya, ce bilan particulièrement sanglant avait choqué le pays et fait plonger son économie.Pourtant, à ce jour, seule une poignée de responsables ont été jugés. Face à l’inertie de la justice kényane, c’est la Cour pénale internationale (CPI) qui s’est saisie du dossier. Elle doit juger en avril 2013 quatre hauts responsables politiques, accusés d’avoir organisé les violences en sous-main. Et à l’approche des élections présidentielle et législatives programmées début mars, les tensions resurgissent.

De violents massacres

Après l’assassinat d’un prêcheur islamiste, des émeutes ont fait plusieurs victimes à Mombasa, fin août, et, depuis quelques semaines, un nouveau cycle de violences touche la région de Tana River (sud-est). D’attaques en représailles, les affrontements entre la communauté Orma, constituée d’éleveurs nomades, et les Pokomo, des agriculteurs sédentaires, ont déjà fait plus de 100 victimes et 13 000 déplacés.

De tout temps, ces tribus se disputent points d’eau et pâturages, souvent l’arme à la main. Mais jamais leurs rivalités n’avaient atteint de telles proportions, laissant penser à une manipulation politique. « Il est évident qu’il y a de la politique là-dessous. Les attaques n’étaient pas spontanées, mais très organisées », relève Robert Ndege, analyste du cabinet de conseil Africa Practice. Des témoins ont rapporté que les assaillants, lourdement armés, étaient parfois étrangers à la région. Et ils s’en sont pris aussi aux femmes et aux enfants, du jamais-vu lors des précédents conflits.

Attestant cette hypothèse, un vice-ministre kényan, député d’une circonscription du district, a été accusé d’avoir incité aux violences avant d’être suspendu du gouvernement. Ce scénario rappelle celui des précédentes années électorales. Pour s’assurer d’être élus, certains hommes politiques n’hésitaient pas à faire le ménage dans leur circonscription, chassant les ethnies rivales via des milices à leur solde.

Importance de l’appartenance ethnique

Au Kenya, qui compte une cinquantaine de tribus, l’appartenance ethnique guide le plus souvent le vote des électeurs. « Les hommes politiques continuent de jouer la carte ethnique », constate Ndun’u Wainaina, directeur du Centre international sur la politique et les conflits (ICPC). Au niveau local, l’enjeu est d’autant plus important que la nouvelle Constitution prévoit une forte décentralisation des pouvoirs, avec la création de postes de gouverneurs et de sénateurs élus eux aussi en mars prochain.

Depuis le début de l’année, près de 250 personnes ont été tuées dans des violences tribales ou politiques et les observateurs craignent que la tension n’aille croissant. « Il y a un risque de nouvelles violences électorales, notamment dans les circonscriptions cosmopolites telles que celle de Nakuru, dans la vallée du Rift, mais je ne pense pas que cela soit aussi grave que lors de la dernière élection », nuance Robert Ndege.

Créée juste après les violences de 2007-2008, la commission nationale pour la cohésion et l’intégration assure surveiller médias et meetings électoraux pour sanctionner tout dérapage et « faire tout son possible pour que les prochaines élections se déroulent pacifiquement ».

        MARIE WOLFROM à Nairobi   

La Somalie veut tourner la page de la guerre civile

10 septembre 2012

Des élections présidentielles se tiennent aujourd’hui en Somalie, où la population espère tourner enfin la page de plus de 20 ans de guerre civile. Mogadiscio, la capitale, s’est métamorphosée ces derniers mois. Entre ma première visite là-bas, fin janvier, et la deuxième, fin mai, la ville a changé de visage. Il y a de nouvelles constructions partout (à l’architecture parfois discutable mais bon), l’aéroport a été restauré, les boutiques en tout genre se multiplient et nombre de membres de la diaspora reviennent. C’est le thème de l’article ci-dessous, paru aujourd’hui dans La Croix.

La Somalie veut prendre un nouveau départ

La capitale somalienne, plus sûre, connaît un essor immobilier. Mais un véritable démarrage n’aura lieu que si le nouveau gouvernement préserve la sécurité et poursuit lutte contre la corruption.

Murs criblés d’éclats de balles, maisons en ruine, échoppes closes : fin janvier, l’avenue Maka-Almukarama qui relie l’aéroport de Mogadiscio à la Villa Somalia, résidence du président somalien, était le symbole de la destruction de la ville. Aujourd’hui, éclairée dès le crépuscule par des réverbères à l’énergie solaire, elle rend manifeste sa renaissance. « Les gens sortent prendre un café, discuter politique, les enfants viennent y jouer au foot. Mogadiscio est transformée », se réjouit Abdi Hirsi Warsame, un chef d’entreprise somalien de 40 ans.

Il y a un an, les combattants islamistes shebabs étaient contraints de quitter la ville par l’Amisom, la force de l’Union africaine. Depuis, « la sécurité est bien meilleure », assure Abdi Hirsi Warsame. Assassinats ciblés et attentats à l’explosif restent fréquents, mais, pour les habitants, soumis durant vingt ans à des combats de rue ou des tirs de roquettes, l’amélioration est réelle.

Nombre d’entre eux reviennent. « Les rues sont nettoyées, il y a de nouvelles boutiques, des cafés. Tout le monde reconstruit sa maison. » Abdi Warsame s’en félicite, car sa principale activité est d’importer des biens en provenance de Dubaï. Deux fois par mois, son frère lui expédie de là-bas une cargaison de sucre, spaghettis (très populaires depuis la colonisation italienne !), eau minérale, voitures d’occasion et, depuis peu, de matériaux de construction, ciment d’Oman ou bois de Malaisie.

Boom de l’immobilier

Pas une rue sans une pile de briques ou une maison neuve. Mogadiscio la blanche voit surgir de nouvelles bâtisses bariolées, non sans conflits puisqu’il faut clarifier les droits de propriété, dans un pays où beaucoup d’archives ont disparu. Ce boom de l’immobilier est aussi le fait des membres de la diaspora, qui rentrent au pays par centaines.

Parmi eux, Liban Egal, un Somalien-Américain venu de Baltimore après vingt ans d’exil. « J’aime prendre des risques, cela vaut mieux quand on s’installe en Somalie », plaisante-t-il. Il vient d’ouvrir avec des associés la First Somali Bank (FSB), qui ambitionne de devenir la première banque privée du pays. Elle ne compte pour l’instant qu’une agence et ne prête qu’au compte-gouttes.

« Il n’y a pas encore les institutions nécessaires pour qu’une banque puisse fonctionner : une banque centrale respectée, une législation commerciale et une justice pour l’appliquer. Nous espérons que le nouveau gouvernement va les mettre en place. » En attendant, Liban Egal a lancé un réseau Internet à haut débit, Somalia Wireless, et finance des opérations d’import-export.

Les shebabs ne sont pas encore battus

Si la croissance est restée atone durant vingt ans, l’économie somalienne n’a pas été réduite à néant. Les Somaliens, célèbres pour leur esprit d’entreprise, n’ont jamais baissé les bras. Le shilling est resté en circulation et s’est apprécié à 22 000 shillings pour un dollar, contre 34 000 fin 2011. Trois secteurs ont prospéré : l’agriculture, les télécoms et les systèmes de transferts financiers. « En 2008, la Somalie a exporté 2,5 millions d’animaux, chameaux, brebis, chèvres, vers les pays du Golfe, via les ports de Berbera et Bossasso. En 2011, le chiffre est monté à 4,8 millions », souligne Isabel Faria de Almeida, une des responsables « Somalie » de la délégation de l’Union européenne à Nairobi.

Quant aux transferts financiers de la diaspora, « ils sont estimés à 1 milliard de dollars et je pense que ce chiffre est sous-évalué de 50 à 100 % », explique Aly Khan Satchu, analyste financier kényan. Pour lui, le prochain boom sera énergétique. À environ 1 € le kilowattheure, le prix de l’électricité en Somalie est l’un des plus élevé du monde. De nombreux investisseurs pourraient se lancer dans l’exploration gazière et pétrolière.

Mais rien ne se fera sans sécurité, car les shebabs, chassés de plusieurs de leurs bastions depuis octobre, ne sont pas encore battus. Et la corruption du gouvernement, accusé dans un rapport de la Banque mondiale d’avoir détourné plus de 80 millions d’euros de 2009 à 2010, reste un autre problème majeur, alors que plusieurs de ses membres se présentent à l’élection présidentielle du lundi 10 septembre

Marie Wolfrom

Back to school

4 septembre 2012

In English for the last time… Et oui, c’est avec une certaine nostalgie que j’ai accompagné Clara et Joseph pour leur dernière rentrée à Braeburn, leur école anglaise de Nairobi. Cette fois, c’est eux qui m’ont rappelé de ne pas oublier la traditionnelle photo souvenir que je prends chaque année à la même date. Noé aussi a fait sa rentrée, enthousiaste: « Daddy, let’s go to school », a-t-il lancé à Boris en le tirant par le bras.

Depuis notre retour à Nairobi, il y a un peu plus d’une semaine, j’y pense souvent, comme pour m’habituer progressivement à l’idée: cette année scolaire sera l’ultime que nous passerons au Kenya et cela me désole. Mais bon, nous avons bien l’intention d’en profiter pour multiplier découvertes au Kenya et escapades aux alentours. Madagascar, Ethiopie, Mozambique, Ouganda, Tanzanie… que de pays encore à visiter avant notre retour dans la vieille Europe.

Parmi mes bonnes résolutions de rentrée, il y a aussi celle de tenir ce blog avec plus d’assiduité. Mais bon, pour être franche, mon pourcentage de réussite dans le respect des bonnes-résolution-de-la-rentrée est historiquement assez faible…