Archive for juin 2011

Marie chez les Yaaku

28 juin 2011

Lecteurs les plus fidèles, vous le savez ce titre a un goût de déjà vu et c’est voulu. Voilà quelques mois, Boris avait effectué un reportage sur une petite tribu, les Yaaku, qui tente de faire renaître sa langue et sa culture, presque éteintes. Alors, quand l’ambassade de France au Kenya m’a à son tour proposé de m’emmener chez les Yaaku, je n’ai pas été immédiatement convaincue.

L’histoire avait déjà été écrite et je me méfie un peu des voyages officiels où l’on trouve trop rarement le temps de parler aux gens sans être dérangé. Je garde des souvenirs cuisants d’expéditions obligées aux côtés de ministres qui vous ballottent d’un lieu à l’autre, vous laissant frustré avec le sentiment d’un travail mal fait.

Mais je me suis laissée convaincre par l’enthousiasme du service étranger de La Croix, tentée aussi par la perspective d’une escapade dépaysante pour échapper à la morose trilogie météorologique de Nairobi (gris, pluie, frimas). J’ai bien fait. La route qui permet de se rendre à Dol Dol, notre destination, devient très belle quand elle vire à la piste, à partir de Nanyuki. Un paysage de far-ouest américain, que je n’ai pas pu photographier car on ne s’est arrêtés qu’une fois (là, la frustration a pointé son nez). La lumière était idéalement dorée mais mes photos prise à la volée sont bien sûr toutes floues. Toutes sauf une, que voilà pour vous donner une idée:

Arrivés à Dol Dol, nous avons été accueillis par Manasseh Matunge, président de l’Association culturelle Yaaku. Il vit dans une maison en dur mais entourée de trois cases traditionnelles, recouvertes de bouse de vache séchée. J’ai pu visiter celle de son beau-père. Très brièvement. Il n’y a pas d’autres ouvertures que la porte dans ces cases. Un feu à même le sol donne un peu de lumière mais surtout une fumée âcre qui brûle la gorge et fait pleurer. Je suis donc ressortie aussi rapidement que la politesse le permettait en tentant de ne pas suffoquer complètement.

Ces cases sont construites à la mode Massaï, tribu à laquelle les Yaaku se sont progressivement assimilés. Et c’est toute l’histoire au coeur du reportage. Après avoir longtemps voulu ressembler aux Massaï dont ils enviaient le mode de vie prestigieux (les Massaï possèdent beaucoup de bétail, signe extérieur de richesse en Afrique), les Yaaku regrettent aujourd’hui la perte de leur langue, de leurs traditions de chasseurs-cueilleurs. Et ils tentent de les faire revivre.

Après une nuit passée dans la maison de Manasseh, nous avons pu aller visiter le lendemain la forêt ancestrale des Yaaku. Ils y ont vécu plusieurs siècles, abrités dans des  grottes, et en connaissent toujours le moindre recoin. La ballade, guidée par deux octagénaires incroyablement ingambes, a été émouvante. Ils nous ont montré une source, dissimulée dans une fissure entre deux rochers, et un arbre où se pratiquent toujours des sacrifices, pour faire venir la pluie notamment. Les anciens peuvent aussi y jeter des sorts funestes aux membres des autres tribus qui coupent des arbres pour permettre à leur bétail de brouter le feuillage, (Massaï ou Samburu notamment), et ça marche, nous a assuré Manasseh.

La matinée s’est achevée à l’école primaire de Kuri Kuri, non loin de Dol Dol, pour l’inauguration d’une salle de classe co-financée par la France.  Chants et danses (massaï) ont accueilli l’ambassadeur, avant de très longs discours (heureusement moi, pendant ce temps, j’ai pu faire des photos).

Pour en savoir plus sur les Yaaku, vous pouvez lire mon reportage paru dans La Croix en cliquant ici.

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School boy

16 juin 2011

C’est une étape clé, dont j’ai oublié de vous parler ici, mais depuis début mai, Noé va à l’école. Enfin au jardin d’enfants mais pour lui c’est l’école un point c’est tout. Deux fois par semaine, il enfile son petit sac à dos et saute dans la voiture avec entrain.

Au début, il appréciait l’exercice mais sans plus, et ses petits copains nettement  moins (toujours cette tendance à distribuer des baffes…). Mais depuis quelques jours, cela tourne à la frénésie. Hier matin, à 8h25 pétantes, il était fin prêt et très déterminé. Manque de chance c’était un jour « maison » et on  a frôlé le drame quand on lui a expliqué qu’il devrait y rester.

Qu’à cela ne tienne, ce matin il s’est réveillé à 4h30 (!!) pour ne pas rater l’école. Et il est parti, papillon (made in school) au cou, sac au dos (tu le reconnais Sophie ?) en chantonnant « vroum, vroum (voiture au cas où vous n’auriez pas deviné) école, école ».

Il faut dire qu’elle est chouette (comme dirait le petit Nicolas) son école. Un peu par hasard, parce que c’était le jardin d’enfant le plus proche de la maison, nous l’avons inscrit dans une école Waldorf, qui s’inspire de la pédagogie du philosophe autrichien Rudolf Steiner.

Pour être honnête, je n’ai pas tout compris de ses principes. Mais en gros, l’accent est mis sur le développement de l’imagination et de la créativité. Il n’y a aucun livre (mais les maîtresses racontent des histoires) ni de jouet en plastique (remplacés par des voitures en bois ou des poupées en tricot). Sa salle de classe est tout en bois aussi avec une petite véranda, façon Davy Crockett. Les enfants jouent beaucoup dehors et débutent leur journée par une petite visite dans l’enclos des canards et des lapins.  

J’étais un chouïa sceptique au début. Notamment sur l’aspect discipline puisque Noé garde une fâcheuse propension à bousculer tout le monde. Mais au bout de quelques semaines (quand même !), et après m’avoir demandé de lui couper les ongles ras (il griffait aussi), les maîtresses semblent l’avoir convaincu de modérer ses ardeurs guerrières. Et à voir l’enthousiasme de Noé pour son école, j’en conclus qu’elle lui convient et qu’il y est heureux. Pourvu que ça dure !

Sad Soudan

15 juin 2011

Un pays africain qui sort de la guerre civile et gagne son indépendance dans les urnes, c’était apparemment  trop beau pour être vrai. Les affrontements se multiplient depuis quelques semaines entre le nord et le sud-Soudan, faisant des centaines de victimes. Comme beaucoup le craignaient et en dépit de toutes ses promesses, le président Omar el-Béchir ne veut pas laisser partir le Sud.

A moins d’un mois de la proclamation de l’indépendance du sud du pays (le 9 juillet), l’avenir semble bien incertain.

Pour en savoir plus, l’article de mon collègue de La Croix, Olivier Tallès sur le sujet en cliquant ici.

Zanzibar, côté plage

10 juin 2011

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Stone town, c’est passionnant mais ce n’est pas tout, évidemment à Zanzibar il y aussi les plages. Nous avions choisi celle de Matemwe, au nord est de l’île. Peut-être pas la plus belle mais une des plus sauvages. Ici point de beach boy pour harceler le muzungu (Blanc en swahili), ni d’avalanche de touristes. Nous étions presque les seuls vacanciers sur cette plage immense.

Matemwe, c’est une plage qui vit. Dès le lever du soleil, les femmes profitent de la marée basse pour récolter les algues qu’elles cultivent dans la mer. De petits piquets de bois délimitent les « champs » d’algues. C’est une activité relativement récente à Zanzibar, introduite à la fin des années 80, mais elle constitue désormais une source de devises importante pour l’île. Sept mille tonnes d’algues seraient exportées chaque année, principalement vers l’Asie. Elles servent de gélifiant alimentaire ou sont utilisées en cosmétique (rouge à lèvre, mascara…).

Cette culture a permis aux femmes de Zanzibar de trouver une petite source de revenus  et renforce leur place au sein de la famille. Mais les algues leur sont achetées à un prix dérisoire par des intermédiaires qui, eux, gagnent beaucoup d’argent. Il faudrait que les algues puissent être transformées sur place pour que les femmes puissent réellement améliorer leur niveau de vie.

Zanzibar – Stone town

6 juin 2011

Je ne sais par où commencer. J’ai tellement aimé Zanzibar qu’il m’est difficile de trouver les mots pour en décrire la magie. Nous sommes arrivés mercredi à la mi-journée à Zanzibar Town, la capitale. Nous avions décidé de ne pas nous rendre immédiatement à notre hôtel en bord de plage, mais de nous arrêter en chemin pour visiter Stone town, la vieille ville de Zanzibar.

Bien nous en a pris car nous sommes tombés complètement sous le charme de ce dédale de ruelles, semées de mosquées (surtout) de quelques temples indous et autres églises. Peu de touristes s’y attardent, s’arrêtant souvent à l’idée d’une ville sale aux murs décrépits. Quel dommage ! S’il est vrai qu’on tombe parfois sur des poubelles ouvertes et malodorantes, le charme de la promenade n’en est en rien gâché.

On serpente dans de petites ruelles qui débouchent sur des places où les hommes jouent aux dominos ou au bao. On s’arrête souvent pour admirer les célèbres portes de bois sculptées, dans un style indien, arabe ou les deux, reflet du creuset de cultures qu’a toujours été Zanzibar. Les boutiques étroites rappellent celles des souks orientaux. Les gens sont affables et ne prêtent guère attention aux touristes.  

Héritage de sa splendeur et richesse passées, la vieille ville compte plusieurs palais ou très belles bâtisses. Les façades des maisons arabes sont lisses avec peu de fenêtres, celles des maisons indiennes hérissées de balcons de bois ouvragés. Elles viennent rappeler que riches marchands, trafiquants d’esclaves ou sultans ont vécu ici, dans l’opulence, jusqu’au début du XXe siècle.

C’est au commerce que Zanzibar doit son ancienne prospérité. Ivoire, épices, tissus et autres marchandises transitaient par cette île idéalement placée entre Afrique et Orient. Des millions d’esclaves aussi. En 1873, dès l’esclavage formellement aboli (on estime que la traite a continué jusqu’en 1920 environ),  une cathédrale anglicane a été bâtie sur l’ancien marché aux esclaves. Un ensemble de silhouettes sculptées dans la pierre, chaîne au cou, vient rappeler ce terrible passé. Deux caves où étaient entassés, avant d’être vendus aux enchères, les hommes d’un côté, les femmes et enfants de l’autre, ont été préservées. Il faut se baisser pour y entrer et on y suffoque à moitié faute d’aération.

Les documents et récits de notre guide (excellent) témoignent de la cruauté envers les esclaves. Abattus ou laissés à la merci des bêtes sauvages quand ils ne parvenaient plus à suivre la caravane, fouettés devant les potentiels acquéreurs pour prouver leur résistance à la douleur, tués à bout portant s’ils laissaient échapper une plainte. Le bilan est difficile à dresser mais, selon notre guide, quelque trente millions d’Africains auraient ainsi été déportés en Afrique de l’est et cinquante millions à l’ouest du continent…

Après un détour par le marché aux épices et celui aux poissons, notre ballade s’est achevée à la « maison des merveilles », palais d’apparat bâti par le sultan Bargash en 1883, ainsi surnommé parce qu’il avait l’électricité et un ascenseur, une première à l’époque dans toute l’Afrique de l’est !

Cartier libre

2 juin 2011

Bon je vois que le suspense a été de courte durée. Bravo à toutes et tous d’avoir deviné qu’il s’agissait de Jacques Cartier, navigateur, explorateur et malouin cela va sans dire ! Maintenant, il ne me reste plus qu’à expédier un kikoy à La Réunion et un autre à Delhi (ça m’apprendra à faire des promesses inconsidérées…) Bravo à Isabelle et Ariane, qui ont répondu presque aussi vite toutes les deux (et envoyez-moi votre adresse pour que je vous expédie le cadeau) !

PS: Vous êtes plutôt rose tyrien, rouge carmin ou bleu lavande ?

Clara’s Assembly

1 juin 2011

Vendredi dernier, Clara faisait un petit spectacle à son école lors de l' »assembly » hebdomadaire. Chaque classe s’y produit tour à tour et chaque assembly débute par l’hymne national kenyan (comme toutes les séances de cinéma ici d’ailleurs). La prof de Clara avait choisi de leur faire mimer un beau conte kikuyu autour d’un arbre sacré mais avant la performance des élèves, elle a projeté cette vidéo sur grand écran:

Vous connaissiez peut-être car la vidéo remonte à 2008, mais moi j’ai découvert. Son auteur est Matthew Harding, un concepteur de jeux vidéo américain. Il a voyagé pendant quatorze mois dans 42 pays pour réaliser cette vidéo géniale. Et il continue !

PS: Oups ! Ca n’a pas l’air de marcher. Vous arrivez à regarder la vidéo ?