Archive for juin 2012

Marathon chez les lions

28 juin 2012

C’est un marathon des plus ardus et des plus périlleux: deux boucles de 21 kilomètres à quelque 1.700 mètres d’altitude, sous un soleil de plomb et au milieu des lions, hyènes et autres léopards… Samedi 30 juin au petit matin des centaines de coureurs participeront au marathon de Lewa, fondé en 2000 pour récolter des fonds afin de préserver la faune et la flore mais aussi assister les communautés du nord du Kenya.

Et nous y serons ! Au départ c’est Boris qui rêvait de courir le semi-marathon, à l’arrivée, handicapé par une coriace tendinite, il cède sa place à la jeune génération. Ce sont donc Clara et Joseph qui représenteront nos couleurs (moi je n’ai aucune excuse pour ne pas courir si ce n’est que je déteste ça…) dans une course de 5 kilomètres réservée aux enfants de plus de 10 ans.

Départ demain matin avec une voiture bien remplie car on va camper là-bas pendant deux nuits tous les cinq. Donc montagne de nourriture, pile de matelas mousse, pyramide de bombonnes d’eau, etc…

Lewa, c’est la plus célèbre réserve privée du Kenya. Fondée par la famille Craig dans les années 80, elle s’est spécialisée dans la sauvegarde des rhinocéros, pourchassés sans relâche par les braconniers pour leur corne, fort prisée en Asie. Aujourd’hui elle abrite 80 rhinocéros, que nous espérons bien avoir la chance d’observer après la course…

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Nouvel attentat à Mombasa

25 juin 2012

Cela devient presque tristement banal au Kenya. Dimanche soir, un nouvel attentat à la grenade, cette fois dans un bar d’un quartier populaire de Mombasa, a fait trois morts et une trentaine de blessés. Depuis l’entrée des troupes kényanes en Somalie, en octobre dernier, ce type d’attentat s’est multiplié, frappant tour à tour plusieurs villes du pays.

Aucun n’a été revendiqué par les Shebabs, les islamistes radicaux somaliens, pourtant régulièrement pointés du doigt par les autorités. L’inquiétant dans tout cela, outre les nombreuses victimes, c’est que l’on soupçonne ces islamistes de préparer un attentat d’envergure contre une cible symbolique, tel celui perpétré contre l’ambassade américaine à Nairobi en 1998 (plus de 200 morts).

Ils ont menacé à plusieurs reprises de s’en prendre au Kenya, pays « d’infidèles » qui a osé s’interposer en Somalie. Tous les services de sécurité sont donc en état d’alerte depuis des mois au Kenya. D’ailleurs, deux jours avant l’attentat, l’ambassade américaine avait lancé une mise en garde à ses ressortissants, les alertants contre « une menace imminente d’attaque terroriste à Mombasa » et leur demandant de quitter la ville.

L’alerte n’avait pas été du goût du gouvernement kényan qui l’avait qualifiée d' »irresponsable et totalement injustifiée » et estimé qu’elle visait « à saboter l’économie du pays ». Il faut savoir que la région de Mombasa, deuxième ville du pays située au bord de l’océan indien, est une destination très prisée des touristes, grands pourvoyeurs de devises. A l’approche des vacances d’été en Europe, ces incertitudes sur la sécurité pourraient porter un coup sévère à la saison touristique, le gouvernement le sait et s’en inquiète.

Alors, aller ou ne pas aller au Kenya par les temps qui courent ? Y aller, mais en étant conscient des risques…

 

Energie « primitive » et exaspération maximale

19 juin 2012

Pour lancer ses nouveaux vols directs sur le Kenya, Korean Air a fait fort. La compagnie aérienne s’est fendue d’un encart internet vantant « la grande savane africaine, les safaris et les populations locales pleines d’énergie primitive ».

Ce que ne savait sans doute pas Korean Air c’est que ces supposés primitifs sont parmi les Africains les plus connectés sur le net, aussi actifs sur Facebook que sur Twitter. Ils ne sont donc pas privés de réagir dans des messages exaspérés ou franchement ironiques, relevés par Boris dans une dépêche hier.

« Je crois que je vais me payer une chasse au lion aujourd’hui et peut-être aller me coltiner un éléphant pour évacuer mon +énergie primitive+ », a ironisé un internaute sur son compte twitter. « Y a-t-il quelqu’un qui pourrait me passer un peu d’+énergie primitive+ ? Je me sens un peu à plat », renchérissait l’auteur d’un des dizaines de tweets postés sur le thème #PrimitiveEnergy créé pour l’occasion.

Korean Air a présenté ses excuses et vite retiré de son site le message mais je doute que les vols vers Séoul rencontrent un franc succès ici.

C’est la deuxième fois en moins d’une semaine que la blogosphère d’Afrique de l’Est s’enflamme pour des propos jugés insultants ou condescendants.La semaine dernière, les internautes ougandais étaient déjà montés au créneau. La presse espagnole avait révélé un SMS envoyé par le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy appelant son ministre des Finances à la fermeté dans les négociations sur une aide européenne à son pays, au motif que « l’Espagne était la quatrième puissance économique en Europe et qu’elle n’était pas l’Ouganda ».

Numéro 9

17 juin 2012

Nouvelle virée dans la très belle campagne kényane ce week end pour aller supporter Joseph, qui participait à un tournoi de rugby à 7 des écoles internationales au pensionnat de Pembroke, à Gilgil, à un peu moins de 2 heures de Nairobi. Fierté des parents : Joseph était le seul « year 5 » retenu pour cette compétition par Braeburn, à côtés des « grands » de year 6. Mais haut le cœur du papa quand il a vu son garçon parfois retourné comme une crêpe par les « grands » de l’ équipe d’en face.

Enfin, Joseph a formidablement joué (en toute objectivité of course), a tenu haut sa place de demi de melée et a même marqué son premier essai en compétition. Braeburn a été jusqu’en finale, pour s’incliner face aux hôtes du jour, les gars de Pembroke qui de toutes façons sont tombés dans le rugby quand ils étaient bébé alors ca compte pas …. Nous sommes revenus avec dans la voiture une petite coupe de finaliste, et quelques photos dans l’appareil du fiston en pleine action.

Laas Geel

5 juin 2012

 

« C’est une mise en scène qui montre qu’il y a une relation particulière entre le bétail et les h...

Lors de mon voyage au Somaliland en avril dernier, j’ai eu le privilège de pouvoir visiter les abris de Laas Geel. Un éperon rocheux magnifique perdu dans un paysage semi désertique, qui fait penser au Far West des westerns de mon enfance.  Dans ces abris ont été peintes voilà 5.000 ans des centaines de vaches, hommes et d’autres animaux.

Le lieu, ou plutôt son importance car il était bien connu des populations locales, a été découvert par une équipe d’archéologues français. J’ai pu interviewer par téléphone le responsable de la mission Xavier Gutherz, qui revient chaque année étudier le site grâce au soutien financier de l’ambassade de France à Djibouti.

Voilà mon article, publié aujourd’hui dans La Croix:

Dans les abris de Laas Geel, des vaches sacrées vieilles de 5.000 ans

Découvertes en 2002 par des archéologues français dans la région autonome du Somaliland, au nord de la Somalie, ces représentations de vaches et d’hommes d’une qualité esthétique exceptionnelle  n’ont toujours pas livré tous leurs mystères.

« Pendant longtemps, nous avions peur de venir ici, nous pensions que des esprits maléfiques y résidaient. » Bonnet de laine verte vissé sur la tête, Moussa Abdi Jama pointe de sa canne une silhouette peinte sur la voûte arrondie d’un abri rocheux. Entre deux nids d’hirondelles apparaît une vache ocre rouge, affublée d’une sorte de plastron de toile, tracée par l’homme voilà cinq mille ans. Le contour est intact, la couleur éclatante, comme pour la quasi-totalité de ces extraordinaires peintures rupestres découvertes il y a dix ans par une équipe d’archéologues français.

Venue au Somaliland fin 2002 afin d’étudier les cultures de la fin de la préhistoire, l’équipe dirigée par Xavier Gutherz parcourt la région à la recherche de grottes où effectuer des fouilles. La veille de leur départ, le 4 décembre, un jeune garçon les conduit à un grand rocher creusé d’alvéoles, perdu dans un paysage désertique. Le lieu, à la croisée de deux oueds, est baptisé par les bergers nomades Laas Geel, « les puits des chameaux » . Là, les archéologues « abasourdis »  découvrent une constellation de peintures, dans une vingtaine d’abris. Des centaines de vaches, des hommes, des chiens et même une girafe.

« On a vu tout de suite que c’était un site important, qu’il était d’une qualité esthétique exceptionnelle, cela nous a beaucoup émus. Dans la carrière d’un chercheur, faire une découverte comme ça, c’est un moment très fort » , se souvient Xavier Gutherz, archéologue et enseignant à l’université Paul-Valéry de Montpellier.

Contrainte de prendre son avion le lendemain, l’équipe se promet de revenir au plus vite. Des missions archéologiques sont dès lors organisées chaque année jusqu’en 2010. Et, peu à peu, le site livre une part de ses mystères. Il s’agit d’abord de le dater, ce qui s’avère difficile. En 2003, des prélèvements microscopiques sont effectués sur une cinquantaine de peintures. L’idée est d’y chercher des traces de matière organique qui peut être datée au carbone 14. La tentative échoue.

Un probable «sanctuaire»

C’est de manière indirecte que les chercheurs parviennent à une datation. L’une des grottes abrite des sédiments qui n’ont pas été balayés par l’érosion. Des fouilles permettent d’y découvrir des vestiges d’occupation humaine : outils de silex, ossements d’animaux, fragments de roches colorantes utilisées pour les peintures et restes de charbon de bois. Datés, ces éléments permettent d’obtenir une estimation de l’âge des peintures : entre 3 500 et 2 800 ans avant notre ère. Laas Geel est non seulement  « le plus important foyer d’art rupestre de la Corne de l’Afrique » , mais aussi le plus ancien, en conclut Xavier Gutherz.

Mais beaucoup reste à découvrir. Si ces peintures sont certainement le fait d’éleveurs nomades, que signifient-elles ? Pourquoi cette sorte de plastron accroché au cou des vaches ? « Soit cela représente une cérémonie où effectivement les vaches étaient recouvertes de tissus qu’on leur posait sur le dos, ou alors c’est totalement symbolique. En tout cas c’est une mise en scène qui montre qu’il y a une relation particulière entre le bétail et les hommes, où la vache est l’animal sacré » , analyse Xavier Gutherz qui évoque un probable « sanctuaire » . « Les personnages ont les bras tendus, comme s’ils invoquaient des dieux. »

Il faut aussi préserver le site, menacé par l’érosion, le ruissellement et le nombre croissant de visiteurs – 600 l’an dernier. À cette fin, les archéologues français viennent de faire réaliser par une société privée un enregistrement en trois dimensions.

« Dans les mois à venir, on va diffuser sur Internet une promenade dans les abris de Laas Geel. Avec votre souris vous pourrez tourner dans l’abri, regarder le plafond, le sol » , explique Xavier Gutherz. Une aubaine pour les chercheurs qui pourront étudier les peintures avec encore plus de précision. D’ici là, Moussa le gardien continuera à veiller. « C’est notre héritage » , dit-il avec fierté.

A lire : Les Abris ornés de Laas Geel et l’art rupestre du Somaliland, par Xavier Gutherz et Luc Jallot, Presses universitaires de la Méditerranée, 32 p., 9,13 €.

MARIE WOLFROM, à LAAS GEEL (Somalie)

Les El Molo ou la nostalgie de la chasse à l’hippopotame

1 juin 2012

De son voyage au Turkana, Boris a ramené de bien beaux articles, dont celui-ci sur une tribu en voie d’extinction: les El Molo.

                        Kenya: les El Molo ou la nostalgie de la chasse à l’hippopotame
                                                                      Par Boris BACHORZ
     
   KOMOTE, 1 juin 2012 (AFP) – Lparin Lokuk ne tuera jamaisKenya - Les El Molo ou la nostalgie de la chasse à l'hippopotame d’hippopotame, ce qui aurait fait de lui un homme selon le rite ancestral de sa communauté: les El Molo, l’une des plus petites tribus du Kenya, voient leurs traditions s’estomper, et leur avenir menacé.
   Au bord du lac Turkana, le plus grand lac en milieu désertique du monde, à l’extrême nord du Kenya, les El Molo sont environ trois mille, vivant quasi-exclusivement dans deux misérables villages de huttes écrasés par la chaleur.
   Si d’innombrables petites tribus en Afrique sont menacées d’extinction, les El Molo sont pour leur part victimes de l’inquiétante chute des ressources halieutiques du Lac Turkana, de la cohabitation avec des communautés expansionnistes voire agressives, et d’une législation environnementale de plus en plus implacable.
   « J’allais souvent chasser l’hippopotame à la sagaie; j’en ai tué quatre jusqu’à l’interdiction de la chasse par le Kenya wildlife service (autorité de protection de la flore et de la faune) il y a quinze ans », se rappelle Charles Luya, 70 ans, du village de Komote.
   Cet homme encore agile à la barbichette blanche explique s’être également longtemps nourri de la chair « délicieuse » du crocodile et de la tortue, deux espèces désormais elles aussi protégées.
   Les El Molo ne mangent donc exclusivement plus que du poisson, faute d’argent pour acheter viande ou légume, avec de graves conséquences sur leur santé.
   Ils ont perdu au passage une des fondations de leur culture, au même titre que les guerriers massai, à quelques centaines de km plus au sud du Kenya, également interdits de chasser le lion, leur rite de passage à l’âge adulte.
    
   – « Tuer un hippopotame, un travail d’équipe » –
    
   « Les jeunes se taquinent souvent sur le fait qu’ils n’ont pas tué d’hippopotame, mais au-delà de la plaisanterie, il y a du regret », témoigne Lparin Lokuk, un pêcheur de 25 ans.
   « Tuer un hippopotame était un travail d’équipe, qui impliquait des liens étroits entre chasseurs. Chacun apprenait à mieux connaître ses forces et ses faiblesses, et cela faisait d’eux des hommes meilleurs », poursuit ce père de deux enfants, au torse et au ventre marqués par des scarifications.
   En conséquence, seuls les plus âgés comme M. Luya exhibent aux lobes échancrés de leurs oreilles les boucles en os d’hippopotame qui distinguent les chasseurs les plus valeureux.
   Les peintures corporelles dédiées à la chasse à l’hippopotame – des ronds blanc et rouge sur le torse et le visage – ne sont plus exhibées que lors des danses traditionnelles.
   « Il reste aux jeunes le rite de la circoncision et la lutte pour prouver leur bravoure », explique cet ancien.
   Le courage des El Molo est déjà rudement mis à l’épreuve par la pauvreté et l’exclusion. Le visiteur de passage est sollicité pour donner des médicaments à un garçon souffrant d’un genou très enflé ou à une jeune fille menacée de cécité, les yeux cachés par un voile pour tenter de se protéger des brûlures du soleil.
   Au premier sourire, enfants comme adultes dévoilent des dents gâtées, beaucoup souffrent de jambes arquées. Mais pour les habitants de Komote privés d’électricité, d’eau courante et de moyen de transport, se faire soigner par un médecin tient du luxe. Seul signe tangible de progrès au village: un réservoir d’eau douce financé par l’Union européenne.
   Les El Molo ont également perdu leur langue, avec la mort du dernier vrai locuteur il y a quelques années, au profit du samburu, langue des fiers chasseurs et éleveurs éponymes, qui dominent le secteur.
   « La mondialisation est comme un ouragan qui emporte tout sur son passage. La plupart des communautés autour du lac sont en danger. Nous ferons tout pour les sauver. Je ne crois pas que les El Molo disparaîtront, mais leur mode de vie sera inévitablement érodé », reconnaît le député local Joseph Lekuton.
   La tradition veut que les El Molo se réfugiaient sur l’île Lorian, sur le lac Turkana, pour fuir combats ou persécutions. C’est sur cette île pelée que ce peuple pourtant converti au catholicisme continue de se recueillir dans quatre huttes sacrées dédiées à la fertilité, à la chasse, à la pluie et au vent.
   « Je veux que mes enfants aillent à l’école, mais aussi qu’ils sachent un peu pêcher, afin qu’ils n’oublient pas leur culture ni d’où ils viennent », explique Lparin Lokuk.
   Mais la génération suivante paraît moins convaincue. Fabion, 14 ans, un des fils de M. Luya qui arbore un maillot défraîchi sigle David Beckham, a déjà fait son choix: « je ne veux pas pêcher, je veux apprendre ».
   bb/aud/cac