WikiLeaks, au Kenya aussi

Le Kenya n’est pas épargné par le buzz autour de la révélation des quelque 250.000 télégrammes diplomatiques américains. Depuis, deux jours les journaux multiplient les unes sur les tensions qu’elle entraîne entre le gouvernement kényan et les Etats-Unis. Le hic c’est qu’on ne sait toujours rien sur les télégrammes concernant le Kenya, puisque nombre de documents n’ont pas encore été rendus publics. Une seule phrase est citée en boucle par la presse: le Kenya y serait qualifié  de « marais de florissante corruption ».

Prenant les devants, un haut diplomate américain a d’ores et déjà averti le Premier ministre Raila Odinga que des déclarations « déplaisantes » risquaient d’être publiées, sans s’en excuser. Mais c’était apparemment trop peu trop tard aux yeux des responsables kényans, vexés d’avoir été officiellement avertis bien après les capitales européennes. Le porte-parole du gouvernement a donc contre-attaqué hier en sommant un certain pays (comprendre les Etats-Unis)  d’arrêter de subventionner la jeunesse kényane et de l’inciter à se rebeller contre le pouvoir en place. Il faisait allusion à un programme américain destiné à encourager les jeunes kényans à s’investir dans la société, dans toutes ses dimensions, économique, politique…

La tension est donc réelle mais au vu de l’aide financière énorme apportée par les Etats-Unis (notamment dans la lutte contre le sida), je doute que les hommes politiques kényans aillent très loin dans la bouderie. Mais comme les Kényans, j’attends avec une certaine curiosité d’en savoir un peu plus sur le contenu de ces télégrammes. Pour l’instant, je dois m’avouer plutôt déçue par le contenu des premières fuites publiées dans la presse: la susceptibilité de Sarkozy, la corruption de la mairie de Moscou ou les excentricités de Khadafi ne constituent pas réellement des scoops !

Quant au débat sur le fond: fallait-il ou non publier ces documents volés ? C’est oui en ce qui me concerne, avec bien sûr les précautions indispensables pour ne pas mettre en danger la vie de quiconque. En tant que journaliste et citoyenne, j’ai toujours pensé que plus il y avait de transparence, plus la démocratie en sortait renforcée. Les limites que j’y pose sont le respect de la vie privée et la sécurité et l’intégrité des personnes ou des communautés.

Sans ce type de fuite, le journalisme d’investigation n’existerait pas et il n’y aurait jamais eu de Watergate ni d’affaire Greenpeace.  Parallèlement, il est aussi intéressant de souligner que les révélations petites ou grandes faites à des journalistes ne le sont pas sans arrière-pensées. C’est parfois fait au nom de grands principes (comme semble-t-il dans cette affaire de WikiLeaks) mais beaucoup plus souvent pour défendre un intérêt économique, politique ou stratégique.

Le Monde en donne un exemple avec l’analyse des documents américains sur l’attitude du gouvernement français dans l’affaire Clotilde Reiss, cette chercheuse emprisonnée pendant des mois en Iran. Selon ces sources, l’Elysée aurait volontairement manipulé les médias pour accréditer l’idée que la Syrie aurait joué un rôle important dans la libération de la jeune Française. En réalité, il n’en était rien mais cela permettait au président Sarkozy de justifier sa politique contestée de rapprochement avec la Syrie.

Pour finir, cette contribution d’un professeur d’histoire d’Oxford, qui défend la publication des documents. Un extrait résume bien le fond de sa pensée: « Il y a un intérêt public à savoir comment fonctionne le monde et ce que l’on y fait en notre nom. Il y a aussi un intérêt public à ce que la politique étrangère soit menée de façon confidentielle. Et ces deux intérêts sont contradictoires« .

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