Archive for mai 2011

Panthéon

20 mai 2011

Mercredi  l’école des enfants célébrait le « International day ». L’idée était judicieuse pour une école dont les élèves viennent du monde entier, du Liban au Japon en passant par l’Afghanistan ou le Canada. Chaque classe représentait un pays et les enfants « voyageaient » dans huit d’entre elles pour découvrir de nouveaux horizons.

La classe de Joseph, qui compte trois élèves français, représentait la France. Les trois mamans (dont moi) avaient donc été réquisitionnées pour tenir un « café parisien » (idée du prof) avec mini-viennoiseries, fromage et jus de raisin. Très attrayant j’admets mais cela m’énervait un peu que la présentation de la France se limite à ses spécialités culinaires. J’ai donc fait du zèle. J’ai imprimé des paysages et des monuments célèbres (Calanques de Cassis, chaîne du Mont Blanc, forêt de Fontainebleau, château de Chenonceaux, Palais des Papes, il y a un petit biais personnel, je le reconnais…) et surtout je me suis lancée dans la présentation de Français célèbres.

Et là, je vous le demande, qui auriez-vous choisi ? Il fallait bien sûr des personnalités qui soient célèbres au delà de nos frontières, et dont les enfants pourraient vaguement avoir entendu parler. Premier choix, évident au vu de la popularité du foot dans cette école (les garçons passent leurs récrés à y jouer): Zidane. Après, c’est devenu beaucoup plus dur. Il fallait des politiques, des scientifiques, des artistes, des hommes, des femmes….

Vous allez ricaner mais il m’a fallu un intense brainstorming pour pondre cette liste: Napoléon, De Gaulle, les frères Lumière, Victor Hugo, Arthur Rimbaud, Marie Curie (un peu polonaise aussi certes mais seule femme à avoir obtenu deux prix Nobel, vous le saviez, vous ?), Jeanne d’Arc, Renoir et lui:

Au fait c’est qui ?

Un kikoy authentique à qui me donnera  la bonne réponse en premier…

Difficulté supplémentaire, nous devions nous vêtir en « Français ». Là j’ai vraiment envié les mamans japonaises qui pouvaient se draper dans un ravissant kimono ou les papas écossais qui n’avaient qu’à ressortir le kilt du dimanche. Re-brainstorming et, à l’arrivée, VOILA (comme disent les Anglais):

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Dar es Salaam by day

16 mai 2011

C’est le dernier épisode de mon court séjour à Dar es Salaam.  Emballée par ma visite du musée national, je décide d’aller faire un tour sur le front de mer pour mieux appréhender la ville. Première étape: le marché au poisson, « pittoresque » selon mon guide. « Attention aux pickpockets », me met surtout en garde le chauffeur de taxi en me déposant. Effectivement l’ambiance est un peu particulière. Je suis la seule blanche et tout le monde me regarde, mi-amusé, mi-perplexe, du coin de l’oeil.

Mon sac autour du cou (pour plus de sécurité), j’avais laissé quelques petit billets dans la poche arrière de mon jean: si des pickpockets rôdaient par là, je préférais qu’ils me volent quelques shillings tanzaniens plutôt que mon précieux appareil photo. Stratégie vouée à l’échec. « Attention à votre argent. Rangez-le », me dirent plusieurs passants jusqu’à ce que j’obtempère. Au passage, je trouve que le guide, légèrement angélique, aurait pu mentionner ces quelques conseils de base… 

Un peu refroidie par l’ambiance et l’odeur de fin de marché, je décide d’aller faire un tour sur la plage voisine pour prendre quelques photos. L’atmosphère est assez désolée. Je passe à mi-chemin entre un clochard et un groupe de jeunes désoeuvrés, prends trois photos à la volée et reviens vers la chaussée quand je me fais interpeller par un policier. « Interdit de prendre des photos autour de la présidence, effacez-les », me lance-t-il.

La résidence du président est bien là, à quelques dizaines de mètres, mais dans la direction exactement opposée à celle de la plage. J’argumente donc, je noie le poisson et je file sans demander mon reste, avec mes photos volées. Le reste de la ballade sera tout aussi décevant. En fait, très peu de bâtiment coloniaux demeurent et ils ne sont pas particulièrement beaux. J’ai marché longtemps mais rien vu de très intéressant, si ce n’est ce guérisseur Masaï qui soigne tout avec ses racines et écorces de plantes.

Dernière image de Dar, ce vendeur ambulant entre deux rangées de voitures. Les embouteillages sont tels ici que les vendeurs s’en donnent à coeur joie. On peut tout acheter: des tapis de salles de bain aux balais brosses en passant par les lunettes. Une clientèle captive et qui s’ennuie, du pain béni !

Tinga Tinga (suite)

15 mai 2011

Je sais je sais, je suis en retard.  Je vous avais promis un récit de ma visite à la coopérative Tinga Tinga de Dar es Salaam. Le voici enfin. Avant de m’envoler pour Dar, j’avais fait une rapide recherche pour voir si, par hasard, il n’y aurait pas quelques bons sujets d’articles à dénicher. Et c’est la peinture Tinga Tinga qui s’est imposée.

Tinga Tinga – vous vous en souvenez peut-être car je vous en ai déjà parlé dans un précédent post – c’est ce style de peinture naïf avec des couleurs très vives. Elle a été créée par un artiste tanzanien Edward Saidi Tingatinga à la fin des années 60. Artiste, il l’est devenu sur le tard. Auparavant il avait été ouvrier agricole dans une plantation de sisal, puis jardinier chez un blanc et homme à tout faire dans un hôpital.

Réalisant un jour que les touristes étaient friands de souvenirs à rapporter de leur voyage, il s’est lancé dans la peinture. Avec, pour tout matériau, des panneaux d’aggloméré et de la peinture émaillée pour bicyclette. Le succès a été quasi immédiat auprès des Blancs, séduits par ses représentations naïves et colorées d’animaux de la savane africaine. La demande était telle qu’il a accepté de former six élèves, qui ont appris comme lui sur le tas. 

La belle histoire a été brutalement interrompue. En 1972, à 40 ans à peine, E.S. Tingatinga est abattu par la police qui l’avait confondu avec un malfaiteur. Mais ses élèves ont pris la relève, et formé à leur tour d’autres apprentis. Aujourd’hui quelque 500 peintres se réclament de l’école Tinga Tinga, ainsi nommée en hommage posthume à son fondateur.

Une soixantaine d’entre eux se sont unis au sein d’une coopérative, installée dans le quartier résidentiel d’Oyster Bay à Dar. Une vraie caverne d’Ali Baba ! Des tableaux suspendus partout ou entassés le long des murs. Des peintres qui peignent, d’autres qui dorment. J’ai pu discuter un peu avec le président de la coopérative, Abdallah de son nom d’artiste, mais la communication était rendue difficile par son anglais hésitant et ma méconnaissance complète du Swahili.

En me balladant dans les allées, j’ai aussi fait la connaissance d’Omari Amonde, dernier élève vivant de Tingatinga et doyen de la coopérative. Via un interprête, il m’a raconté  qu’il vendait les toiles de son mentor près d’un supermarché où venaient s’approvisionner les Blancs. Quand il a vu à quel point cela marchait bien, il a décidé d’apprendre à son tour !

A plus de 70 ans, Omari Amonde continue à peindre, parce qu’il n’a pas les moyens de prendre sa retraite mais aussi parce qu’il « aime son travail ». Sa main tremble quand il dessine des séries de lions, de buffles ou de léopards. Je lui ai acheté un sympathique hippopotame qui égaye désormais le mur de la chambre de Noé.

Il y a de tout dans la peinture Tinga Tinga: de très belles toiles mais aussi beaucoup d’imitations voire des croûtes. Les prix sont à l’avenant: de quelques dollars à … 36.800 euros pour la toile de Rabaju Chiwaya vendue aux enchères à Paris l’an dernier !

Dar es Salaam

11 mai 2011

Avec Tombouctou et Zanzibar, c’est un de ces noms de ville qui m’ont toujours fait rêver. J’ai donc sauté sur l’occasion quand Boris m’a dit qu’il partait deux jours à Dar es Salaam  (Dar pour les intimes) pour l’AFP. Confiant les enfants aux bons soins de Célestine, je l’ai rejoint lundi après-midi pour un court séjour dans cet autre grand port d’Afrique de  l’est (après Mombasa).

Map of Tanzania

C’était mon premier séjour en Tanzanie, et j’étais curieuse de découvrir ce pays qui devrait être si proche du Kenya mais que l’histoire a marqué d’une toute autre destinée. Première constatation: Dar es Salaam (« Havre de paix » en arabe) porte bien mal son nom. Dès la sortie des bureaux (15h pour les fonctionnaires !), les embouteillages y sont invraisemblables, dix fois pires qu’à Nairobi pourtant tristement réputée en la matière. Et contrairement aux très flegmatiques Kenyans, les Tanzaniens n’hésitent pas à jouer du klaxon. Les taxis collectifs, baptisés ici daladalas, sont toujours bondés, avec plusieurs personnes debout entre les rangées de sièges.

Malgré ses 4 millions d’habitants, la ville souffre du manque d’infrastructures. Pauvreté, corruption sont encore plus marquées ici qu’au Kenya. Et le pays est donc moins développé que son voisin, qui fait il est vrai figure de locomotive économique de la région. Les gens y sont aussi moins éduqués, peu d’entre eux maîtrisent bien l’anglais. 

Comme le résumait à Boris un diplomate, la Tanzanie a souffert de trois plaies: l’esclavage, le colonialisme et le socialisme poussé à l’extrême. Dans le musée de Dar, de terribles photos et documents témoignent des ravages que fit l’esclavage dans ce pays, l’une des plaques tournantes du trafic. Des caravanes arabes raflaient des villages entiers dans l’intérieur du pays avant de revendre leurs esclaves dans le port de Bagamoyo ou sur l’île de Zanzibar. 

 

 

Un célèbre marchand d’esclaves de Zanzibar, Hamed bin Mohamed el Marjebi dit TIP TIP (mais ne me demandez pas pourquoi …)

 

 

Fin XIXe, la conquête de ce territoire par l’Allemagne fût aussi semble-t-il particulièrement brutale. Plusieurs mouvements de rebellion fûrent écrasés dans le sang dans les années qui suivirent. Après la première guerre mondiale, c’est l’Angleterre qui récupérera la colonie, qu’elle baptisera Tanganyika.

A l’indépendance, acquise en 61, deux ans avant le Kenya, le pays prendra la voie du « socialisme à l’africaine » sous la houlette de Julius Nyerere. Sa politique de collectivisation de l’agriculture, avec le déplacement forcé de millions de personnes, et de plannification économique se révèleront assez désastreuses. Nyerere aura quand même eu le mérite de faire coexister pacifiquement  et durablement les différentes ethnies du pays, un exploit dans cette région. Autre fait notable, il s’est retiré volontairement de la vie politique en 1985, ouvrant la voie à de très progressives réformes politiques et économiques.

Tout cela, je l’ai appris entre autre en visitant mardi le très intéressant musée national de Dar. Un musée à l’africaine, de bric et de broc. On navigue de l’histoire à la zoologie en passant par la paléontologie, avec notamment le fascinant moulage de traces de pas laissés dans la cendre volcanique par trois de nos lointains ancêtres, il y a 3,6 millions d’années ! Mais on peut aussi y admirer d’incroyables bicyclettes en bois ou les voitures successives de Julius Nyerere (Austin Morris avant l’indépendance, Rolls Royce après !).

De militant en Austin Morris…

à président en Rolls… (offerte par l’ancienne puissance coloniale, c’est vrai qu’ils sont fairplay les Anglais !)

Plus incongru, est exposé le premier distributeur automatique d’argent du pays, installé en 1997… 

 

 

En revanche, à mon grand regret, impossible d’admirer les tableaux d’Edward Saidi Tingatinga, fondateur du mouvement artistique éponyme. Il faudra attendre l’ouverture de la nouvelle aile du musée, prévue dans quelques mois. J’avais pourtant hâte, après avoir visité la veille la coopérative fondée par les peintres Tinga Tinga. Visite qui fera l’objet de mon prochain post.

Dadaab (fin)

3 mai 2011

Je vous avais promis des photos du camp de réfugiés somaliens de Dadaab, les voici sous forme de diaporama, avec quelques légendes en guise de commentaire. Je n’ai pas pu en prendre autant que je le voulais. J’avais peu de temps et les Somaliens n’aiment pas être photographiés, surtout les femmes. Beaucoup m’ont dit qu’elles craignaient que cela leur porte malheur, d’autres ont demandé l’autorisation de leur mari.   Mon article pour La Croix est finalement paru le 15 avril. Pour le lire, cliquez ici

 

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Neuf ans

2 mai 2011