Dar es Salaam

Avec Tombouctou et Zanzibar, c’est un de ces noms de ville qui m’ont toujours fait rêver. J’ai donc sauté sur l’occasion quand Boris m’a dit qu’il partait deux jours à Dar es Salaam  (Dar pour les intimes) pour l’AFP. Confiant les enfants aux bons soins de Célestine, je l’ai rejoint lundi après-midi pour un court séjour dans cet autre grand port d’Afrique de  l’est (après Mombasa).

Map of Tanzania

C’était mon premier séjour en Tanzanie, et j’étais curieuse de découvrir ce pays qui devrait être si proche du Kenya mais que l’histoire a marqué d’une toute autre destinée. Première constatation: Dar es Salaam (« Havre de paix » en arabe) porte bien mal son nom. Dès la sortie des bureaux (15h pour les fonctionnaires !), les embouteillages y sont invraisemblables, dix fois pires qu’à Nairobi pourtant tristement réputée en la matière. Et contrairement aux très flegmatiques Kenyans, les Tanzaniens n’hésitent pas à jouer du klaxon. Les taxis collectifs, baptisés ici daladalas, sont toujours bondés, avec plusieurs personnes debout entre les rangées de sièges.

Malgré ses 4 millions d’habitants, la ville souffre du manque d’infrastructures. Pauvreté, corruption sont encore plus marquées ici qu’au Kenya. Et le pays est donc moins développé que son voisin, qui fait il est vrai figure de locomotive économique de la région. Les gens y sont aussi moins éduqués, peu d’entre eux maîtrisent bien l’anglais. 

Comme le résumait à Boris un diplomate, la Tanzanie a souffert de trois plaies: l’esclavage, le colonialisme et le socialisme poussé à l’extrême. Dans le musée de Dar, de terribles photos et documents témoignent des ravages que fit l’esclavage dans ce pays, l’une des plaques tournantes du trafic. Des caravanes arabes raflaient des villages entiers dans l’intérieur du pays avant de revendre leurs esclaves dans le port de Bagamoyo ou sur l’île de Zanzibar. 

 

 

Un célèbre marchand d’esclaves de Zanzibar, Hamed bin Mohamed el Marjebi dit TIP TIP (mais ne me demandez pas pourquoi …)

 

 

Fin XIXe, la conquête de ce territoire par l’Allemagne fût aussi semble-t-il particulièrement brutale. Plusieurs mouvements de rebellion fûrent écrasés dans le sang dans les années qui suivirent. Après la première guerre mondiale, c’est l’Angleterre qui récupérera la colonie, qu’elle baptisera Tanganyika.

A l’indépendance, acquise en 61, deux ans avant le Kenya, le pays prendra la voie du « socialisme à l’africaine » sous la houlette de Julius Nyerere. Sa politique de collectivisation de l’agriculture, avec le déplacement forcé de millions de personnes, et de plannification économique se révèleront assez désastreuses. Nyerere aura quand même eu le mérite de faire coexister pacifiquement  et durablement les différentes ethnies du pays, un exploit dans cette région. Autre fait notable, il s’est retiré volontairement de la vie politique en 1985, ouvrant la voie à de très progressives réformes politiques et économiques.

Tout cela, je l’ai appris entre autre en visitant mardi le très intéressant musée national de Dar. Un musée à l’africaine, de bric et de broc. On navigue de l’histoire à la zoologie en passant par la paléontologie, avec notamment le fascinant moulage de traces de pas laissés dans la cendre volcanique par trois de nos lointains ancêtres, il y a 3,6 millions d’années ! Mais on peut aussi y admirer d’incroyables bicyclettes en bois ou les voitures successives de Julius Nyerere (Austin Morris avant l’indépendance, Rolls Royce après !).

De militant en Austin Morris…

à président en Rolls… (offerte par l’ancienne puissance coloniale, c’est vrai qu’ils sont fairplay les Anglais !)

Plus incongru, est exposé le premier distributeur automatique d’argent du pays, installé en 1997… 

 

 

En revanche, à mon grand regret, impossible d’admirer les tableaux d’Edward Saidi Tingatinga, fondateur du mouvement artistique éponyme. Il faudra attendre l’ouverture de la nouvelle aile du musée, prévue dans quelques mois. J’avais pourtant hâte, après avoir visité la veille la coopérative fondée par les peintres Tinga Tinga. Visite qui fera l’objet de mon prochain post.

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Une Réponse to “Dar es Salaam”

  1. Lisou Says:

    C’est toujours un bonheur de te lire Marie !…. De quoi vivent les gens à Dar Es Salaam ?

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