Dans le Nord somalien, l’école pour endiguer l’extrémisme

Après mon post sur le Somaliland et le Puntland, voici le premier reportage que j’ai ramené pour La Croix. L’article général ayant déjà été écrit par un autre journaliste il y a quelques mois, j’ai parlé de l’éducation, qui était au centre de la visite organisée par l’Union européenne. J’ai un deuxième article en préparation, sur les peintures rupestres de Laas Geel.
 
Dans le Nord somalien, l’école pour endiguer l’extrémisme.
 
Garowe (Puntland, Somalie). Reportage de notre envoyée spéciale
 
Régions autonomes du nord de la Somalie, le Puntland et le Somaliland misent sur l’éducation pour lutter contre l’extrémisme religieux et la violence. Scolariser les filles et offrir aux garçons des alternatives à la piraterie sont les priorités. Des bailleurs étrangers, États-Unis, Union européenne, Norvège, apportent une aide financière.
 
 
Le ministre de l’éducation du Puntland est un homme pressé. Des décennies de retard à rattraper. « Je cours tout le temps », confie Abdi Farah Said, revenu au pays en 2006 après un long exil. « La plus grande victime de la guerre a été la culture. Or, c’est le seul moyen de contrer l’extrémisme en Somalie. L’éducation est notre priorité »,lance-t-il, avant une tournée des établissements scolaires dans la chaude torpeur de Garowe, poussiéreuse capitale surgie du désert il y a vingt ans.

Dans l’école secondaire, la plus grande du pays, résonne un martèlement entêtant : des ouvriers clouent des tôles flambant neuves sur une charpente en bois. Le bâtiment, qui abrite quatre nouvelles salles de classe, sera prêt pour la rentrée, début août, assure le directeur de ce lycée de 1 500 élèves. Créations, extensions, modernisations : les écoles poussent en Somalie du Nord.

Les besoins sont énormes. Alors que les Objectifs du millénaire fixés par l’ONU exigent que 100 % des enfants en âge d’aller à l’école primaire soient scolarisés en 2015, la Somalie dans son ensemble affiche un maigre 38 %. Mais cette moyenne recouvre des réalités bien différentes. Si le sud et le centre du pays, déchirés par d’incessants conflits, sont à la traîne, les régions autonomes du nord, Puntland et Somaliland, misent sur l’éducation.

Toutes deux ont pris le large après la chute du dictateur somalien Siad Barre en 1991. Vingt ans après, ce sont les régions les plus pacifiques de Somalie, même si les défis, développement et sécurité en tête, restent légion.

C’est notamment du Puntland que partent les esquifs de pirates qui écument l’océan Indien et le golfe d’Aden. « Quand on n’a pas les moyens d’étudier, pas de travail, on peut être tenté de rejoindre les pirates, parce que c’est de l’argent facile à gagner, explique Awil, 18 ans, étudiant en informatique à l’université de Garowe. Mon père me paie des études, mais certains de mes amis sont devenus pirates. »

« Notre société est vulnérable, insiste le président du Puntland, Abdirahman Mohamed Farole, qui reçoit dans une résidence protégée par deux rangées de chicanes. Un enfant qui n’est pas éduqué est susceptible de rejoindre la première offre venue, piraterie, terrorisme. »

Si l’éducation est présentée comme une priorité, le ministre s’avoue pourtant « peu fier » de son budget de 3,5 %, la moitié de celui dévolu aux dépenses de sécurité. « Mais cela va augmenter », assure-t-il. Il peut surtout compter sur les financements accordés par les États-Unis, la Norvège ou l’Union européenne, le plus gros bailleur de fonds dans le domaine de l’éducation en Somalie avec une dotation de 85 millions d’euros sur cinq ans.

« Le pays est considéré comme stratégique par l’Union européenne, en particulier en raison du terrorisme et de la piraterie. Notre budget pour la Somalie est le même que pour le Kenya », cinq fois plus peuplé, explique Isabel Faria de Almeida, responsable des secteurs éducation et développement économique pour la Somalie.

Plus stable encore que le Puntland, le Somaliland fait figure de premier de la classe. Quelque 60 % des enfants vont à l’école et la fréquentation progresse d’année en année, dopée par la gratuité de l’enseignement primaire mise en place depuis 2011. La région affiche aussi un taux supérieur de recrutement dans les écoles secondaires, encore très peu fréquentées en Somalie.

Un effort tout particulier est fait en direction des jeunes filles. Des salles réservées leur permettent de travailler au calme et de se rendre aux toilettes en toute discrétion. « C’est très important pour nous, témoigne Farduus, 17 ans. Je ne veux pas être comme ma mère qui n’a aucune éducation. Je veux devenir médecin, mon futur mari devra accepter mon travail. »

Seule femme du gouvernement, la ministre de l’éducation Zamzam Abdi Adan entend continuer sur sa lancée : « Notre budget est de 10 %, contre 4 % en 2010, et le salaire des professeurs a doublé pour atteindre 100 dollars (76 €) par mois. Mais il nous faut plus de salles de classe, plus de professeurs, plus de tout ! »

WOLFROM Marie

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Une Réponse to “Dans le Nord somalien, l’école pour endiguer l’extrémisme”

  1. philippe Derambure Says:

    Je me joins aux lecteurs. Comme je l’ai dit à Boris, je ne connais pas l’afrique. C’est à la fois là où tout a commencé mais aussi là où le temps c’est arrêté. C’est mystérieux et en même temps je ressens un besoin d’être guidé. Merci de me faire partager, et si Boris maintient sa proposition… on y travaille. Aux nouvelles

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