Archive for septembre 2011

Wangari Maathaï

26 septembre 2011

C’était la Kényane la plus célèbre au monde. Wangari Maathaï, première femme africaine récompensée du prix Nobel de la paix (en 2004) est morte d’un cancer dans la nuit de dimanche à lundi. Elle avait 71 ans.

Avant tout connue pour son combat contre la déforestation, « Celle qui plante des arbres » (titre de son autobiographie) a mené bien d’autres luttes. Contre le régime autoritaire du président Moï dans les années 80 et 90, ce qui lui vaudra d’être molestée et emprisonnée plusieurs fois, pour les droits de la Femme…

Dans les années 70, elle a fondé le Mouvement de la ceinture verte, qui revendique avoir planté 40 millions d’arbres sur le continent depuis sa création.

Députée, membre du gouvernement de 2003 à 2005, Wangari Maathaï faisait montre d’une force de caractère difficile à accepter pour certains. Son ex-mari lui reprochait d’être « trop instruite, trop forte, trop brillante, trop têtue et trop difficile à contrôler ». Un bel hommage !

Sa mort a ému les Kényans, très attachés à cette personnalité hors norme qui n’a jamais mâché ses mots. Pour La Croix, je suis allée recueillir quelques réactions. Les voici:

Bien avant les communiqués officiels, tardifs, l’hommage est venu de la rue. Dans les matatus, ces petits taxis collectifs, les centres commerciaux, et même sur sa page Facebook, les Kényans faisaient tous part de leur tristesse à l’annonce de la mort du Professeur Wangari Maathai, comme on l’appelait ici avec respect. « Nous la pleurons, l’Afrique la pleure. Elle était un exemple. Elle a travaillé dur pour notre pays et jamais pour son profit personnel », réagit avec émotion Helen, une pâtissière de 42 ans rencontrée dans la rue. Peter, jeune marchand de journaux du centre de Nairobi, a été témoin de son action sur le terrain. « Dans ma région de Muranga (centre du Kenya), les chutes de pluie étaient devenues insuffisantes. Elle a apporté des plants en 2008 et mille arbres ont été plantés. Cela a donné du travail à beaucoup de gens». Célèbre dans le monde entier, Wangari Maathai était profondément appréciée au Kenya, où elle a été de tous les combats. Lutte pour l’environnement bien sûr, dans un pays où la surface des forêts a fondu de 30% à 1,7% en un siècle, mais aussi pour les droits de la Femme et la démocratie. « Elle s’est battue, battue, et le gouvernement a toujours fini par céder », témoigne Gladys Ogolah, 65 ans, qui dirige une association féministe et a travaillé à ses côtés. « Personne ne pouvait corrompre Wangari. C’était une femme merveilleuse mais intransigeante quant il s’agissait de l’environnement ».  Cela lui a valu des difficultés.  « Après son prix Nobel, nous étions tous sûrs qu’elle serait nommée ministre mais elle n’a jamais dépassé le stade de secrétaire d’Etat », souligne Catherine Lore, une gynécologue qui la connaissait de longue date. « Elle était proche des pauvres, des femmes surtout, et nous a appris que nous, Africains, pouvions trouver les solutions à nos problèmes ».

Kenyans for Kenya

20 septembre 2011

Un homme fait un don en faveur des victimes de la famine qui sévit dans toute la corne de l’Afriq...

(Photo AFP/Tony Karumba)

Après cette série de nouvelles tristes, en voici au moins une bonne qui témoigne de l’incroyable solidarité des gens ici. Alors que le gouvernement s’est distingué par sa passivité dans la gestion de la sécheresse, les Kényans ordinaires, eux, se sont mobilisés pour venir en aide à leurs compatriotes.

Sous l’égide de la Croix-Rouge locale et avec le soutien de plusieurs entreprises privées, une grande campagne de collecte de dons, « Kenyans for Kenya », a été lancée fin juillet. Close le 16 septembre, elle a permis de recueillir plus de 5 millions d’euros. 

Si vous voulez en savoir plus, lisez le papier que j’ai écrit pour La Croix en cliquant ici

Lundi noir

17 septembre 2011

Dure semaine pour le Kenya. Lundi, les habitants d’un bidonville de Nairobi ont repéré une fuite dans le pipeline qui passait sous leurs pieds. Sans réfléchir, ils se sont précipités avec leurs jerricans pour récupérer de l’essence. La vendre et c’était l’assurance de quelques jours de subsistance dans ce pays où la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour.

Oui mais, cigarette ou autre, il y a eu une étincelle, et tout a explosé. Cent morts, au moins, et des dizaines de personnes gravement brûlées qui sont toujours hospitalisées. Les journaux kényans ont fait leur une sur la catastrophe, n’hésitant pas à montrer des photos de corps carbonisés à la limite du supportable.

Les hommes politiques ont défilé sur les lieux du drame avec une mine de circonstance. Et puis rien. Il se trouve que tout le monde savait que ce bidonville était établi au dessus d’un pipeline et que la catastrophe se produirait un jour ou l’autre. Des ordres d’évacuation avait été lancés sans être jamais appliqués parce que les politiciens locaux exigeait que le gouvernement reloge les personnes qui seraient expulsées.

Les éditorialistes, qui font office de seule opposition dans ce pays dirigé par un gouvernement de coalition,  sont tous montés au créneau pour dénoncer cette situation. Drame de la misère certes, mais surtout de l’irresponsabilité collective, ont-ils tonné.

Las, la classe politique kényane, dans son immense majorité, ne manifeste pas la moindre considération pour les plus pauvres. Sauf au moment des élections, où leurs votes sont alors courtisés à grand coups de promesses jamais tenues.

Famine

8 septembre 2011

Amina serre dans ses bras sa petite-fille Rahmo, 7 mois. La mère du bébé, âgée de 17 ans, est morte de faim avant d'arriver à Dadaab.

Je reviens de Dadaab, cet ensemble de camps de réfugiés Somaliens où je m’étais déjà rendue en mars. Encore une fois, le déplacement n’a pas été facile à organiser. Après dix jours d’attente, j’ai du aller amadouer une secrétaire du département aux Réfugiés pour obtenir l’autorisation de me rendre dans le camp. Il a fallu ensuite trouver un mode de transport. Je suis finalement partie vendredi matin très tôt avec un avion du HCR et suis rentrée le lendemain, avec une délégation onusienne. 

En mars, les trois camps de Dadaab étaient déjà surpeuplés et pourtant ils n’accueillaient « que » 330.000 personnes. Fin août, on dépassait les 450.000.  Six régions de Somalie ont été déclarées en état de famine par l’ONU et cela ne fait qu’empirer. La prochaine saison des pluies est attendue en octobre mais même si elle était dans la norme, il faudrait encore des mois pour avoir les premières récoltes. Quant au cheptel, décimé, il faudra des années pour le reconstituer.

A Dadaab, les hôpitaux soignant les enfants atteints de malnutrition sont débordés. MSF en a traité plus de 37.000 depuis début juillet. L’hôpital du camp de Dagahaley ne cesse de s’étendre pour pouvoir accueillir de nouveaux patients, d’autant qu’une épidémie de rougeole a commencé.

Dalfuro est soignée pour malnutrition, à sept mois elle pèse 4,4 kg…

Voilà, tout ça ce sont des faits, énoncés volontairement sans fioritures. Car il y a à mon avis un vrai et un faux débat autour de cette famine. Le faux débat est celui lancé par MSF, avec une intention de bien faire sans doute mais avec de vrais risques pour ceux qui souffrent. Le président de MSF a averti qu’il était extrêmement difficile de donner des chiffres sur le nombre de personnes en détresse et que l’aide avait beaucoup de mal à parvenir à ceux qui en ont le plus besoin.

Dans sa ligne de mire, l’ONU et certaines ONG qui, pour mobiliser les donateurs n’ont pas hésité à balancer des formules et des chiffres invérifiables du genre « pire sécheresse depuis 60 ans » ou « 750.000 personnes en danger de mort ». La vérité est, je pense, que l’on en sait rien parce que personne ou presque ne peut accéder dans les régions les plus gravement touchées, qui sont contrôlées par la milice islamiste radicale Al Shebab. La situation est très grave, oui, des milliers de personnes meurent de faim, oui mais on ne peut guère en dire plus.  

Le risque de ce faux débat, c’est de semer la confusion dans les esprits au risque de limiter encore les dons déjà insuffisants au regard des besoins. Car les besoins sont énormes, ne serait-ce qu’à Dadaab qui n’accueille qu’une partie des centaines de milliers de personnes déplacées. Je peux en témoigner. 

Mais il y a aussi un vrai débat, parfaitement légitime.  C’est pourquoi en est-on arrivé là et que faire pour que cela ne se reproduise plus ? Il y a beaucoup de choses à dire et elles ont déjà été dites pour la plupart. Qu’après 20 ans de guerre civile, il FAUT trouver une solution politique en Somalie, pays à l’origine de l’expression anglaise de « failed state ». Difficile certainement mais pas impossible si la communauté internationale (y compris les Etats africains) s’y met vraiment.

Il faut aussi dire, même si ce n’est pas politiquement correct, que l’Afrique doit prendre son destin en main et cesser de se reposer sur les bailleurs de fonds étrangers. Il n’y a aucune raison pour que le Kenya, démocratie moderne qui compte des entreprises prospères et de bonnes infrastructures, laisse mourir de faim une partie de sa population. Ou plutôt si, il y en a une, sa classe politique irresponsable et corrompue, dans sa quasi totalité. Pendant que les bergers Turkana dépérissent au nord du pays, les députés (parmi les mieux payés au monde) continuent à batailler pour ne pas payer d’impôt sur le revenu. Indécent.

Si vous souhaitez lire mon reportage sur Dadaab, paru ce matin dans La Croix, cliquez ici