Archive for février 2011

Longonot

26 février 2011

Vous brûlez d’en savoir plus sur le Mont Longonot à en croire vos commentaires. Et c’est vrai que j’avais passé un peu vite sur ce fleuron de la vallée du Rift. Alors voilà : c’est un ancien volcan situé un peu au sud du lac Naïvasha, où bord duquel nous avons campé le week-end dernier. Un volcan pas si vieux que cela puisque sa dernière éruption remonterait aux années 1860.

Son nom (qui n’a rien de français désolée Lisou) viendrait selon Wikepedia du mot Maasaï « oloonong’ot » qui signifierait corniche raide (et oui même pour les Maasaï). Pour faire la ballade, il faut acquitter un droit d’entrée — car la montagne est protégée par un parc national — avant de grimper jusqu’en haut. Beaucoup de randonneurs s’en tiennent là car la vue est magnifique. Mais il est à mon avis dommage de ne pas continuer en faisant le tour du cratère, qui mesure 8 à 9 kilomètres de long. Environ 5 heures de marche en tout.

La plus haute pointe culmine à 2.780 m. De là, on a une vue à 180° sur toute la vallée du Rift et c’est très beau. On peut aussi observer la dense végétation à l’intérieur du cratère dans l’espoir d’apercevoir les zèbres ou les girafes qui – paraît-il – y vivent. Moi je n’ai rien vu. D’abord parce que c’est loin et que je suis myope et ensuite parce que c’est très pentu et que je suis sujette au vertige !

Et pour finir, ces photos de Boris, qui, lui, a eu la riche idée de se munir d’un appareil !

Back on track

25 février 2011

Chers lecteurs (trices), je méaculpate. Je vous ai honteusement abandonnés et ce depuis des lustres. Mais après une petite piqûre de rappel – très bienvenue – d’une lectrice assidue (merci Claire cela fait plaisir de savoir que mes posts te manquaient),  je reprend la plume pour vous narrer nos dernières aventures.

A ma décharge, j’étais un peu en peine de sujets. La politique kényane vire au déprimant depuis quelques semaines. Alors que les élections générales se profilent à l’horizon (en 2012, à une date encore non précisée), les hommes politiques ont entrepris de s’écharper avec entrain. Et que je nomme mes amis à des postes clés, et que (dans le camp opposé) je conteste ces nominations et que le Parlement jette de l’huile sur le feu… Tout cela est assez navrant, à tel point que je me refuse à vous en infliger le récit.

Côté boulot, c’est le calme plat. Je travaille depuis début février sur deux sujets de reportages qui me tiennent à coeur: la saturation du camp de réfugiés de Dadaab (le plus grand du monde, 300.000 personnes !), à la frontière somalienne, et la sécheresse qui frappe le nord du Kenya. Quand je dis je travaille, j’entends: je prépare, je rencontre, je lis, je réfléchis et je tente d’organiser mes voyages sur place. C’est là que les choses se compliquent. Pas moyen pour l’instant d’obtenir le sésame indispensable pour me rendre à Dadaab: le feu vert du département des réfugiés. Deux semaines que  j’attends ! Mon seul interlocuteur fait la sourde oreille, ne répond jamais à son téléphone ni à mes mails de plus en plus pressants.

Quant à me rendre dans le nord  du Kenya pour témoigner de la sécheresse, et bien ce n’est pas facile non plus. Je fais la tournée des ONG pour savoir qui aura la bonté de m’emmener. J’ai une ou deux pistes mais pour l’instant ce n’est pas gagné…

RAS donc, si ce n’est un EXPLOIT – n’ayons pas peur des mots – dont je ne suis pas peu fière. Samedi dernier, avec des amis, j’ai vaincu le mont Longonot. Si si. Bon d’accord ok, ce n’est pas le Mont Kenya ni le Kilimandjaro mais cela représente toute de même une sacrée grimpette (d’une heure certes). Et puis une fois là-haut, alors qu’on a bien admiré la vue sur la vallée du Rift, de toute beauté, on ne redescend pas, non, on fait le tour du cratère. C’est là que les choses se corsent car ce cratère N’EST PAS PLAT DU TOUT. Il faut monter, que dis-je monter, escalader plutôt, avant de redescendre, de remonter etc… Le tout pendant quatre heures. Harrassant. Et le lendemain, c’est Boris et Joseph qui se sont lancés !

Djibouti: sea, khat and sun

9 février 2011

Boris revient tout juste de Djibouti. Voici ses impressions et ses photos.

« Aden était déjà pris par les Anglais, et il nous fallait un port d’escale au bout du canal de Suez »: c’est ainsi, explique un diplomate, que les Français crèèrent Djibouti en 1896. Devenu indépendant en 1977, Djibouti reste aujourd’hui, avant tout, ce petit pays au port hautement stratégique sur la Mer Rouge, lutte contre la piraterie somalienne oblige.

Le « vrai » pays, il faut aller le rencontrer sur les déserts de cailloux où les nomades afar continuent de faire vivre leurs troupeaux, à la recherche d’improbables traces laissées par l’écrivain aventurier Henri de Monfreid.

Mais à Djibouti ville, on croise du militaire, français surtout, allemand, scandinave. Les Marines américains sont en train de supplanter les Français en nombre, mais ils ont ordre de rester dans leur caserne et sont invisibles en ville. Les Japonais, eux aussi en première ligne dans la lutte contre la piraterie, installent à leur tour plusieurs centaines d’hommes.

A vrai dire on croise peu de monde à Djibouti, car même en plein hiver la température ne descend guère en dessous de 35, dix degrés de moins qu’en été mais de quoi dissuader les promenades le long d’interminables avenues écrasées de soleil. Le taxi déglingué vert et blanc s’impose donc.

Le chauffeur articule difficilement à cause de la grosse boule verte qu’il mâche: l’omniprésent khat, plante aux effets doucement euphorisants ou énergisants, c’est selon à qui on demande. En vente libre, bon marché, il est au Djiboutien ce que la vodka est au paysan sibérien: la seule distraction, le meilleur des réconforts.

Les hommes l’attendent avec impatience chaque jour en tout début d’après midi, en provenance de Tadjoura, de l’autre côté du golfe. Sa livraison sonne le début de la fin de la journée de travail, dit-on, si tant est qu’il y ait beaucoup de travail à partager, c’est un autre problème et c’est un peu le même.

Car le khat est un formidable exutoire social: il est parait-il distribué à pleines poignées à l’approche des élections — il y a une présidentielle en mai prochain, le Parlement vient de modifier la Constitution pour permettre au président sortant Ismaïl Omar Guelleh (dit IOG) de briguer un troisième mandat — et quand l’agitation sociale forçit un peu trop.

 Justement, les étudiants et les lycéens manifestent depuis plusieurs jours. Les médias officiels n’en ont pas fait état, mais tout le monde ne parle que de ça. « C’est à cause de la télé. Les jeunes regardent ce qui se passent en Tunisie et en Egypte », explique un journaliste local. Ces étudiants en grève, je ne les ai pas vus. Mais Djibouti c’est aussi cette foire permanente aux rumeurs, ce drôle de théâtre d’ombres chinoises sous le soleil de la mer Rouge.

L’Afrique en ébullition

6 février 2011

E-CRA-SEE par l’actualité, voilà ce que je suis: E-CRA-SEE. Je voudrais écrire, continuer à vous raconter mes petites histoires du Kenya et des alentours mais je reste coite, bouche bée (enfin presque) devant tous les bouleversements en cours en Afrique. Déjà le Sud-Soudan, ce n’est peut-être pas très spectaculaire mais c’est quand même un nouveau pays qui naît, un immense espoir pour des millions de personnes blessées, exilées, pourchassées. La fin (on l’espère) de deux guerres civiles.

Et puis bien sûr la Tunisie, l’Egypte… Quand je pense que nous avons failli partir au Caire. A l’époque, l’Egypte paraissait beaucoup plus stable que le Kenya et aujourd’hui… Moubarak qui se cramponne mais jusqu’à quand ? Et après lui ?

Avec tout ça, on se prend à rêver de soulèvements populaires en cascade, de dictateurs renversés, de coups d’Etat pacifiques menés par des démocrates, pour changer. Il y a de quoi faire, surtout en Afrique.  Je ne sais pas ce que cela vous fait à vous mais moi cela me rappelle ce soir de novembre où, toute seule devant mon poste de télé, je voyais tomber le mur de Berlin en me demandant si j’étais bien réveillée.

Au Kenya, les édiorialistes s’en donnent à coeur joie. Pas un  jour sans que l’un deux vienne rappeler au pouvoir en place qu’il n’est pas à l’abri d’un scénario  à la tunisienne. Et de souligner l’énorme taux de chômage chez les jeunes ou le fait que la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté alors que le président et les députés – entre autres – reçoivent des salaires à faire pâlir d’envie leurs collègues occidentaux.

On aimerait penser que cela fait réfléchir les dirigeants kényans mais rien n’est moins sûr. Pour l’instant, ils semblent ne penser qu’à une chose: se taper dessus entre eux ou inventer de nouvelles alliances afin de se positionner au mieux pour les élections présidentielles de 2012. Et tout cela sans le moindre début de programme politique. Pathétique !

PS: Et pour saluer ce vent de liberté, une belle chanson des artistes Maliens Amadou et Mariam, qu’on écoute en boucle en ce moment: « Du respect, du respect pour le peuple… »