Marie chez les Yaaku

Lecteurs les plus fidèles, vous le savez ce titre a un goût de déjà vu et c’est voulu. Voilà quelques mois, Boris avait effectué un reportage sur une petite tribu, les Yaaku, qui tente de faire renaître sa langue et sa culture, presque éteintes. Alors, quand l’ambassade de France au Kenya m’a à son tour proposé de m’emmener chez les Yaaku, je n’ai pas été immédiatement convaincue.

L’histoire avait déjà été écrite et je me méfie un peu des voyages officiels où l’on trouve trop rarement le temps de parler aux gens sans être dérangé. Je garde des souvenirs cuisants d’expéditions obligées aux côtés de ministres qui vous ballottent d’un lieu à l’autre, vous laissant frustré avec le sentiment d’un travail mal fait.

Mais je me suis laissée convaincre par l’enthousiasme du service étranger de La Croix, tentée aussi par la perspective d’une escapade dépaysante pour échapper à la morose trilogie météorologique de Nairobi (gris, pluie, frimas). J’ai bien fait. La route qui permet de se rendre à Dol Dol, notre destination, devient très belle quand elle vire à la piste, à partir de Nanyuki. Un paysage de far-ouest américain, que je n’ai pas pu photographier car on ne s’est arrêtés qu’une fois (là, la frustration a pointé son nez). La lumière était idéalement dorée mais mes photos prise à la volée sont bien sûr toutes floues. Toutes sauf une, que voilà pour vous donner une idée:

Arrivés à Dol Dol, nous avons été accueillis par Manasseh Matunge, président de l’Association culturelle Yaaku. Il vit dans une maison en dur mais entourée de trois cases traditionnelles, recouvertes de bouse de vache séchée. J’ai pu visiter celle de son beau-père. Très brièvement. Il n’y a pas d’autres ouvertures que la porte dans ces cases. Un feu à même le sol donne un peu de lumière mais surtout une fumée âcre qui brûle la gorge et fait pleurer. Je suis donc ressortie aussi rapidement que la politesse le permettait en tentant de ne pas suffoquer complètement.

Ces cases sont construites à la mode Massaï, tribu à laquelle les Yaaku se sont progressivement assimilés. Et c’est toute l’histoire au coeur du reportage. Après avoir longtemps voulu ressembler aux Massaï dont ils enviaient le mode de vie prestigieux (les Massaï possèdent beaucoup de bétail, signe extérieur de richesse en Afrique), les Yaaku regrettent aujourd’hui la perte de leur langue, de leurs traditions de chasseurs-cueilleurs. Et ils tentent de les faire revivre.

Après une nuit passée dans la maison de Manasseh, nous avons pu aller visiter le lendemain la forêt ancestrale des Yaaku. Ils y ont vécu plusieurs siècles, abrités dans des  grottes, et en connaissent toujours le moindre recoin. La ballade, guidée par deux octagénaires incroyablement ingambes, a été émouvante. Ils nous ont montré une source, dissimulée dans une fissure entre deux rochers, et un arbre où se pratiquent toujours des sacrifices, pour faire venir la pluie notamment. Les anciens peuvent aussi y jeter des sorts funestes aux membres des autres tribus qui coupent des arbres pour permettre à leur bétail de brouter le feuillage, (Massaï ou Samburu notamment), et ça marche, nous a assuré Manasseh.

La matinée s’est achevée à l’école primaire de Kuri Kuri, non loin de Dol Dol, pour l’inauguration d’une salle de classe co-financée par la France.  Chants et danses (massaï) ont accueilli l’ambassadeur, avant de très longs discours (heureusement moi, pendant ce temps, j’ai pu faire des photos).

Pour en savoir plus sur les Yaaku, vous pouvez lire mon reportage paru dans La Croix en cliquant ici.

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2 Réponses to “Marie chez les Yaaku”

  1. Hubert Says:

    Très beau texte et superbes photos. La photo de la danse montre combien ils et elles ont un port de tete incroyable. A juste titre ils ont l’air terriblement fiers. Vivement l article.

  2. france Says:

    MARIE J’ai beaucoup aimé ce reportage qui me rappelle de bons souvenirs, tes photos sont magnifiques, je guetterai ton article dans la Croix, je me réjouis de te voir à Cassis bientôt

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