Archive for octobre 2011

Attentats à Nairobi

24 octobre 2011

Je  n’oublie pas ma promesse de vous raconter le Cap, en mots et en photos. Mais ce soir, désolée, je n’ai pas le coeur à ça. Deux attentats en moins de 24 heures ont fait un mort et plus de vingt blessés à Nairobi. Que de changements depuis notre départ guilleret en vacances ! Partis d’un pays en paix, nous sommes rentrés dans un Kenya engagé dans un bras de fer bien hasardeux avec la milice islamiste radicale somalienne Al Shebab.

Le lendemain de notre départ pour l’Afrique du sud, le 16 octobre, l’armée kényane entrait en Somalie. Officiellement, il s’agit pour le Kenya de créer une zone tampon le long de la frontière afin d’éviter de nouveaux enlèvements, après ceux de deux touristes à Lamu et de deux employées de MSF à Dadaab. Mais quel risque pris ! Et pour quel résultat ?

Il faut savoir que le Kenya abrite une très importante diaspora somalienne, à Nairobi notamment, et que de nombreux Kényans appartiennent à la même ethnie que les Somaliens. Depuis le début de la guerre civile en Somalie, il y a 20 ans, Nairobi s’était donc bien gardé d’intervenir, même si ces derniers temps le Kenya avait discrètement entraîné des miliciens somaliens hostiles aux Shebab.

Et puis, brusquement, ce virage à 180 degrés avec l’intervention armée. J’ai beau retourner la question dans tous les sens, je ne comprends pas la logique. D’autant que rien ne prouve que les miliciens Shebab soient à l’origine des quatre enlèvements qui auraient décidé le Kenya à intervenir. Ils ne les ont jamais revendiqués et on ne voit pas très bien quel intérêt ils auraient eu à provoquer le Kenya de la sorte. Jusqu’à présent ils ne s’étaient jamais attaqués ni à Lamu ni à Dadaab, des cibles pourtant faciles puisque si proches de la Somalie.

Y aurait-il eu provocation pour entraîner le Kenya dans la guerre ? Mais de qui ? Une seule chose est sûre, les Shebab n’ont pas apprécié l’incursion de l’armée kényane sur leur territoire et ont promis des représailles. Les deux attentats à la grenade perpétrés lundi leur ont donc été imputés par la police kényane, qui craint d’autres attaques.

A voir sa tragique impuissance, nous aussi. J’étais ce midi à la conférence de presse du chef de la police qui assurait que ses forces « faisaient de leur mieux » et que des « renforts en civil » avaient été déployés dans les lieux publics. C’est sans doute parce qu’ils ne portaient pas d’uniforme qu’aucun journaliste n’a vu le moindre policier supplémentaire….

Cape town

16 octobre 2011

Nous y sommes depuis hier soir; au terme d’un périple mouvementé, entre retards en cascade et frayeurs de dernière minute, mais nous y sommes ! Notre première journée a été consacrée à faire tout ce que nous ne pouvons pas faire à Nairobi: marcher à travers la ville pour en humer l’atmosphère (qui a un petit quelque chose de San Francisco), manger un fish and chips en nous émerveillant de l’effervescence du waterfront et admirer murènes et pinguins à l’aquarium.

On y a aussi vu des requins, impressionnants, et frôlé un épisode des dents de la mer. Car la grande attraction de cet aquarium, c’est le repas des squales. Tous les dimanches à 15 heures, deux plongeurs descendent dans l’immense bassin de six mètres de profondeur avec deux seaux de poissons. Ils piquent un gros poisson au bout d’une sorte de fourchette à long manche et les donnent à manger aux requins. Pas assez long le manche. Alors qu’une plongeuse s’apprêtait à nourrir le requin, il a été plus rapide qu’elle et a attrapé le poisson et …sa main.

On ne l’a compris qu’en voyant remonter précipitamment les deux plongeurs, l’une des deux la main ensanglantée en l’air pour la sortir au plus vite de l’eau. La guide bénévole qui commentait en direct le repas des requins, un peu secouée, a meublé en nous détaillant leurs moeurs, puis deux plongeurs (dont un nouveau) sont redescendus pour continuer l’opération. Je dois dire que j’ai admiré leur sang froid et vraiment pas regretté de ne pas m’être inscrite pour l’attraction « plongée dans le bassin aux requins » également proposée aux visiteurs !

De retour au waterfront, où toute la population du Cap semble se retrouver le dimanche, nous avons pu écouter un concert de rock dans un petit amphithéâtre en plein air. De bons musiciens et un public arc-en-ciel, à l’image du pays. Une vieille dame, blanche, assise à côté d’un couple noir, incroyable de penser qu’il y a 20 ans seulement c’était impensable ! Nous avons si peu vu et si peu parlé à des Sud-Africains que nous sommes incapables de juger de la réalité et des difficultés de ce melting pot. Mais l’image était belle.

Ce que nous avons bien senti en revanche c’est, comme au Kenya, l’immense fossé entre riches et pauvres. En descendant vers la mer, nous avons croisé plusieurs mendiants, tous noirs. Et bien incapables d’acheter quoi que ce soit dans les centres commerciaux ultra modernes du front de mer où l’on trouve de tout, des dosettes Nespresso aux Crocs multicolores en passant par les jeans Levis’.

PS: pas moyen de vous montrer nos premières photos ce soir, la connection internet n’est pas assez bonne. Demain peut-être ?

L’adieu à Wangari

10 octobre 2011

Des milliers de kényans sont venus rendre hommage à Wangari Maathai, incinérée samedi dernier. Le trublion (la trublione ?) de la politique kényane a finalement eu droit à des funérailles nationales, avec cortège officiel, haie d’honneur et hommages des plus hauts personnages de l’Etat.

Mais tout cela ne sonnait pas très juste. Je n’ai pas vu la cérémonie, retransmise à la télévision, mais il semble que la foule – qui elle la regrettait vraiment – ait été tenue à l’écart alors que les politiques – qui ne l’ont soutenue au mieux que mollement – paradaient. Cela a été le cas depuis le jour de sa mort d’ailleurs. Soudainement, les hommages ont plu alors que cette femme, exceptionnelle aux dires de tous, n’a jamais été nommée ministre à part entière ! Trop entêtée, trop honnête, sans doute. 

Le cortège est parti de Uhuru Park, tout un symbole puisque ce poumon vert situé en plein centre de la capitale a été sauvé par Wangari au terme d’un bras de fer avec le très autocrate président de l’époque Daniel Arap Moi. Lui qui l’avait traitée de « folle » à l’époque, a au moins eu la décence de ne pas paraître à son enterrement. Ca a le mérite de la franchise.

Fidèle à son combat de « Mère des arbres », Wangari Maathai a refusé d’être inhumée dans un cercueil de bois. Sa dépouille a été placée dans un long panier fait de bambou, tiges de papyrus et fibres de jacynthes d’eau. Puis elle a été incinérée dans l’intimité familiale. Contrairement à la tradition, son corps n’a pas été exposé en public, ce qui a beaucoup troublé nombre de Kényans, m’a confié Célestine.