Archive for avril 2012

Amboseli

6 avril 2012

Un lion, ou plutôt Le Lion. Voilà ce que j’était venue chercher à Amboseli, une des réserves les plus connues du Kenya mais que nous n’avions jamais encore visitée.

Je devais être en cinquième quand j’ai lu pour la première fois « Le Lion », de Joseph Kessel. Un choc. J’ai tellement aimé cette histoire d’amitié entre une petite fille et un lion que j’en ai tiré une de mes rédactions les plus inspirées, saluée par ma prof de français d’alors. 

Puis, pendant toutes ces années, j’ai oublié ce beau roman qui se passe à Amboseli. Mais quand nous sommes partis nous installer au Kenya, Le Lion était dans nos valises, destiné à Clara, si elle le voulait bien. Elle ne le voulût point. C’est donc moi qui ai relu le livre fétiche de mon enfance, ce week-end, à Amboseli.

Merveilleuses descriptions de la nature, des Maasaï.

« Pourtant je ne reconnus pas cette silhouette. Elle semblait sortir de la nuit des temps. Un grand bouclier tenu à bout de bras la précédait et, couronnant la tête aux reflets d’argile et de cuivre, flottait, à la hauteur du fer de lance, l’auréole royale des lions.
Armé, paré selon la coutume sans âge, Oriounga le morane venait pour l’épreuve – qui d’un Masaï faisait un homme et pour gagner par elle Patricia.
Et plus ardent, plus brave, plus fort que les ancêtres, il venait seul. »

Depuis quelque temps, j’ai redécouvert Kessel, grâce à ma soeur Claire, qui m’a offert une compilation de ses plus beaux reportages, dont l’extraordinaire « Sur la piste des esclaves » que je recommande chaudement. Je l’ai aussi retrouvé à Hong Kong, au hasard d’une étagère, chez mon amie Frédérique. Et emmené avec moi sur le ferry pour Macao ses nouvelles sur Hong Kong.

Enfin, je me suis plongée avec délices dans sa biographie de plus de mille pages, prêtée par un voisin. Une vie tellement remplie qu’elle en devient impossible à résumer, ou plutôt cent vies en une, puisqu’à 20 ans il était déjà comédien, journaliste, écrivain, aviateur… 

Et si nous avons choisi d’appeler notre premier fils Joseph, c’est en hommage à Kessel et Conrad…

 

Tranche de vie Maasaï (2)

6 avril 2012

Dimanche matin, quatre guerriers, coutelas à la ceinture, nous attendaient pour une ballade dans le bush. Une immense étendue de petits acacias, buissons d’épineux et herbes sèches, très sèches, car la saison des pluies s’est longtemps fait attendre. C’est seulement la nuit suivante que l’eau, tant espérée, est enfin arrivée.

Nous les avons suivis, un peu incrédules de nous trouver là, à marcher aux côtés de Maasaï qui semblaient si parfaitement dans leur élément. La démarche souple, le pas rapide, ils avancent sans accrocher la moindre branche, alors que nous nous sommes fait prendre plusieurs fois aux épines d’accacias, surnommés les « Wait a minute » car ils vous retiennent par la manche si vous les frôlez d’un peu trop près.

Seul Kiria, guerrier pendant les vacances et étudiant à Nairobi le reste de l’année, parlait l’anglais. Mais le vrai guide était Mebike, l’un des frères de Monica, à fière allure avec sa longue chevelure postiche, ses bracelets de perles. Un vrai bushman, nous avait dit Hélène. De ceux qui n’ont besoin de rien pour se débrouiller dans la savane. Coupant une branche, ici ou là, pour nous montrer comment les Maasaï font le feu, façonnant de son couteau une cuillère dans un morceau de bois ou grimpant sur une termitière pour

 repérer, au loin, une girafe.

Un beau moment, étonnant, précieux, et une photo souvenir que nous garderons comme un symbole de notre aventure kényane.

Kilimandjaro

4 avril 2012

Il se fait désirer, masqué le plus souvent par les nuages. On le devine à peine, on le sait là, sans vraiment l’apercevoir et puis soudain, le soir, il apparaît, encore plus beau que ce que l’on imaginait.

Et parce qu’on l’a admiré avec révérence la veille, il nous fait la grâce d’apparaître aussi à l’aube. Encore faut-il être tiré du lit à temps comme je l’ai été par Joseph venu me murmurer « Maman, maman,viens voir le Kili ». J’ai grommelé, je me suis levée, et je n’ai pas regretté !

Tranche de vie Maasaï (1)

4 avril 2012

Nous venons de vivre une belle expérience ce week-end en passant 24 heures dans un village Maasaï de la région d’Amboseli, au pied du Kilimandjaro. C’est une Française, Hélène Goiran, qui nous a permis de découvrir de plus près cette communauté qui intrigue et séduit par son irréductible volonté de maintenir son mode de vie ancestral.

Hélène est installée depuis plus de 25 ans au Kenya. Organisatrice de safaris hors des sentiers battus, elle a sympathisé avec cette communauté Maasaï qui l’a adoptée en retour. Baptisée Nosim, « celle qui n’arrête jamais », en hommage à son invraisemblable dynamisme, elle a contribué à la création d’une école maternelle en finançant le salaire des deux instituteurs.

Les femmes du village ont construit pour elle une « boma », un ensemble de cases traditionnelles, faites de bois, de terre et de bouse de vache. Hélène y vient régulièrement et y accueille souvent des visiteurs. Nous l’y avons rejointe samedi en début d’après-midi. Elle nous a montré nos deux cases, très sombres car percées seulement de trois ouvertures de la taille d’un pamplemousse, mais coquettes, avec de vrais lits, des tables de chevet, des moustiquaires. Douche (photo à droite) et toilettes sommaires sont installés dans deux petites cases séparées. Ni eau courante ni électricité bien sûr mais Hélène mitonne des petits plats sur un réchaud à gaz.

Si les grands étaient un peu déstabilisés au début, Noé nous a stupéfié par sa faculté d’adaptation. Il a immédiatement adopté son lit de camp, sans drap ni oreiller, entrant et sortant de sa nouvelle « maison », parfaitement à l’aise.

Guidés par Monica, l’institutrice Maasaï, nous avons passé l’après-midi à visiter les deux écoles maternelles, l’ancienne, toute en bois et de guinguois, et la nouvelle, en cours de construction grâce à la mobilisation des élèves du collège toulousain La Caousou et à une subvention de l’ambassade de France. Hélène a déniché une ingénieuse machine à fabriquer des briques à base de terre, d’eau et de ciment. Les briques sont fabriquées par les Maasaï, qui les imbriquent ensuite pour monter des murs. Une vraie innovation dans la région et on vient de loin pour admirer la machine en question !

Je vous mets une petite photo de l’engin, en la dédicaçant à mon neveu Eric, qui a travaillé sur une machine à faire des briques lors d’un stage en Inde. Alors Eric, elle était comme ça ta machine à toi ?

Avant de dîner, nous avons pris l’apéro au coin du feu et au pastis s’il vous plaît (Hélène est niçoise). Monica a fait griller du maïs, que deux de ses 17 frères et soeurs (de trois mères différentes quand même), sont venus grignoter avec nous.

Puis, en admirant le Kilimandjaro enfin sorti des nuages, nous avons écouté Hélène nous parler des Maasaï, qu’elle connaît si bien. En dépit des apparences, leur vie évolue. Ils se sédentarisent, vont de plus en plus à l’école, changent de régime alimentaire (autrefois limité au lait et au sang de vache) car le bétail est souvent décimé par les sécheresses. La nuit a été tranquille même si une petite souris est venue ronger la tétine du biberon de Noé, inutilisable le lendemain !