Djibouti: sea, khat and sun

Boris revient tout juste de Djibouti. Voici ses impressions et ses photos.

« Aden était déjà pris par les Anglais, et il nous fallait un port d’escale au bout du canal de Suez »: c’est ainsi, explique un diplomate, que les Français crèèrent Djibouti en 1896. Devenu indépendant en 1977, Djibouti reste aujourd’hui, avant tout, ce petit pays au port hautement stratégique sur la Mer Rouge, lutte contre la piraterie somalienne oblige.

Le « vrai » pays, il faut aller le rencontrer sur les déserts de cailloux où les nomades afar continuent de faire vivre leurs troupeaux, à la recherche d’improbables traces laissées par l’écrivain aventurier Henri de Monfreid.

Mais à Djibouti ville, on croise du militaire, français surtout, allemand, scandinave. Les Marines américains sont en train de supplanter les Français en nombre, mais ils ont ordre de rester dans leur caserne et sont invisibles en ville. Les Japonais, eux aussi en première ligne dans la lutte contre la piraterie, installent à leur tour plusieurs centaines d’hommes.

A vrai dire on croise peu de monde à Djibouti, car même en plein hiver la température ne descend guère en dessous de 35, dix degrés de moins qu’en été mais de quoi dissuader les promenades le long d’interminables avenues écrasées de soleil. Le taxi déglingué vert et blanc s’impose donc.

Le chauffeur articule difficilement à cause de la grosse boule verte qu’il mâche: l’omniprésent khat, plante aux effets doucement euphorisants ou énergisants, c’est selon à qui on demande. En vente libre, bon marché, il est au Djiboutien ce que la vodka est au paysan sibérien: la seule distraction, le meilleur des réconforts.

Les hommes l’attendent avec impatience chaque jour en tout début d’après midi, en provenance de Tadjoura, de l’autre côté du golfe. Sa livraison sonne le début de la fin de la journée de travail, dit-on, si tant est qu’il y ait beaucoup de travail à partager, c’est un autre problème et c’est un peu le même.

Car le khat est un formidable exutoire social: il est parait-il distribué à pleines poignées à l’approche des élections — il y a une présidentielle en mai prochain, le Parlement vient de modifier la Constitution pour permettre au président sortant Ismaïl Omar Guelleh (dit IOG) de briguer un troisième mandat — et quand l’agitation sociale forçit un peu trop.

 Justement, les étudiants et les lycéens manifestent depuis plusieurs jours. Les médias officiels n’en ont pas fait état, mais tout le monde ne parle que de ça. « C’est à cause de la télé. Les jeunes regardent ce qui se passent en Tunisie et en Egypte », explique un journaliste local. Ces étudiants en grève, je ne les ai pas vus. Mais Djibouti c’est aussi cette foire permanente aux rumeurs, ce drôle de théâtre d’ombres chinoises sous le soleil de la mer Rouge.

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