Famine

Amina serre dans ses bras sa petite-fille Rahmo, 7 mois. La mère du bébé, âgée de 17 ans, est morte de faim avant d'arriver à Dadaab.

Je reviens de Dadaab, cet ensemble de camps de réfugiés Somaliens où je m’étais déjà rendue en mars. Encore une fois, le déplacement n’a pas été facile à organiser. Après dix jours d’attente, j’ai du aller amadouer une secrétaire du département aux Réfugiés pour obtenir l’autorisation de me rendre dans le camp. Il a fallu ensuite trouver un mode de transport. Je suis finalement partie vendredi matin très tôt avec un avion du HCR et suis rentrée le lendemain, avec une délégation onusienne. 

En mars, les trois camps de Dadaab étaient déjà surpeuplés et pourtant ils n’accueillaient « que » 330.000 personnes. Fin août, on dépassait les 450.000.  Six régions de Somalie ont été déclarées en état de famine par l’ONU et cela ne fait qu’empirer. La prochaine saison des pluies est attendue en octobre mais même si elle était dans la norme, il faudrait encore des mois pour avoir les premières récoltes. Quant au cheptel, décimé, il faudra des années pour le reconstituer.

A Dadaab, les hôpitaux soignant les enfants atteints de malnutrition sont débordés. MSF en a traité plus de 37.000 depuis début juillet. L’hôpital du camp de Dagahaley ne cesse de s’étendre pour pouvoir accueillir de nouveaux patients, d’autant qu’une épidémie de rougeole a commencé.

Dalfuro est soignée pour malnutrition, à sept mois elle pèse 4,4 kg…

Voilà, tout ça ce sont des faits, énoncés volontairement sans fioritures. Car il y a à mon avis un vrai et un faux débat autour de cette famine. Le faux débat est celui lancé par MSF, avec une intention de bien faire sans doute mais avec de vrais risques pour ceux qui souffrent. Le président de MSF a averti qu’il était extrêmement difficile de donner des chiffres sur le nombre de personnes en détresse et que l’aide avait beaucoup de mal à parvenir à ceux qui en ont le plus besoin.

Dans sa ligne de mire, l’ONU et certaines ONG qui, pour mobiliser les donateurs n’ont pas hésité à balancer des formules et des chiffres invérifiables du genre « pire sécheresse depuis 60 ans » ou « 750.000 personnes en danger de mort ». La vérité est, je pense, que l’on en sait rien parce que personne ou presque ne peut accéder dans les régions les plus gravement touchées, qui sont contrôlées par la milice islamiste radicale Al Shebab. La situation est très grave, oui, des milliers de personnes meurent de faim, oui mais on ne peut guère en dire plus.  

Le risque de ce faux débat, c’est de semer la confusion dans les esprits au risque de limiter encore les dons déjà insuffisants au regard des besoins. Car les besoins sont énormes, ne serait-ce qu’à Dadaab qui n’accueille qu’une partie des centaines de milliers de personnes déplacées. Je peux en témoigner. 

Mais il y a aussi un vrai débat, parfaitement légitime.  C’est pourquoi en est-on arrivé là et que faire pour que cela ne se reproduise plus ? Il y a beaucoup de choses à dire et elles ont déjà été dites pour la plupart. Qu’après 20 ans de guerre civile, il FAUT trouver une solution politique en Somalie, pays à l’origine de l’expression anglaise de « failed state ». Difficile certainement mais pas impossible si la communauté internationale (y compris les Etats africains) s’y met vraiment.

Il faut aussi dire, même si ce n’est pas politiquement correct, que l’Afrique doit prendre son destin en main et cesser de se reposer sur les bailleurs de fonds étrangers. Il n’y a aucune raison pour que le Kenya, démocratie moderne qui compte des entreprises prospères et de bonnes infrastructures, laisse mourir de faim une partie de sa population. Ou plutôt si, il y en a une, sa classe politique irresponsable et corrompue, dans sa quasi totalité. Pendant que les bergers Turkana dépérissent au nord du pays, les députés (parmi les mieux payés au monde) continuent à batailler pour ne pas payer d’impôt sur le revenu. Indécent.

Si vous souhaitez lire mon reportage sur Dadaab, paru ce matin dans La Croix, cliquez ici

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3 Réponses to “Famine”

  1. Clari Says:

    Et j’ajoute que l’article est passé à la une de La Croix et qu’on en a parlé à la radio !

  2. claire Says:

    c’est absolument effrayant… ton article et le dossier de La Croix sont passionnants. Il semble que, comme dans le débat que tu décris sur l’évaluation de la situation, il y a aussi deux niveaux d’urgence: le sauvetage médical d’une partie de ces pauvres gens, et là on ne peut pas attendre la responsabilisation douteuse des « élites » de ces pays, et leur survie ensuite (et la non continuation du problème) qui dépend totalement du politique. Dans ce cadre, la corruption est une calamité résistante. Mais qu’en est-il des efforts scientifiques pour trouver des solutions pratiques? sélection d’espèces, irrigation, transferts de fourrage, infrastructures… est ce que ces pays sont actifs?

  3. Frédérique Says:

    Bon ben en fait j’ai rien à ajouter parce que Claire a dit exactement ce que j’avais en tête.

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