Archive for février 2012

De l’eau et des oiseaux…

17 février 2012

Cette très jolie photo est signée Joseph!

En deux ans et demi au Kenya, on a déjà vu beaucoup de merveilles, mais voilà que nous avons découvert ce week-end un nouveau coin de paradis: les lacs de Bogoria et Baringo. Deux lacs de la rift valley, à environ quatre heures de route au nord-ouest de Nairobi.

L’un est salé, l’autre pas. L’un héberge des milliers de flamands roses qui viennent y puiser algues microscopiques ou petits crustacés. L’autre y accueille des centaines d’autres espèces d’oiseaux, d’impressionnants hippos, de voraces crocos…

Nous n’avons fait qu’une brève halte à Bogoria, juste le temps d’admirer – d’un peu loin – les deux types de flamands roses, nains ou pas, et de faire un tour aux sources d’eau chaude, ou plutôt bouillante puisqu’on peut y cuire un oeuf !

Notre destination était Baringo, 20km plus au nord. Un très grand lac d’eau douce où prospèrent une incroyable quantité d’oiseaux, aigles pêcheurs, hérons, marabouts, cormorans… Nous avons pu les admirer ce vendredi au petit matin, au cours d’une expédition en bateau. Pour les crococodiles, pas besoin d’aller très loin , l’un d’entre eux avait élu domicile à deux mètres de la terrasse de notre cottage, situé tout au bord de l’eau. Et moi qui étais vaguement tentée d’y tremper les pieds…

Lors de notre ballade en bateau, nous avons croisé des pêcheurs locaux qui se déplacent sur de toutes petites pirogues de branches de balsa, bois très léger qui assure une excellente flottaison. Nous leur avons acheté deux petits poissons pour attirer les aigles pêcheurs qui nichent au sommet des grands acacias. 

 

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Voyage de VIP en Somalie

16 février 2012

De retour de trois jours et demi à Mogadiscio, où les soldats de l’Union africaine — avec qui notre groupe de journalistes voyageait — ont repoussé depuis un an et demi les insurgés islamistes shebab aux limites de ville. Et si ces derniers privilégient désormais les attentats suicide, la vie a repris un semblant de cours normal dans la capitale somalienne, une carcasse d’immeuble criblée de balles jouxtant les couleurs acidulées d’un marchand de glace…

On croise aussi invariablement les huttes dans lesquelles végètent plus de cent mille réfugiés, qui ont fui la famine et les shebab dans le sud du pays, et pour la plupart peu enclins à rentrer chez eux.

Dans notre convoi de blindés, on avait aussi fait de la place à un invité de marque, auquel j’ai consacré l’article suivant pour l’AFP…                          Boris

   Evgueni Lebedev, patron de presse, fils d’oligarque et reporter de guerre

MOGADISCIO, 16 fév 2012 (AFP) – Parmi les journalistes qui couvrent le conflit en Somalie, celui-là sort du lot: sous son gilet pare-balle, Evgueni Lebedev est aussi fils d’oligarque russe et patron de presse britannique.
   « J’ai simplement pensé que je voulais comprendre et voir par moi-même », explique d’une voix posée ce jeune homme de 31 ans, en contemplant l’océan indien entre les sacs de sable de protection anti-balles de la force de paix africaine en Somalie (Amisom).
   Evgueni Lebedev a passé deux jours à Mogadiscio avec son équipe; il en tirera un ou plusieurs articles à publier, au choix, dans un des deux quotidiens britanniques dont il est propriétaire: The Evening Standard, quotidien populaire londonien acheté en 2009, ou plus probablement The Independent, quotidien national acquis l’année suivante.
   Avant Mogadiscio, M. Lebedev s’est déjà essayé au journalisme en Afghanistan, en passant une journée avec le président Hamid Karzaï en septembre dernier, puis dans les territoires palestiniens en décembre, en compagnie du premier ministre du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh.
   Barbe noire, lunettes noires, casquette et baskets Converse grises, le jeune patron de presse se qualifie d' »envoyé spécial étranger » pour The Independent.
   Un envoyé très spécial à vrai dire, qui reçoit un traitement de VIP à Mogadiscio. Son arrivée est précédée la veille par celle d’une équipe de reconnaissance composée d’un journaliste et d’un responsable de sécurité. Ce dernier interroge avec précision les responsables de l’Amisom sur les risques qu’une mine perfore le véhicule de transport de troupe blindé Casspir dans lequel M. Lebedev doit circuler avec d’autres correspondants, dont ceux de l’AFP.
     Mais si de petits gestes trahissent son habitude d’être obéi sans discussion, l’homme d’affaires russe partage pour le reste le quotidien des autres journalistes à Mogadiscio, du préfabriqué sommaire qui sert de chambre d’hôtel aux plats de nouilles. Simplement un peu à l’écart, sous la vigilance permanente de ses deux agents de sécurité.
   Il reconnaît une prédilection pour les zones de conflit car il estime de son devoir « d’aider à attirer l’attention sur des endroits qui le méritent, en particulier quand de réels progrès s’y passent », comme en Somalie avec l’avancée de l’Amisom et de ses alliés contre les insurgés islamistes shebab.
   De ses voyages, et du travail du photographe réputé John Shand Kydd qui l’accompagne, devraient naître une exposition et un livre.
   Evgueni Lebedev est le fils d’Alexandre, un oligarque russe qui lui aussi détone, ne serait-ce que parce qu’il est copropriétaire de Novaïa Gazeta, journal farouchement indépendant face au pouvoir de Vladimir Poutine, qui a publié les reportages en Tchétchénie de la journaliste d’opposition Anna Politkovskaya.
   Quand cette dernière fut abattue en 2006 — un assassinat toujours non élucidé — Alexandre Lebedev avait offert un million de dollars pour toute personne fournissant des informations sur l’identité de ses meurtriers.
   Comme son père, Evgueni Lebedev ne cache pas son mépris pour les autres oligarques russes. « La Russie est riche de gens intelligents et créatifs de toute sorte, mais malheureusement elle a donné d’elle-même le stéréotype de nouveaux riches brutaux, tout puissants et totalement vulgaires », souffle-t-il.
   Lui-même illustre peut-être une nouvelle génération de l’élite russe. Eduqué autant à Moscou qu’à Londres — où il a étudié l’histoire –, aussi à l’aise en anglais qu’en russe, il dit « avoir eu le grand privilège de bénéficier des deux cultures ».
   Et celui qui n’a certainement manqué de rien dans sa vie avoue une certaine fascination pour les Somaliens, « des gens très intelligents, entreprenants, qui se retrouvent en situation permanente de conflit, privés de tout ce qui paraît aller de soi en Occident ».

Renault à Tanger: la polémique

13 février 2012

Intéressant ce débat autour de la création d’une usine Renault à Tanger. J’en ai entendu parler un peu par hasard car je reçois les tweets de François Hollande. Ils sont rarement passionnants mais ça me permet de suivre au moins vaguement la campagne. Il a donc tweeté hier, je cite « L’Etat est actionnaire de Renault. Il ne faut pas l’oublier ».

Intriguée, car il n’en disait pas plus, j’ai fait quelques recherches et je suis tombée sur cet article d’un portail marocain, qui résume bien le dilemme je trouve. Car pour moi, dilemme il y a. Certes, je suis favorable à la protection de l’industrie française et à la préservation des emplois en France. Mais je dois bien admettre qu’il semble économiquement absurde de tenter de produire des voitures low cost dans l’hexagone.

Qui plus est, pour continuer dans l’esprit d’un récent post, les pays en développement ou les moins industrialisés (je ne sais plus ce que recommande le politiquement correct) ont un cruel besoin d’investissements étrangers, aux effets beaucoup moins pervers selon moi que l’aide directe telle qu’elle a été longtemps pratiquée.

Quant aux critiques qui soulignent que Renault s’installe dans une zone franche et ne paiera pas d’impôt pendant cinq ans, on ne peut pas dire pour autant que cela ne profitera pas au Maroc. Entre les créations d’emplois directs et induits, et les impôts que Renault finira bien par payer, bien sûr que le Maroc va en profiter !

D’ailleurs, il faut bien savoir que tous les pays du monde, y compris la France, proposent ce type de cadeaux fiscaux aux entreprises étrangères qui viennent s’installer sur leur territoire. Il serait donc de mauvaise foi de s’en émouvoir uniquement quand c’est à notre détriment. 

Reste que la désindustrialisation de notre pays est un vrai danger. Et que mis à part l’innovation et la production de biens à haute valeur ajoutée, je n’ai pas beaucoup de solutions à proposer. Et vous, qu’en pensez-vous ??

A Mogadiscio… ou presque

12 février 2012
 
 
Boris s’est s’envolé ce matin pour trois jours à Mogadiscio, la capitale somalienne. Il prépare des articles en prévision de la Conférence internationale sur la Somalie,qui se tiendra à Londres le 23 février. Voici ses premières impressions..
 
L’avion de Africa Express nous lâche sur la piste surchauffée de l’aéroport de Mogadiscio — en cours de réfection grâce à des dons turcs — en compagnie d’une flopée de familles somaliennes, femmes voilées et enfants dans les bras, de plus en plus nombreux à revenir dans la capitale somalienne depuis le départ des islamistes insurgés shebab.

Nous voici enfin à Moga. Enfin presque, parce que mon collègue photographe Tony et moi-même avons passé les huit premières heures dans le compound militaire de la force de l’Union africaine (Amisom), stationnée à l’aéroport. Dans l’indifférence du reste du monde, cette force de soldats ougandais et burundais peut être créditée d’avoir empêché à ce jour les islamistes de prendre le pouvoir à Mogadiscio.  

Pour tenter de se protéger des attentats suicide, la vie s’y déroule derrière de hauts murs de sacs de sable, entre lesquels on aperçoit l’océan indien tout proche. On y loge dans des petits préfabriqués climatisés, on en sort pour aller au resto-bar, géré par la société de sécurité Bancroft. Là, c’est Las Vegas, ou presque: billard, télé cablée, fléchettes. De quoi tromper l’ennui des employés blancs de Bancroft, qui pianotent leur console de jeu de vidéo de guerre, drôle de rappel virtuel de la guerre qui ravage la Somalie depuis vingt ans.

Le soleil cogne toute la journée, mais les soirées sont délicieusement rafraîchies par le vent marin. Les habitués disent qu’on y perd vite la notion des jours. « On sait que c’est dimanche aujourd’hui, parce que le petit déjeuner est à 8h00 et pas à 7h00 comme en semaine », m’explique l’un d’eux, Steve.

Ai rencontré le journaliste local vidéo de l’AFP, un jeune somalien enthousiaste, qui a simplement demandé à s’absenter dans l’après midi « pour aller faire sa prière ».

On sort de cette vie confinée pour faire un tour en ville en blindé. Ce sera mon programme de demain… 

 

Gachis

9 février 2012

Difficile d’être jeune au Kenya. Je discutais récemment avec Jimmy, un chauffeur de taxi de 30 ans. Il me disait qu’il avait une formation de laborantin. Mais après avoir travaillé deux ans dans un laboratoire d’analyse, il était obligé de parfaire sa formation en reprenant des études.

Sauf qu’il n’avait pas les moyens. Il a donc du arrêter de travailler dans ce domaine qui l’intéressait beaucoup et devenir chauffeur de taxi pour gagner sa vie.

N’y avait-il pas de possibilité de bourse ou de prêt bancaire ?, lui ai-je demandé. Les bourses étaient réservées aux Kalenjin, l’ethnie du très autoritaire président Moï, resté au pouvoir jusqu’en 2002, m’a-t-il répondu avec amertume. Quant aux banques, quand elles prêtent, elles pratiquent des taux d’intérêt quasi usuraires.

Passionné par les amibes et autres sales bestioles, amoureux de son microscope, Jimmy se voit condamné à ruminer ses regrets dans les embouteillages de Nairobi. A 30 ans, père d’une petite fille, il juge impossible de reprendre des études et parle de génération sacrifiée, la sienne. 

J’ai fait une rencontre similaire à Mombasa, où je viens de passer quelques jours pour le travail. Mohamed, lui aussi, est chauffeur à ses heures perdues. Il parle l’anglais avec un accent très british. Et pour cause, il a passé dix ans en Angleterre où il a commencé des études d’architecture.

Et puis, comme Jimmy, il s’est retrouvé à court d’argent au bout de deux ans. Désormais, il vit de petits boulots: chauffeur, import-export… Mais il garde le sourire et assure qu’il n’a pas regrets, juste des projets !

Tant de jeunes ici et si peu d’emplois, notamment qualifiés. Quand Boris a cherché un informaticien pour le bureau de l’AFP, il a reçu plus de 200 CV…

Champions

7 février 2012

Après les médailles de Clara, ça été au tour de Joseph de briller le week-end dernier. Avec ses coéquipiers il est arrivé en tête des deux relais de sa catégorie, 200 mètres quatre nages et 200 mètres crawl. Et il a raflé la médaille de bronze en 50 mètres brasse. Quand je pense qu’il savait à peine nager quand on est arrivés au Kenya, il y a deux ans et demi !