Quatre ans après les violences, des victimes oubliées

J’ai fait vendredi une brève visite à Nakuru, à 150km au nord de Nairobi, pour y rencontrer des personnes déplacées par les violences électorales du début 2008. Quatre ans après les faits, en dépit des multiples promesses du gouvernement, plusieurs milliers de familles ne sont toujours pas relogées. Contraintes de quitter leur maison, leur ferme, souvent réduites en cendres lors des affrontements, ces personnes déplacées vivent depuis sous la tente ou dans de simple cabanes de torchis.

Planté sur une plaine brûlée par le soleil, à quelques kilomètres de Nakuru, le « Pipeline camp » est l’un des plus gros de la région. Sept cent familles (4.700 personnes) y vivent  péniblement, la plupart sous la tente, les plus chanceux dans des baraques de bois données par une ONG. Elles reçoivent des rations alimentaires du gouvernement, unanimement jugées insuffisantes, et font pousser épinards ou maïs sur les

rares espaces disponibles.

Un peu plus loin, un autre camp est juché sur une colline. La piste qui y mène est mauvaise mais d’en haut la vue est splendide. Paysage vallonné et tout au fond, le paisible lac Elementaita. Ici les tentes ont disparu, remplacées par des petites maisons de torchis au toit de tôle. Ces deux cents familles là ont eu de la chance, trois « bons samaritains » comme on dit ici ont acheté un terrain pour les reloger et une ONG leur a fourni du matériel pour construire les maisons.

Si seulement ils avaient une terre à cultiver, ils resteraient là. Ils ont trouvé des terrains à vendre à proximité et ont demandé aux autorités locales de les acheter en leur nom, conformément à la promesse du gouvernement. Depuis, ils attendent. Mais l’espoir est là, ils ont travaillé dur pour déblayer la rocaille, planter des arbres et même des bougainvillées. Leurs enfants vont à l’école voisine.

Elizabeth vit ici avec sa mère âgée et quatre de ses huit enfants. Elle a perdu son mari, assassiné à 70 ans par des inconnus, parce qu’il était Kikuyu, comme le président élu.  Quand elle est revenue au village, elle a du, dit-elle, « enjamber les corps » pour pouvoir rentrer dans les ruines de sa maison, brûlée. Elle n’a reconnu son mari, gravement mutilé, qu’à la chemise qu’il portait. Elle espère encore obtenir justice mais sans trop y croire. Pas un responsable des violences n’a été poursuivi à ce jour.

Lundi prochain, la Cour pénale internationale annoncera si elle entend juger ou non six Kényans accusés d’avoir orchestré ces violences.

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2 Réponses to “Quatre ans après les violences, des victimes oubliées”

  1. Hubert Branger Says:

    Et bien dis donc, pauvres gens. On a du mal à se rendre compte de la chance que nous avons nous ici , et ce malgré la crise, le AAA et le reste …

  2. tatiana néré haquin Says:

    bonjour, j’ai cru lire que parmi les kenyans accusés d’avoir orchestrés les massacres, il y a deux futurs candidats à l’election présidentielle de l’année prochaine, et qu’ils envisageaient de se présenter. qu en est il du climat actuel entre les différentes ethnies, y a t’il un risque que le pays s’enflamme à nouveau.
    bonne journée
    Tatiana

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