Dadaab (suite)

Je saucissonne ce post, désolée, mais il m’est difficile de trouver du temps pour écrire ici. Hier le programme était chargé. La journée a commencé par une visite au centre de distribution de nourriture de Hagadera, l’un des trois camps de Dadaab. Dès leur enregistrement au camp, les réfugiés reçoivent une carte dite « de rations ». C’est un peu leur seul document d’identité ici. La carte porte un numéro de référence et précise le nombre de membres dans la famille. A chaque distribution de nourriture elle est poinçonnée, pour éviter les fraudes.

Les distributions ont lieu deux fois par mois et s’étalent sur plusieurs jours. Sous un immense auvent grillagé de toute part s’entassent sacs de farine ou de maïs. L’atmosphère est tendue. Dans un nuage de farine, réclamations, cris de protestation fusent. Certains ne figurent pas sur les listes des bénéficiaires du jour et ne veulent pas repartir bredouilles. Les produits varient en fonction des envois du PAM, le programme alimentaire mondial. Hier, chaque famille avait droit à 5,5 kilos de farine de blé (par personne), 800 grammes de pois cassés, 600 g de farine de maïs, une mesure d’huile et un peu de sel.

Trop peu, selon les réfugiés. Pour le lait, les légumes, la viande, il faut se débrouiller. Echanger ou vendre une partie de ses rations. Dès la sortie, le commerce va bon train.

Prochaine étape, une école primaire. Surpeuplée, comme toutes les écoles du camp. Les enfants sont à 100 par classe. Les plus chanceux se serrent à quatre sur un banc, les autres sont assis par terre. Dadaab compte 19 écoles primaires mais pour pouvoir scolariser tous les enfants dans des conditions normales (le ratio officiel au Kenya est de 45 enfants par classe), il faudrait en construire 88 de plus, me confiait hier soir la responsable de l’éducation au HCR. Un défi impossible, même si les fonds étaient réunis, car l’espace nécessaire fait défaut.

L’espace, c’est le mot qui revient dans toutes les bouches. Le camp est totalement saturé. Il n’y a plus la moindre parcelle à allouer aux nouveaux arrivants (9.000 par mois !). Ils s’installent où ils peuvent, chez des parents ou des membres de leur clan, ou bien, de plus en plus souvent, en lisière des camps. De là, ils doivent marcher longtemps pour accéder aux points d’eau, aux latrines, aux centres médicaux.

Les efforts du HCR pour augmenter les capacités d’accueil se heurtent à la mauvaise volonté du gouvernement, inquiet devant l’afflux ininterrompu de réfugiés. Un nouveau camp Ifo II était sur le point d’ouvrir début novembre, mais le gouvernement central a tout bloqué. Les négociations s’éternisent. Les organisations humanitaires s’exaspèrent.  Et les réfugiés souffrent. Un vrai gachis.

Difficile de tout vous raconter sur ce blog, car il me faut d’abord écrire mon article pour La Croix. Les témoignages, les interviews, les photos, je vous les ferai partager plus tard, c’est promis. Mon séjour à Dadaab touche à sa fin, je rentre cet après-midi à Nairobi.

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4 Réponses to “Dadaab (suite)”

  1. claire Says:

    c’est formidablement passionnant ce que tu racontes.. comment prévoir l’avenir de ceux qui sont dans ce camp? est-ce les jeunes partent? y a-t-il des migrations et réinstallations ailleurs? est-ce que la région de Dadaab paur profiter de cet afflux de personnes ou est-ce trop désertique et dépourvu de ressources?

  2. France Says:

    J’attends la suite avec impatience. Dis-nous quand ton article paraitra dans La Croix. Peut-être le mettront-ils aussi sur le site Internet et je pourrais alors le lire sans problème. Difficile d’imaginer et de concevoir, confortablement installé dans un pays de la vieille Europe, ce qu’endurent quotidiennement une bonne partie des Africains (du Nord, du Sud, de l’est et de l’Ouest)… sans parler des Asiatiques, des Sud-Américains et de bien d’autres. Réalisons-nous notre chance ?

  3. Lisou Says:

    Marie tu es vraiment incroyable… Pourquoi lit-on ici et là qu’un nouvel afflux de réfugiés arrive à Dadaab depuis le début du mois ? Est-ce en lien avec l’explosion des prix des denrées de base ?

    • mariewolfrom Says:

      Coucou Lisou,
      L’afflux vers Dadaab est permanent mais c’est vrai qu’il est plus important ces dernières semaines en premier lieu parce que les troupes gouvernementales somaliennes, appuyées par l’AMISOM (la mission de l’Union africaine en Somalie), ont lancé une vaste offensive contre les militants islamistes d’Al Shebab depuis mi-février. Les combats ont été féroces, notamment à Mogadiscio. On en parle peu parce qu’aucun journaliste étranger ne peut se rendre en Somalie, en dehors de l’aéroport et d’un ou deux quartiers de Mogadiscio. Il est donc très difficile de se faire une idée de la situation sur place. Autre facteur qui pousse à l’exil: la sécheresse qui sévit en ce moment en Somalie – tout comme dans le nord du Kenya – et qui semble sévère (mais là aussi on a du mal à évaluer son ampleur).

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