Tinga Tinga (suite)

Je sais je sais, je suis en retard.  Je vous avais promis un récit de ma visite à la coopérative Tinga Tinga de Dar es Salaam. Le voici enfin. Avant de m’envoler pour Dar, j’avais fait une rapide recherche pour voir si, par hasard, il n’y aurait pas quelques bons sujets d’articles à dénicher. Et c’est la peinture Tinga Tinga qui s’est imposée.

Tinga Tinga – vous vous en souvenez peut-être car je vous en ai déjà parlé dans un précédent post – c’est ce style de peinture naïf avec des couleurs très vives. Elle a été créée par un artiste tanzanien Edward Saidi Tingatinga à la fin des années 60. Artiste, il l’est devenu sur le tard. Auparavant il avait été ouvrier agricole dans une plantation de sisal, puis jardinier chez un blanc et homme à tout faire dans un hôpital.

Réalisant un jour que les touristes étaient friands de souvenirs à rapporter de leur voyage, il s’est lancé dans la peinture. Avec, pour tout matériau, des panneaux d’aggloméré et de la peinture émaillée pour bicyclette. Le succès a été quasi immédiat auprès des Blancs, séduits par ses représentations naïves et colorées d’animaux de la savane africaine. La demande était telle qu’il a accepté de former six élèves, qui ont appris comme lui sur le tas. 

La belle histoire a été brutalement interrompue. En 1972, à 40 ans à peine, E.S. Tingatinga est abattu par la police qui l’avait confondu avec un malfaiteur. Mais ses élèves ont pris la relève, et formé à leur tour d’autres apprentis. Aujourd’hui quelque 500 peintres se réclament de l’école Tinga Tinga, ainsi nommée en hommage posthume à son fondateur.

Une soixantaine d’entre eux se sont unis au sein d’une coopérative, installée dans le quartier résidentiel d’Oyster Bay à Dar. Une vraie caverne d’Ali Baba ! Des tableaux suspendus partout ou entassés le long des murs. Des peintres qui peignent, d’autres qui dorment. J’ai pu discuter un peu avec le président de la coopérative, Abdallah de son nom d’artiste, mais la communication était rendue difficile par son anglais hésitant et ma méconnaissance complète du Swahili.

En me balladant dans les allées, j’ai aussi fait la connaissance d’Omari Amonde, dernier élève vivant de Tingatinga et doyen de la coopérative. Via un interprête, il m’a raconté  qu’il vendait les toiles de son mentor près d’un supermarché où venaient s’approvisionner les Blancs. Quand il a vu à quel point cela marchait bien, il a décidé d’apprendre à son tour !

A plus de 70 ans, Omari Amonde continue à peindre, parce qu’il n’a pas les moyens de prendre sa retraite mais aussi parce qu’il « aime son travail ». Sa main tremble quand il dessine des séries de lions, de buffles ou de léopards. Je lui ai acheté un sympathique hippopotame qui égaye désormais le mur de la chambre de Noé.

Il y a de tout dans la peinture Tinga Tinga: de très belles toiles mais aussi beaucoup d’imitations voire des croûtes. Les prix sont à l’avenant: de quelques dollars à … 36.800 euros pour la toile de Rabaju Chiwaya vendue aux enchères à Paris l’an dernier !

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