Le Sud-Soudan au seuil de l’indépendance

L’événement de ces derniers jours, dans notre partie du monde, c’est le référendum sur l’indépendance du Sud-Soudan. Le scrutin a débuté le 9 janvier et doit durer jusqu’à dimanche. Même si le terme est souvent galvaudé, on peut légitimement cette fois qualifier ce vote d’historique. Car selon toute probabilité il devrait donner naissance au 54e pays d’Afrique, l’un des seuls à ne pas avoir été dessiné par une puissance coloniale.

Plus vaste pays d’Afrique, le Soudan n’a pratiquement connu que la guerre depuis son indépendance, en 1956. Le Nord, à la population arabe et musulmane, et le Sud, majoritairement chrétien et animiste, se sont entretués au cours de deux sanglantes guerres civiles (1956-1972 puis 1983-2005).  Des millions de morts, des millions de déplacés, dont beaucoup vivent encore dans le camp de réfugiés de Kakuma, au nord-ouest du Kenya. L’un de ces enfants ballottés par la guerre, qu’on a appelés les « Lost Boys », Valentino Achak Deng, a raconté son histoire (sous la plume du journaliste américain Dave Eggers) dans un très beau livre que je vous recommande: « Le grand quoi ».

L’issue du vote ne fait guère de doute. En dépit de toutes les manoeuvres du président soudanais, Omar el-Béchir, le Sud devrait – sauf énorme surprise – se prononcer pour son indépendance. Et couper entièrement le cordon en juillet 2011. Les attentes de la population – humiliée, blessée, exilée pendant des décennies – sont immenses mais les défis encore plus grands.

Le Sud-Soudan est une des régions les plus pauvres de la planète. Un enfant sur sept y meurt avant l’âge de 5 ans, 90% de la population y survit avec moins d’un dollar par jour. Grand comme la France, le pays ne compte que 50 km de routes goudronnées… Infrastructures, institutions, industries, tout est à bâtir, depuis un niveau proche de zéro. Il faut aussi régler les dissensions avec le Nord, sur le partage des recettes pétrolières ou le tracé exact de la frontière, notamment dans la région d’Abyei, revendiquée par les deux parties.

Le Sud ne manque pourtant pas de ressources. Il abrite notamment 80% des réserves pétrolières soudanaises, les troisièmes du continent africain (d’où l’extrême réticence de Khartoum face à la sécession). Il dispose aussi de terres très fertiles, dont très peu sont cultivées. La communauté internationale, Etats-Unis en tête, lui apporte aussi une aide énorme, financière et technique. Cela suffira-t-il à rendre ce pays naissant viable ? Les experts ne sont pas très optimistes, d’autant que Khartoum risque de prendre un malin plaisir à compliquer au maximum la situation. 

Pour en savoir plus, cet article intéressant du Monde et aussi l’analyse de Stephen Smith, dans Libération.

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Une Réponse to “Le Sud-Soudan au seuil de l’indépendance”

  1. helen. Says:

    Merci pour cet article qui comble mes immenses lacunes (abîme plutot) .
    Je suivrai dorénavant votre blog.

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