Sécheresse

Cela fait des mois que ça dure. Dès janvier, la presse locale faisait état d’une sécheresse dans le nord du Kenya. Puis l’ONU a alerté sur la situation en Somalie, encore plus grave qu’au Kenya. Alors bien sûr j’ai pensé écrire un article. J’ai enquêté, en assistant à deux colloques sur le sujet, en rencontrant et interrogeant plusieurs responsables d’ONG.

Mais plus je parlais aux gens, moins la situation était claire. Il manquait de l’eau, clairement, mais était-ce réellement une sécheresse ? Personne n’était d’accord. Difficile de définir ce seuil où des conditions très difficiles, quasi permanentes dans cette zone très aride, se transforment en catastrophe humanitaire. A l’époque, certaines ONG réclamaient des fonds d’urgence, quand d’autres organisations les accusaient de dramatiser la situation. 

Aujourd’hui, après deux saisons des pluies avortées, la sécheresse semble avérée, notamment en Somalie, mais aussi dans toute la Corne de l’Afrique. En témoigne, l’afflux toujours plus grand des réfugiés somaliens dans le camp de Dadaab, au nord du Kenya, et en Ethiopie, mais surtout le taux aggravé de malnutrition parmi les habitants des zones les plus touchées.

Selon l’ONU, la Corne de l’Afrique traverse la pire sécheresse de son histoire depuis soixante ans et plus de 10 millions de personnes en sont victimes. La porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, Elisabeth Byrs, estime même que « dans plusieurs régions, on peut parler de famine ». Quelque 3,2 millions de personnes seraient touchées au Kenya, 2,6 millions en Somalie, 3,2 millions en Ethiopie et 117.000 à Djibouti. Et l’ONU réclame des fonds aux pays donateurs pour leur venir en aide.

A mes yeux, cette catastrophe prévisible pose plusieurs questions. Si dès janvier on savait que la situation risquait de dégénérer gravement, pourquoi en est-on arrivés là ? Le cas de la Somalie est un peu à part. La guerre civile et l’hostilité des miliciens islamistes Shebab y rendent extrêmement difficile le travail des ONG. Mais ailleurs ? Alors que l’on sait que le réchauffement climatique perturbe les saisons des pluies et accroît l’aridité de cette région, pourquoi fait-on si peu de prévention ? 

Plus je vis en Afrique, plus mon regard sur l’aide au développement devient critique. En laissant penser aux gouvernements africains que nous serons toujours là pour jouer aux pompiers, nous ne les incitons en rien à prendre les mesures nécessaires pour tenter de résoudre leurs difficultés. En menant ma petite enquête sur les sécheresses récurrentes dans les zones arides et semi-arides du Kenya  (70% de la superficie du pays !), j’ai été stupéfaite d’entendre un responsable politique kényan m’expliquer que la seule solution était de transformer les pasteurs nomades qui peuplent le nord du pays en agriculteurs sédentarisés. Mais si ces populations ont adapté ce mode de vie nomade, c’est précisément pour pouvoir trouver de l’eau pour leur bétail alors que cultiver la terre dans ces régions relève de l’impossible !  

Il y a bien sûr d’autres solutions et la première, qui fait l’unanimité sans être jamais mise en application, c’est de construire des ROUTES pour désenclaver cette région isolée. Des routes qui permettent aux éleveurs de commercialiser leurs bêtes sans dépendre de moult intermédiaires, des routes qui permettent de faire venir des céréales et des légumes produits en abondance dans d’autres parties du pays à moindre coût. En février, alors que les tribus Turkana et Pokot commençaient à souffrir de la faim, les agriculteurs de la Rift Valley ne savaient plus que faire de leurs excédents de maïs…

Les ONG ont des tas d’autres projets intéressants: développer l’apiculture pour obtenir une autre source de revenu, utiliser des poëles moins gourmands en charbon (pour dissuader les gens de couper des arbres et d’aggraver la désertification), collecter l’eau de pluie, apprendre les techniques d’irrigation, améliorer l’instruction des enfants (les moins éduqués du Kenya),  etc… Mais souvent les projets se font à petite échelle et en ordre dispersé, parce qu’il y a une infinité d’acteurs différents. D’où la nécessité que les autorités du pays prennent en main ces projets et leur donnent une véritable impulsion. On attend toujours…

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2 Réponses to “Sécheresse”

  1. Alexis.cazin@totsa.com Says:

    Merci Marie, pour ces réflexions, ça change des articles généraux qu’on lit dans la presse sur ce sujet.

  2. France Says:

    Oui en effet ca change de ce qu’on peut lire ailleurs…. mais on se rend surtout compte qu’ici en France par exemple nous entendons tres peu parler de ce qui se passe la bas…. je n’entend pas parler de cette sécheresse et de ses conséquences aux infos sur les chaines généralistes par exemple et je trouve ça fort déplorable !

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