Les El Molo ou la nostalgie de la chasse à l’hippopotame

De son voyage au Turkana, Boris a ramené de bien beaux articles, dont celui-ci sur une tribu en voie d’extinction: les El Molo.

                        Kenya: les El Molo ou la nostalgie de la chasse à l’hippopotame
                                                                      Par Boris BACHORZ
     
   KOMOTE, 1 juin 2012 (AFP) – Lparin Lokuk ne tuera jamaisKenya - Les El Molo ou la nostalgie de la chasse à l'hippopotame d’hippopotame, ce qui aurait fait de lui un homme selon le rite ancestral de sa communauté: les El Molo, l’une des plus petites tribus du Kenya, voient leurs traditions s’estomper, et leur avenir menacé.
   Au bord du lac Turkana, le plus grand lac en milieu désertique du monde, à l’extrême nord du Kenya, les El Molo sont environ trois mille, vivant quasi-exclusivement dans deux misérables villages de huttes écrasés par la chaleur.
   Si d’innombrables petites tribus en Afrique sont menacées d’extinction, les El Molo sont pour leur part victimes de l’inquiétante chute des ressources halieutiques du Lac Turkana, de la cohabitation avec des communautés expansionnistes voire agressives, et d’une législation environnementale de plus en plus implacable.
   « J’allais souvent chasser l’hippopotame à la sagaie; j’en ai tué quatre jusqu’à l’interdiction de la chasse par le Kenya wildlife service (autorité de protection de la flore et de la faune) il y a quinze ans », se rappelle Charles Luya, 70 ans, du village de Komote.
   Cet homme encore agile à la barbichette blanche explique s’être également longtemps nourri de la chair « délicieuse » du crocodile et de la tortue, deux espèces désormais elles aussi protégées.
   Les El Molo ne mangent donc exclusivement plus que du poisson, faute d’argent pour acheter viande ou légume, avec de graves conséquences sur leur santé.
   Ils ont perdu au passage une des fondations de leur culture, au même titre que les guerriers massai, à quelques centaines de km plus au sud du Kenya, également interdits de chasser le lion, leur rite de passage à l’âge adulte.
    
   – « Tuer un hippopotame, un travail d’équipe » –
    
   « Les jeunes se taquinent souvent sur le fait qu’ils n’ont pas tué d’hippopotame, mais au-delà de la plaisanterie, il y a du regret », témoigne Lparin Lokuk, un pêcheur de 25 ans.
   « Tuer un hippopotame était un travail d’équipe, qui impliquait des liens étroits entre chasseurs. Chacun apprenait à mieux connaître ses forces et ses faiblesses, et cela faisait d’eux des hommes meilleurs », poursuit ce père de deux enfants, au torse et au ventre marqués par des scarifications.
   En conséquence, seuls les plus âgés comme M. Luya exhibent aux lobes échancrés de leurs oreilles les boucles en os d’hippopotame qui distinguent les chasseurs les plus valeureux.
   Les peintures corporelles dédiées à la chasse à l’hippopotame – des ronds blanc et rouge sur le torse et le visage – ne sont plus exhibées que lors des danses traditionnelles.
   « Il reste aux jeunes le rite de la circoncision et la lutte pour prouver leur bravoure », explique cet ancien.
   Le courage des El Molo est déjà rudement mis à l’épreuve par la pauvreté et l’exclusion. Le visiteur de passage est sollicité pour donner des médicaments à un garçon souffrant d’un genou très enflé ou à une jeune fille menacée de cécité, les yeux cachés par un voile pour tenter de se protéger des brûlures du soleil.
   Au premier sourire, enfants comme adultes dévoilent des dents gâtées, beaucoup souffrent de jambes arquées. Mais pour les habitants de Komote privés d’électricité, d’eau courante et de moyen de transport, se faire soigner par un médecin tient du luxe. Seul signe tangible de progrès au village: un réservoir d’eau douce financé par l’Union européenne.
   Les El Molo ont également perdu leur langue, avec la mort du dernier vrai locuteur il y a quelques années, au profit du samburu, langue des fiers chasseurs et éleveurs éponymes, qui dominent le secteur.
   « La mondialisation est comme un ouragan qui emporte tout sur son passage. La plupart des communautés autour du lac sont en danger. Nous ferons tout pour les sauver. Je ne crois pas que les El Molo disparaîtront, mais leur mode de vie sera inévitablement érodé », reconnaît le député local Joseph Lekuton.
   La tradition veut que les El Molo se réfugiaient sur l’île Lorian, sur le lac Turkana, pour fuir combats ou persécutions. C’est sur cette île pelée que ce peuple pourtant converti au catholicisme continue de se recueillir dans quatre huttes sacrées dédiées à la fertilité, à la chasse, à la pluie et au vent.
   « Je veux que mes enfants aillent à l’école, mais aussi qu’ils sachent un peu pêcher, afin qu’ils n’oublient pas leur culture ni d’où ils viennent », explique Lparin Lokuk.
   Mais la génération suivante paraît moins convaincue. Fabion, 14 ans, un des fils de M. Luya qui arbore un maillot défraîchi sigle David Beckham, a déjà fait son choix: « je ne veux pas pêcher, je veux apprendre ».
   bb/aud/cac

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