Les six d’Ocampo

Jour J aujourd’hui pour le Kenya. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno-Ocampo a révélé  les noms des six personnalités soupçonnées d’avoir fomenté et financé les violences post-électorales de 2007-2008. Sa conférence de presse a été retransmise en direct de La Haye par les chaînes de télévision kényanes.

Pour me faire une idée de l’ambiance, je suis allée écouter sa déclaration dans une cantine du centre-ville. Tous les clients avaient les yeux rivés sur l’écran pour suivre l’événement, un garde de sécurité regardait depuis la rue, mais pour être honnête la vie ne s’est pas arrêtée pour autant. Je m’attendais à un grand silence ou à des exclamations mais non, les Kenyans présents ne se sont pas départis de leur flegme.

Il faut dire que l’effet de surprise était limité. Beaucoup des six noms énoncés circulaient déjà. Mais Ocampo n’a pas hésité à taper au sommet de la politique kényane. Parmi les suspects figurent pas moins de trois ministres, dont deux sont candidats quasi déclarés à la prochaine présidentielle: celui de l’Education (actuellement suspendu pour une affaire de corruption), William Ruto, et celui des Finances Uhuru Kenyatta (le fils du père de l’indépendance kényane, Jomo Kenyatta).

Le bras-droit du président Mwai Kibaki, Francis Muthaura, est aussi suspecté de même que le chef de la police de l’époque, le ministre de l’Industrialisation et le journaliste d’une radio locale. La quasi totalité des « Six d’Ocampo », comme les surnomme la presse, ont immédiatement nié toute implication dans les violences. Et ont bien l’intention de contre-attaquer à grand coup d’avocats et de manoeuvres politiques (le parlement qui avait toujours refusé la création d’un tribunal local, a subitement relancé cette idée hier).

Si cette étape était importante, elle ne représente que le début d’un long chemin, comme l’a reconnu Ocampo. Il faut encore que les juges de la CPI décident d’inculper ou non ces suspects, avant, éventuellement, de les juger. Et si procès il y a, il ne pourra se tenir au mieux avant fin 2012 ou début 2013. Mais pour les victimes des violences, c’est un énorme pas. Pour la première fois, la règle de l’impunité totale, qui règne au Kenya, semble battue en brèche.

J’étais avec certaines de ces victimes lundi. Je suis partie en reportage dans un camp de déplacés situé près de la ville de Nakuru, à 150 km au nord de Nairobi. Plus de 6.500 personnes, chassées de chez elles depuis trois ans, y vivent entassées dans des tentes déchirées. Toutes celles que j’ai interviewées m’ont dit leur soif de justice, alors que pas un responsable des violences, grand ou petit, n’a été inquiété à ce jour. Si vous voulez en savoir plus sur leur histoire, cliquez ici pour lire l’article que j’ai écrit pour La Croix.

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2 Réponses to “Les six d’Ocampo”

  1. TheBigBoss Says:

    « le parlement qui avait toujours refusé la création d’un tribunal local, a subitement relancé cette idée hier » – tu m’étonnes !!

    D’accord pour la conclusion de ton article, même si ces personnes ne seront pas condamnés, il y a de fortes chances que la démarche d’Ocampo puisse « permettre que ce genre d’événements ne se reproduise plus au Kenya ».

  2. claire Says:

    quel espoir formidable! plus la CPI peut agir vraiment, plus les manipulations sont rendues publiques, plus on peut espérer que les transitions de pouvoir se fassent sans victimes innocentes. La Côte d’Ivoire en bénéficiera peut-être?

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