Archive for janvier 2011

Raz de marée pour l’indépendance au Sud-Soudan

31 janvier 2011

Sud-Soudan: 98,83% pour la sécession selon les résultats préliminaires

Le score est éloquent: 98,83% des sud-soudanais se sont prononcés pour la sécession, selon les résultats préliminaires publiés dimanche. La participation aurait atteint 99%, bien au delà du seuil de 60% nécessaire pour valider le scrutin.

Les résultats définitifs sont attendus vers la mi-février et il y aura sans doute quelques contestations (il semble que certains bureaux de vote aient enregistré des niveaux de participation supérieurs à … 100%) mais l’issue ne fait guère de doute: l’Afrique verra naître en juillet 2011 son 54e état.

Une perspective qui attise bien des convoitises. Imaginez un peu: un Etat assis sur des millions de barils de brut et où tout reste à faire, autant dire un véritable eldorado ! La ruée a d’ailleurs commencé avec pléthore d’hommes d’affaires et de consultants qui campent dans les antichambres des ministères à Juba (la « capitale » du futur Etat).

Le Sud-Soudan au seuil de l’indépendance

11 janvier 2011

L’événement de ces derniers jours, dans notre partie du monde, c’est le référendum sur l’indépendance du Sud-Soudan. Le scrutin a débuté le 9 janvier et doit durer jusqu’à dimanche. Même si le terme est souvent galvaudé, on peut légitimement cette fois qualifier ce vote d’historique. Car selon toute probabilité il devrait donner naissance au 54e pays d’Afrique, l’un des seuls à ne pas avoir été dessiné par une puissance coloniale.

Plus vaste pays d’Afrique, le Soudan n’a pratiquement connu que la guerre depuis son indépendance, en 1956. Le Nord, à la population arabe et musulmane, et le Sud, majoritairement chrétien et animiste, se sont entretués au cours de deux sanglantes guerres civiles (1956-1972 puis 1983-2005).  Des millions de morts, des millions de déplacés, dont beaucoup vivent encore dans le camp de réfugiés de Kakuma, au nord-ouest du Kenya. L’un de ces enfants ballottés par la guerre, qu’on a appelés les « Lost Boys », Valentino Achak Deng, a raconté son histoire (sous la plume du journaliste américain Dave Eggers) dans un très beau livre que je vous recommande: « Le grand quoi ».

L’issue du vote ne fait guère de doute. En dépit de toutes les manoeuvres du président soudanais, Omar el-Béchir, le Sud devrait – sauf énorme surprise – se prononcer pour son indépendance. Et couper entièrement le cordon en juillet 2011. Les attentes de la population – humiliée, blessée, exilée pendant des décennies – sont immenses mais les défis encore plus grands.

Le Sud-Soudan est une des régions les plus pauvres de la planète. Un enfant sur sept y meurt avant l’âge de 5 ans, 90% de la population y survit avec moins d’un dollar par jour. Grand comme la France, le pays ne compte que 50 km de routes goudronnées… Infrastructures, institutions, industries, tout est à bâtir, depuis un niveau proche de zéro. Il faut aussi régler les dissensions avec le Nord, sur le partage des recettes pétrolières ou le tracé exact de la frontière, notamment dans la région d’Abyei, revendiquée par les deux parties.

Le Sud ne manque pourtant pas de ressources. Il abrite notamment 80% des réserves pétrolières soudanaises, les troisièmes du continent africain (d’où l’extrême réticence de Khartoum face à la sécession). Il dispose aussi de terres très fertiles, dont très peu sont cultivées. La communauté internationale, Etats-Unis en tête, lui apporte aussi une aide énorme, financière et technique. Cela suffira-t-il à rendre ce pays naissant viable ? Les experts ne sont pas très optimistes, d’autant que Khartoum risque de prendre un malin plaisir à compliquer au maximum la situation. 

Pour en savoir plus, cet article intéressant du Monde et aussi l’analyse de Stephen Smith, dans Libération.

Arrêts sur images

6 janvier 2011

Je reprends enfin le fil du blog après une parenthèse de deux semaines consacrée, comme c’est original, à prendre des vacances. Pour la première fois, ou presque (j’allais oublier Christophe et son ascension du Mont Kenya), nous avions de la visite, à notre grande joie. Alexandra et Alexis, leurs enfants, et Déborah – amis chers tous rencontrés à Moscou voilà plus de 15 ans (sauf les enfants, arrivés après bien sûr) – sont venus découvrir un petit bout de Kenya avec nous, bravant les intempéries qui ont cloué au sol bien des avions.

Au programme, la célèbre réserve de Masaï Mara, les somptueux paysages du parc de Tsavo-est, avec ses éléphants rougis par la poussière, puis la douceur de l’océan indien sur la plage de Malindi. Nous avons eu notre lot de suspense, Joseph s’étant malheureusement fracturé l’humérus juste après Noël (deux heures d’opération, trois broches, deux jours d’hôpital). Mais, après le feu vert du médecin, il nous a vaillamment suivi dans notre périple. Nous avons connu quelques aventures aussi, avec les ombrageux eléphants de Tsavo qui ne prisent guère les importuns. Maintenant, on sait reconnaître un éléphant énervé !

Rassurez-vous, je ne vais pas vous infliger un long récit de nos vacances mais plutôt les partager avec vous par le biais de quelques photos commentées. Promis, ce sera plus court que les interminables soirées diapos de notre enfance !

La lionne, la carcasse de buffle et les vautours: cela ressemble à une fable de Lafontaine. Nous sommes restés de longues minutes devant cette scène, dans la plaine de Masaï Mara. La lionne, repue, épuisée par la chaleur, avait une irrésistible envie de faire une petite sieste à l’ombre, avec ses congénères. Oui mais pour cela il fallait abandonner aux vautours et aux hyènes (en embuscade un peu plus loin) la carcasse du buffle chassé dans la nuit. Elle ne parvenait pas à s’y résoudre. La lionne s’éloignait, les vautours accouraient, elle se retournait en rugissant, ils s’immobilisaient. Cela avait un petit côté 1,2,3… soleil. Leur manège a duré longtemps même si l’issue était prévisible. Le lion a beau être le roi de la savane, il doit s’incliner face au soleil qui brûle et assoiffe. La lionne est allée faire la sieste et les vautours ont festoyé.

La rivière Mara. Elle a l’air paisible comme ça mais elle abrite de belliqueux hippopotames et des crocodiles qui emportent d’un coup de queue les imprudentes gazelles venues s’abreuver.

A Tsavo, les éléphants sont rouges, de la couleur des pistes qui sillonnent la réserve. Rien d’étonnant, puisqu’ils se roulent dans la boue puis s’aspergent de terre pour se protéger des parasites. Tsavo est célèbre pour ses troupeaux de pachydermes, qui trouvent dans ce parc immense un espace à leur mesure. Ils doivent aussi y affronter les braconniers toujours en quête d’ivoire, dont la vente est officiellement interdite mais qui s’arrache à des prix pharamineux en Asie.

 

Eléphants toujours, dans les méandres de la majestueuse rivière Galana

Autour de notre aventurier au bras cassé, photo de famille aux Lugards Falls, rapides de la Galana qui ont sculpté un spectaculaire paysage minéral.