Reportage au pays qui n’existe pas

Je vous le raconte avec bien du retard mais j’ai eu l’occasion fin avril d’effectuer une courte virée de trois jours dans le nord de la Somalie, plus exactement dans ces deux régions autonomes qu’on appelle Somaliland et Puntland (CF carte).

Le Somaliland est parfois surnommé « Le pays qui n’existe pas ». Il s’est unilatéralement déclaré indépendant en mai 1991 mais n’est reconnu par aucun autre Etat. Pourtant il a son président, son drapeau (dessiné, affiché absolument partout) et une absolue certitude que son indépendance finira bien par être reconnue un jour.

110% de la population est pour l’indépendance me disait en plaisantant un journaliste étranger installé là-bas. Il faut dire que le contraste avec le reste de la Somalie (ou du peu que j’en ai vu) est saisissant. C’est une Somalie en paix, sans convoi de blindés ni hommes en arme.

A la nuit tombée, le marché central est noir de monde. Les hommes jouent aux dominos, assis à la terrasse de cafés, les femmes papotent ou font leurs courses. On a presque du mal à y croire.

Bien sûr tout n’est pas rose. Il y a eu quelques attentats au Somaliland par le passé et il n’est pas tellement conseillé aux étrangers de traîner dans les rues le soir. Mais l’ambiance est radicalement différente.

C’est une démocratie, où les élections présidentielles de 2010 ont conduit à une alternance pacifique, ce qui n’est pas si fréquent en Afrique. Les habitants rappellent souvent qu’ils n’ont pas la même histoire que le reste du pays. Le Somaliland était un protectorat britannique et a choisi de rejoindre la Somalie « italienne » en 1960, quelques jours après son indépendance.

Mal lui en a pris car le nord a été progressivement marginalisé par le pouvoir de Mogadiscio. Puis martyrisé. Pendant la guerre civile, en juin 1988, le régime de Siad Barre a bombardé la capitale du Somaliland Hargeisa, rasant la ville et faisant cinquante mille morts (surtout des femmes et des vieillards).

Alors quand on demande à un habitant du Somaliland s’il ne souhaite pas rejoindre la Somalie, il répond invariablement « Non, il y a eu trop de morts ».

Le cas du Puntland est un peu différent. C’est une région autonome, certes, qui a elle aussi son président et ses institutions, mais elle ne souhaite pas l’indépendance. En tout cas jusqu’à maintenant. Car la découverte récente de pétrole sur son territoire pourrait un peu changer la donne.

J’accompagnais une délégation européenne là-bas et nous avons été reçu par le président Farole, visiblement très fier de ce nouveau développement. Juste à côté de son vaste fauteuil aux allures de trône, figurait bien en évidence un montage photo des nouvelles installations pétrolières.

Le Puntland, jusqu’ici connu avant tout pour ses pirates qui écument l’océan indien, rêve désormais d’un avenir pétrolier. C’est un peu l’Etat du milieu. La sécurité y est moins bonne qu’au Somaliland mais meilleure qu’au centre et au sud de la Somalie. Sa démocratie reste fragile. Plusieurs journalistes locaux y ont été assassinés récemment, sans que ces meurtres soient élucidés.

Que ce soit au Somaliland ou au Puntland, on est frappés par le nombre de Somaliens issus de la diaspora qui sont rentrés au pays. Dans le business, mais aussi dans les ONG ou les ministères, ils sont de plus en plus nombreux à se mobiliser pour reconstruire leur pays, ce qui donne de l’espoir !

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2 Réponses to “Reportage au pays qui n’existe pas”

  1. Alexis.cazin@totsa.com Says:

    Intéressant.
    Ethniquement et religieusement, ce sont les mêmes populations qu’en Somalie ?

    Tu as besoin d’envois de magret de canard en urgence ?

    J’ai un nouveau collègue : Loïc Wolfrom, pas un cousin de la diaspora alsacienne ?

    • mariewolfrom Says:

      Bonne question Alexis ! En fait il n’y a qu’une seule ethnie et qu’une seule religion, l’islam, en Somalie mais de très nombreux clans. Ce sont sur ces appartenances claniques que se créent les lignes de fractures. Et les clans du Nord de la Somalie ne sont pas les mêmes qu’au Sud…
      Pour le magret, c’est quand tu veux !
      Quand à ce Loïc Wolfrom, je ne vois pas de lien de parenté à première vue mais cela m’intrigue car nous ne sommes pas si nombreux. Pose lui la question, il aura peut-être une idée !

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