Mt Kenya: le dieu Ngaï avec nous

Ils sont venus, ont vu et vaincu la pointe Lenana du mont Kenya. Et sont rentrés ravis et à peine fourbus. Voici leur récit à quatre mains, en exclusivité pour le blog !
 
Dire qu’on était vraiment confiants au départ serait une exagération. Plus de 90 ans à nous deux, monter à 5000 mètres en quatre jours, sans vraiment avoir fait de haute montagne auparavant… Bon, on a signé, on ne peut plus reculer, on y va!

Le Rover nous a montés, avec notre guide Benson, nos deux porteurs d’altitude John et Julius, et notre cuistot Eric, jusqu’à la porte du parc national du Mont Kenya. Puis trois heures de marche dans l’après-midi, sur une route bien boueuse, pour gagner le premier refuge, « Old Moses Camp », à 3.300 mètres d’altitude.

Vers 3.500m , d’incroyables champs de séneçons géants

Le deuxième jour a finalement été le plus dur. Sept heures de marche pour monter à 4.200 m, au refuge « Shipton Camp » qui sert de base de départ pour attaquer le sommet. Là, franchement, à partir de 4.000, on commence à souffler très fort, et même sur le plat, impossible d’accélérer le rythme. Bonne nouvelle, Benson le guide nous a prévu une troisième journée d’acclimatation à l’altitude. Ballade de deux bonnes heures jusqu’à un col bien raide (Horse Back Pass) à 4.550 m. Là, le gaillard nous dit qu’à son avis, nous avons dans les 55 ans chacun ! Mortifiés, nous pressons le pas; les deux vieux frenchies n’auront de cesse dès lors de montrer qu’il leur en reste dans les chaussettes.

Jour J le jeudi 2 décembre. Lever à 2h45 du matin, thé, biscuits (paraît qu’il ne faut pas déjeuner copieusement sous peine de tout vomir ensuite) et départ à la frontale à 3 heures, sous un ciel africain constellé de millions d’étoiles, avec le grand guerrier Orion comme guide céleste. Les trois heures de montée sont raides mais belles. Il est cinq heures trente lorsqu’une ligne lumineuse orangée se dessine à l’est. L’horizon d’un seul coup s’éclaire, chassant les étoiles les plus basses. Seules la lune et Vénus veillent encore sur notre montée.

La pente est vertigineuse, mais techniquement sans aucune difficulté. Deux fois seulement nous devons  utiliser les mains pour franchir des ressauts rocheux sans danger. Nous sommes au sommet peu avant six heures, juste à temps pour voir le disque rouge du soleil émerger à l’horizon. Le premier vainqueur des 4985 m  (*) de la pointe Lenana est arrivé un peu avant nous, en 1899.

Juste en dessous du sommet, un paysage lunaire de cendres volcaniques

Il nous reste une dizaine d’heures de descente avant de retrouver le Mount Kenya Lodge. Douche chauffée au bois, Tusker fraîche: traitement VIP à l’arrivée.  Le lendemain, le retour à la civilisation passe par deux heures de chemin boueux, secoués à treize dans une Range Rover deglinguée. « Only on Discovery Channel », glousse de plaisir une californienne camarade de voyage. Nous arrivons rompus mais intacts. Ngaï, dieu du Mont Kenya à en croire la mythologie kikuyu, était décidément avec nous.

Christophe et Boris

(*) certains guides touristiques visiblement écrits à la va-vite situent Lenana à 4.895 m. Les auteurs de cet article se réservent le droit de les poursuivre en justice pour dénigrement de leurs efforts.

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9 Réponses to “Mt Kenya: le dieu Ngaï avec nous”

  1. Feuille d'Hiver de VdA Says:

    BRAVO pour votre épopée qui nous ravit et nous fait envie ! …

    … en route pour le Kilimandjaro maintenant …

    ;

  2. Frédérique Says:

    Non mais qu’est ce que c’est que cette blague! Le guide, le porteur, et même le cuistot! Parlez-moi d’une aventure! Et il y avait quelqu’un pour transporter la glacière avec les bouteilles de champagne? Et vous aviez un porteur pour la baignoire?
    Mais le récit de nos deux pieds nickelés (niquelés?) me fait penser au super livre d’Eric Newby, « A short walk in the Hindu Kush ». Marie, ne te casse plus la tête, je t’ai trouvé l’idée de cadeau pour Noel.

    • Feuille d'Hiver de VdA Says:

      ah ces jeunes … de l’idéalisme, du punch et de la créativité !
      je n’avais pas pensé à la baignoire
      merci Frédérique
      ;

  3. yibus Says:

    Bravo pour le périple… Et Marie, alors, tu as prévu d’y aller quand, tout en haut ?

    • mariewolfrom Says:

      Ah là Yibus, je te prend en flagrant délit de lecture partielle du blog ! Comme indiqué dans un précédent post annonçant le départ de l’expédition, je prévois d’y aller fin janvier, début février avec des copines. Si j’arrive enfin à faire un peu de sport d’ici là !

  4. Frederique Says:

    Je viens de relire le récit des deux montagnards et je me trouve un peu dure dans mon précédent commentaire. Ca n’avait pas l’air du tout facile, d’autant qu’ils n’ont plus 20 ans.
    Mais c’est la présence du cuistot qui m’intrigue. J’aurais pensé que pour un périple de 3 jours, il suffisait de prendre des cans et des sachets d’aliments déshyratés. Pourquoi amener avec soi un chef cuisinier? En cas de brusque envie de coq au vin et de omelette norvégienne, une fois arrivés au sommet? Dis nous en plus sur le cuistot!

  5. Catherine Says:

    Oui, oui, Frédérique, je te trouve dure pour nos alpinistes dont le récit et les photos m’ont d’ailleurs enchantée. Après tout, nous les Français, maintenant que notre repas gastronomique fait partie du patrimoine mondial de l’unesco, il faut être capable d’improviser, partout où on va et y compris sur le mont Kenya, un repas de 5 mets, et là mieux vaut avoir son cuistot et ses porteurs pour les vins. On attend ton reportage sur le Mont Agung. (Je me rappelle d’y avoir fait une escapade magnifique, et de m’être fait cuire un oeuf à même sur le cratère chaud au petit matin (sans truffe).

  6. boris Says:

    Apres avoir goutté l’ivresse des sommets, il en faudra plus que les petites perfidies féminines ci dessus pour m’ébranler, et meme la fausse commisération du « après tout ils n’ont plus vingt ans » est une fleche que je porterai tel Sebastien… Enfin puisque la curiosité de notre chère F. ne porte que sur les choses de la cuisine, tentons de la satisfaire. Oui, je reconnais, nous avons engouffré maintes crepes et pains perdus le matin. Oui nous nous sommes gobergés de nouilles et d’omelettes. Et non, nous n’avons pas été contraints de dévorer tout cru les damans des rochers rencontrés dans notre ascension, ni d’aspirer la sève des lobelia géants pour ne pas mourir de soif…

  7. Clari Says:

    d’ailleur, le sport, c pas gagné (tu vois se que jeveux dire)

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