Archive for décembre 2010

Jingle bells, etc…

22 décembre 2010

Difficile à croire mais c’est bientôt Noël, à Nairobi aussi. Ici, pas de chutes de neige ni de frimas mais de très belles journées chaudes et ensoleillées. L’été commence et  nous nous apprêtons à passer nos premières fêtes de fin d’année sous l’équateur.

Les grands magasins en tout cas ne lésinent pas pour se donner un air de fête. Sapins en plastiques abondamment décorés, père Noël gonflables qui ondulent dans le vent, musiques traditionnelles, tout y est. Certains employés sont même contraints d’arborer un bonnet de père Noël…

Juste avant de fermer ses portes pour de longues vacances (un mois !), l’école des enfants aussi a dignement célébré l’événement. Il y a eu la traditionnelle Pantomime jouée par enfants, parents et professeurs. Cette année, une adaptation très libre de Blanche-Neige, avec des septs nains vivant dans une case africaine et un sorcier aux multiples talents.Clara y participait, en incarnant dans un ballet un esprit de la forêt un peu inquiétant…

Nous avons aussi assisté à un étonnant concert de Noël. A l’affiche, les classiques du Noël anglais: Christmas carolls (avec Joseph dans la chorale), mulled wine and mince pies. Mais la prof de musique, aussi talentueuse que fantaisiste, avait mis son grain de sel en invitant deux groupes de chanteurs kényans, dont Saudi Sol, un groupe très populaire ici. Le spectacle était autant sur scène que dans la salle où quelques fans poussaient des hululements hystériques !

Notre seule difficulté a été de dénicher un sapin de Noël digne de ce nom. Plein de bonne volonté, Boris avait commandé un sapin au guide qui l’a accompagné au Mont Kenya. Quand il nous l’a apporté, il nous a fallu beaucoup de self-control pour ne pas piquer un fou-rire offensant. Jugez plutôt sur la photo (je vous ai mis Noé assis à côté pour l’échelle…)

C’est le seul type de « sapin » qu’on trouve ici, souvent en plus grand, mais toujours avec ces branches frêles et un peu tombantes qui interdisent toute décoration digne de ce nom. Alors finalement on a opté pour un sapin en plastique, gentiment prêté par des voisins partis fêter Noël en France. On déplie les branches et hop voilà le résultat:

JOYEUX NOEL A TOUS !

Le long chemin contre l’excision

22 décembre 2010

Ca y est mon article sur la lutte contre l’excision dans la communauté Masaï est paru dans La Croix d’aujourd’hui, pour le lire cliquez ici.

Et quelques photos pour vous mettre dans l’ambiance…

 A Narok, dans le foyer d’accueil de l’association Tasaru Ntomonok Initiative

Pendant le Rite alternatif de passage, les jeunes filles dansent et chantent  

Irène, 18 ans, juste après le rite alternatif de passage. Elle veut être journaliste

Mon éphémère fan-club

Roadmovie in Masaï country

18 décembre 2010

Je reviens d’un reportage épique en pays Masaï, dans la région de Narok, à l’ouest de Nairobi. Au départ l’idée était simple et séduisante. J’avais rencontré début octobre dans une conférence une militante féministe, spécialisée dans la lutte contre l’excision. Elle nous avait parlé du problème et expliqué qu’une ONG kényane organisait chez les Masaï des rites de passages alternatifs, permettant d’éviter aux jeunes filles d’être excisées.

Trouvant l’initiative vraiment intéressante, je prends tout de suite contact  avec Agnes Pareyio, charismatique coordinatrice de l’ONG en question et une célébrité locale. Long silence… Je vous passe les détails mais à force de relances, je finis par apprendre, un peu en dernière minute que le rite en question (bi-annuel) a lieu le 17 décembre à 30 km de piste de Narok (ville située à trois heures de Nairobi). Le programme commence à 6 heures du matin et dure jusqu’à 16h, me précise sans rire Emily, charmante secrétaire de l’ONG.

Dès lors, mon intuition féminine commence à me souffler que l’idée n’est peut-être pas si bonne. Qu’importe, je décide de partir aux aurores de Nairobi, dans la vieille guimbarde de Peter mon chauffeur de taxi attitré. Trajet rapide et sans histoire jusqu’au siège de l’ONG à Narok, qui accueille les jeunes filles qui fuient leur famille pour éviter d’être excisées ou mariées de force. L’idée était d’y rencontrer Agnes, puis de partir avec elle vers le lieu de la cérémonie. C’est à ce moment que tout a dérapé.

Agnes étant arrivée très en retard, je décide de partir devant pour ne pas rater la cérémonie. Au bout de 30 kilomètres de piste défoncée en pleine campagne, et plus d’une heure de route, je trouve enfin l’église où doit se tenir le rite. A peine descendue de la voiture, dix petits gosses dépenaillés et surexcités me sautent dessus en me criant « Mzungu, mzungu » (blanc en swahili). Visiblement, ils n’en voient pas souvent, des blancs. Je m’en débarrasse difficilement, j’entre dans l’église et là … rien ni personne, ou presque.

Comme il est déjà près de 13h, je me dis que je suis arrivée trop tard, mais non, cela n’avait pas commencé. « On attend Agnes », me dit gentiment Ruth, la présidente de l’ONG. Je résume mais bon on a donc attendu, deux bonnes heures. Une fois tout le monde arrivé — Agnes, le chef, la conseillère locale, le candidat à la députation, les pasteurs de toutes les églises alentours, les parents, les enfants… –,  la cérémonie commence. Il est 15 heures, je n’ai rien mangé depuis 6 heures du matin et je commence à fatiguer.

Mon voisin me traduit charitablement les inombrables discours (en swahili ou en Maa, la langue Masaï) tandis que je m’efforce de faire quelques photos correctes dans la pénombre,  ce qui s’avère quasi impossible. Seul bon moment, dans cette journée ratée, les quelques chants et danses de la soixantaine de jeunes filles qui viennent de passer ce rite symbolique. Leurs paroles ironiques sur l’excision et les mariages forcés font à la fois rire et pleurer leurs mères, assises dans le public.

Vers 17 heures, les discours ne sont toujours pas terminés, mais je décide de partir pour ne pas rouler trop longtemps de nuit (qui tombe tôt ici). Au fil de la journée, j’ai quand même réussi à réaliser quelques interviews, dont celle d’Agnes, un miracle. Emily nous force — Peter et moi — à avaler quelque chose (elle a bien fait vu la suite des événements): un délicieux ragoût de chèvre aux carottes et petits pois.

Requinqués, nous reprenons la piste défoncée mais dans l’autre sens: un raccourci qui doit nous mener à Naïvasha,  c’est facile c’est tout droit nous disent nos amis Masaï. Erreur fatale.  En fait, nous ratons la bifurcation et partons très loin, dans la mauvaise direction. Inquiets, nous demandons notre chemin à de jeunes bergers Masaï, surexcités eux aussi devant mon apparition et fascinés par ma montre. Ils m’ont tellement fait rire que je les ai pris en photo, la seule bonne de la journée !

J’ai moins ri lorsqu’ils nous ont dit que nous devions faire demi-tour pour nous rendre à Naïvasha. Nous repartons donc dans l’autre sens, trouvons la bifurcation et là, commence une piste encore pire, ravinée, caillouteuse ou ensablée selon les passages, et surtout sans fin. La vieille berline de Peter, couverte de poussière, gémit, grince à chaque cahot. Au début, on partage quelques blagues en se disant qu’après ça, il est bon pour le Paris-Dakar, et puis on finit par se taire parce que la nuit tombe, que la piste n’en finit pas et qu’on se demande si on va trouver la route de Naïvasha avant de casser un essieu.

Trois heures après (tu parles d’un raccourci !), on trouve la route, on manque d’écraser deux girafes et quelques zèbres qui passaient par là et, à  22 heures, on arrive à Nairobi, épuisés, couverts de poussière. « On s’est perdus », résume Peter, toujours économe de ses mots, avant de conclure « je vais bien dormir cette nuit ».

PS: le temps de récupérer, d’écrire mon papier et bientôt vous saurez tout sur l’excision dans la communauté Masaï.

Les six d’Ocampo

15 décembre 2010

Jour J aujourd’hui pour le Kenya. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno-Ocampo a révélé  les noms des six personnalités soupçonnées d’avoir fomenté et financé les violences post-électorales de 2007-2008. Sa conférence de presse a été retransmise en direct de La Haye par les chaînes de télévision kényanes.

Pour me faire une idée de l’ambiance, je suis allée écouter sa déclaration dans une cantine du centre-ville. Tous les clients avaient les yeux rivés sur l’écran pour suivre l’événement, un garde de sécurité regardait depuis la rue, mais pour être honnête la vie ne s’est pas arrêtée pour autant. Je m’attendais à un grand silence ou à des exclamations mais non, les Kenyans présents ne se sont pas départis de leur flegme.

Il faut dire que l’effet de surprise était limité. Beaucoup des six noms énoncés circulaient déjà. Mais Ocampo n’a pas hésité à taper au sommet de la politique kényane. Parmi les suspects figurent pas moins de trois ministres, dont deux sont candidats quasi déclarés à la prochaine présidentielle: celui de l’Education (actuellement suspendu pour une affaire de corruption), William Ruto, et celui des Finances Uhuru Kenyatta (le fils du père de l’indépendance kényane, Jomo Kenyatta).

Le bras-droit du président Mwai Kibaki, Francis Muthaura, est aussi suspecté de même que le chef de la police de l’époque, le ministre de l’Industrialisation et le journaliste d’une radio locale. La quasi totalité des « Six d’Ocampo », comme les surnomme la presse, ont immédiatement nié toute implication dans les violences. Et ont bien l’intention de contre-attaquer à grand coup d’avocats et de manoeuvres politiques (le parlement qui avait toujours refusé la création d’un tribunal local, a subitement relancé cette idée hier).

Si cette étape était importante, elle ne représente que le début d’un long chemin, comme l’a reconnu Ocampo. Il faut encore que les juges de la CPI décident d’inculper ou non ces suspects, avant, éventuellement, de les juger. Et si procès il y a, il ne pourra se tenir au mieux avant fin 2012 ou début 2013. Mais pour les victimes des violences, c’est un énorme pas. Pour la première fois, la règle de l’impunité totale, qui règne au Kenya, semble battue en brèche.

J’étais avec certaines de ces victimes lundi. Je suis partie en reportage dans un camp de déplacés situé près de la ville de Nakuru, à 150 km au nord de Nairobi. Plus de 6.500 personnes, chassées de chez elles depuis trois ans, y vivent entassées dans des tentes déchirées. Toutes celles que j’ai interviewées m’ont dit leur soif de justice, alors que pas un responsable des violences, grand ou petit, n’a été inquiété à ce jour. Si vous voulez en savoir plus sur leur histoire, cliquez ici pour lire l’article que j’ai écrit pour La Croix.

Un touriste à Mogadiscio

15 décembre 2010

Un petit interlude cocasse entre deux sujets sérieux, avec cette dépêche de l’AFP sur l’arrivée impromptue d’un touriste à Mogadiscio, capitale d’un pays déchiré par la guerre civile depuis 20 ans. Moi, elle m’a fait beaucoup rire, surtout le passage où l’hurluberlu en question s’étonne qu’il n’y ait pas de ministre du Tourisme  en Somalie ! Enjoy comme on dit en bon français…

Somalie-violences-Canada-tourisme-insolite
   Somalie: un touriste à Mogadiscio, l’immigration n’en croit pas ses yeux
   Par Mustafa HAJI ABDINUR
  
 MOGADISCIO, 10 déc 2010 (AFP) – Un Canadien venu cette semaine « faire du tourisme » à Mogadiscio, théâtre de combats quasi-quotidiens, a plongé les officiers de l’immigration somalienne dans l’expectative, ces derniers estimant qu’il devait être soit fou, soit espion.
   « Ils ont tenté à quatre reprises de me remettre dans l’avion pour se débarrasser de moi mais j’ai protesté et j’ai joué la montre jusqu’à ce que l’avion reparte sans moi », a expliqué Mike Spencer Bown, 41 ans, rencontré par un journaliste de l’AFP sur la terrasse de son hôtel à Mogadiscio.
   Les officiers de l’immigration ont essayé ensuite, sans succès, de le remettre à la Force de l’Union africaine en Somalie (Amisom), refusant de croire qu’on pouvait venir à Mogadiscio pour le plaisir.
   « Nous n’avons jamais vu quelqu’un comme lui. Il disait être touriste et nous ne pouvions pas le croire. C’est par la suite qu’on a compris qu’il était sérieux », a réagi à l’AFP un employé de l’immigration de l’aéroport international de Mogadiscio, Omar Mohamed.
   « Ça fait de lui la première personne (depuis des décennies) à venir à Mogadiscio en simple touriste mais malheureusement, ce n’est pas le bon moment », a-t-il ajouté.
   M. Bown a consacré l’essentiel des dernières années à voyager, après avoir vendu son affaire en Indonésie, et affirme avoir visité quelque 160 pays.
   « Depuis le jour où j’ai commencé mon périple, je savais que la Somalie était plongée dans la guerre civile mais cela faisait tout de même partie des endroits de la planète que je voulais visiter », a-t-il justifié.
   Mogadiscio est l’une des capitales les plus dangereuses au monde avec des combats à l’artillerie lourde quasi-quotidiens et un étranger ne peut envisager de s’y déplacer sans une lourde et coûteuse escorte armée.
   La Somalie attirait pourtant des touristes avant de plonger dans le chaos après la chute de l’ancien président Mohamed Siad Barré en 1991. Mais l’architecture italienne de Mogadiscio et ses avenues arborées, alors renommées, ont fait place à un champ de ruines.
   « La Somalie est le dernier et le plus dangereux pays de ma liste et maintenant que je suis ici, je suis heureux de l’avoir fait », a ajouté M. Bown, avant de quitter le pays vendredi matin.
   « Même si on m’a dit de ne pas franchir la grille de mon hôtel pour des questions de sécurité, je continue de penser que la Somalie est un endroit intéressant, avec des gens qui ont de l’humour », a poursuivi le routard.
   « Tout ceux que j’ai rencontrés ont rigolé quand ils ont entendu le mot +touriste+ », s’est-il amusé.
   Sa page Facebook le montre d’ores et déjà avec un lance-roquette à la main, sous le titre « Le premier touriste de Mogadiscio ».
   On y trouve également des citations d’Ovide, de T.S Eliot ou encore de Camus, mais aucune référence au site internet de l’ambassade du Canada à Nairobi qui déconseille catégoriquement à ses ressortissants de se rendre en Somalie.
   Seul regret avoué de ce voyageur peu commun, M. Bown aurait voulu rencontrer le ministre du Tourisme somalien pour discuter avec lui de la rareté des informations pratiques ou guides touristiques sur son pays.
   « Mais à ma grande surprise, la Somalie n’a pas de tel ministre dans la liste du gouvernement », a-t-il regretté, promettant de publier sur son site quelques informations à destination de globe-trotteurs désireux de lui emboîter le pas.
   nur-jmm/fal/

Violences post-électorales: les responsables bientôt sur la sellette

10 décembre 2010

Bientôt trois ans que les Kényans attendent ce moment. Après deux commissions d’enquête et des mois d’investigations, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno-Ocampo doit dévoiler mercredi les noms de six hauts responsables Kényans accusés d’avoir fomenté les violences post-électorales de 2007-2008. Dans la liste devraient figurer deux ministres, candidats annoncés à la prochaine présidentielle.

Petit rappel des faits. Le 27 décembre 2007, l’élection présidentielle oppose le président sortant Mwai Kibaki au chef de l’opposition Raila Odinga, donné favori. Après plusieurs jours d’incertitude, Kibaki est déclaré vainqueur. Immédiatement, l’opposition conteste cette réélection et dénonce des fraudes massives. Le mouvement de contestation dégénère vite en manifestations et affrontements violents dans plusieurs villes où les partisans des deux hommes s’entretuent.

Dans certaines régions, les violences virent au conflit inter-ethnique. Les Kikuyu (ethnie du président Kibaki) sont pris à partie par les Luo (tribu d’Odinga) et les Kalenjin (alliés à Odinga), et réciproquement. Quelque 600.000 personnes fuient ou sont chassées de leur domicile, dont la moitié échouent dans des camps de déplacés. Les affrontements durent deux mois et font quelque 1.300 morts. Fin février, sous l’égide de Kofi Annan, Mwai Kibaki et Raila Odinga signent un accord de partage du pouvoir. Le premier garde la présidence, le second devient Premier ministre.

Depuis, en dépit des grandes déclarations d’intention, aucun des responsables des violences n’a été poursuivi. Aucun des deux camps n’ayant la conscience tranquille, personne ne souhaitait véritablement faire la lumière sur ces événements. Deux commissions d’enquête ont remis leurs rapports sans que la justice kényane ne s’en saisisse. C’est finalement la CPI qui a repris le flambeau.

En dépit de moults chausse-trapes, Ocampo semble être parvenu à clore son dossier. Certains se disent déçus: de la vingtaine de responsables évoqués au départ, seuls six seraient finalement poursuivis. Mais la majorité des kényans attendent l’issue du procès avec impatience, dans un pays où l’impunité est trop souvent de mise.

Mt Kenya: le dieu Ngaï avec nous

4 décembre 2010

Ils sont venus, ont vu et vaincu la pointe Lenana du mont Kenya. Et sont rentrés ravis et à peine fourbus. Voici leur récit à quatre mains, en exclusivité pour le blog !
 
Dire qu’on était vraiment confiants au départ serait une exagération. Plus de 90 ans à nous deux, monter à 5000 mètres en quatre jours, sans vraiment avoir fait de haute montagne auparavant… Bon, on a signé, on ne peut plus reculer, on y va!

Le Rover nous a montés, avec notre guide Benson, nos deux porteurs d’altitude John et Julius, et notre cuistot Eric, jusqu’à la porte du parc national du Mont Kenya. Puis trois heures de marche dans l’après-midi, sur une route bien boueuse, pour gagner le premier refuge, « Old Moses Camp », à 3.300 mètres d’altitude.

Vers 3.500m , d’incroyables champs de séneçons géants

Le deuxième jour a finalement été le plus dur. Sept heures de marche pour monter à 4.200 m, au refuge « Shipton Camp » qui sert de base de départ pour attaquer le sommet. Là, franchement, à partir de 4.000, on commence à souffler très fort, et même sur le plat, impossible d’accélérer le rythme. Bonne nouvelle, Benson le guide nous a prévu une troisième journée d’acclimatation à l’altitude. Ballade de deux bonnes heures jusqu’à un col bien raide (Horse Back Pass) à 4.550 m. Là, le gaillard nous dit qu’à son avis, nous avons dans les 55 ans chacun ! Mortifiés, nous pressons le pas; les deux vieux frenchies n’auront de cesse dès lors de montrer qu’il leur en reste dans les chaussettes.

Jour J le jeudi 2 décembre. Lever à 2h45 du matin, thé, biscuits (paraît qu’il ne faut pas déjeuner copieusement sous peine de tout vomir ensuite) et départ à la frontale à 3 heures, sous un ciel africain constellé de millions d’étoiles, avec le grand guerrier Orion comme guide céleste. Les trois heures de montée sont raides mais belles. Il est cinq heures trente lorsqu’une ligne lumineuse orangée se dessine à l’est. L’horizon d’un seul coup s’éclaire, chassant les étoiles les plus basses. Seules la lune et Vénus veillent encore sur notre montée.

La pente est vertigineuse, mais techniquement sans aucune difficulté. Deux fois seulement nous devons  utiliser les mains pour franchir des ressauts rocheux sans danger. Nous sommes au sommet peu avant six heures, juste à temps pour voir le disque rouge du soleil émerger à l’horizon. Le premier vainqueur des 4985 m  (*) de la pointe Lenana est arrivé un peu avant nous, en 1899.

Juste en dessous du sommet, un paysage lunaire de cendres volcaniques

Il nous reste une dizaine d’heures de descente avant de retrouver le Mount Kenya Lodge. Douche chauffée au bois, Tusker fraîche: traitement VIP à l’arrivée.  Le lendemain, le retour à la civilisation passe par deux heures de chemin boueux, secoués à treize dans une Range Rover deglinguée. « Only on Discovery Channel », glousse de plaisir une californienne camarade de voyage. Nous arrivons rompus mais intacts. Ngaï, dieu du Mont Kenya à en croire la mythologie kikuyu, était décidément avec nous.

Christophe et Boris

(*) certains guides touristiques visiblement écrits à la va-vite situent Lenana à 4.895 m. Les auteurs de cet article se réservent le droit de les poursuivre en justice pour dénigrement de leurs efforts.

WikiLeaks, au Kenya aussi

2 décembre 2010

Le Kenya n’est pas épargné par le buzz autour de la révélation des quelque 250.000 télégrammes diplomatiques américains. Depuis, deux jours les journaux multiplient les unes sur les tensions qu’elle entraîne entre le gouvernement kényan et les Etats-Unis. Le hic c’est qu’on ne sait toujours rien sur les télégrammes concernant le Kenya, puisque nombre de documents n’ont pas encore été rendus publics. Une seule phrase est citée en boucle par la presse: le Kenya y serait qualifié  de « marais de florissante corruption ».

Prenant les devants, un haut diplomate américain a d’ores et déjà averti le Premier ministre Raila Odinga que des déclarations « déplaisantes » risquaient d’être publiées, sans s’en excuser. Mais c’était apparemment trop peu trop tard aux yeux des responsables kényans, vexés d’avoir été officiellement avertis bien après les capitales européennes. Le porte-parole du gouvernement a donc contre-attaqué hier en sommant un certain pays (comprendre les Etats-Unis)  d’arrêter de subventionner la jeunesse kényane et de l’inciter à se rebeller contre le pouvoir en place. Il faisait allusion à un programme américain destiné à encourager les jeunes kényans à s’investir dans la société, dans toutes ses dimensions, économique, politique…

La tension est donc réelle mais au vu de l’aide financière énorme apportée par les Etats-Unis (notamment dans la lutte contre le sida), je doute que les hommes politiques kényans aillent très loin dans la bouderie. Mais comme les Kényans, j’attends avec une certaine curiosité d’en savoir un peu plus sur le contenu de ces télégrammes. Pour l’instant, je dois m’avouer plutôt déçue par le contenu des premières fuites publiées dans la presse: la susceptibilité de Sarkozy, la corruption de la mairie de Moscou ou les excentricités de Khadafi ne constituent pas réellement des scoops !

Quant au débat sur le fond: fallait-il ou non publier ces documents volés ? C’est oui en ce qui me concerne, avec bien sûr les précautions indispensables pour ne pas mettre en danger la vie de quiconque. En tant que journaliste et citoyenne, j’ai toujours pensé que plus il y avait de transparence, plus la démocratie en sortait renforcée. Les limites que j’y pose sont le respect de la vie privée et la sécurité et l’intégrité des personnes ou des communautés.

Sans ce type de fuite, le journalisme d’investigation n’existerait pas et il n’y aurait jamais eu de Watergate ni d’affaire Greenpeace.  Parallèlement, il est aussi intéressant de souligner que les révélations petites ou grandes faites à des journalistes ne le sont pas sans arrière-pensées. C’est parfois fait au nom de grands principes (comme semble-t-il dans cette affaire de WikiLeaks) mais beaucoup plus souvent pour défendre un intérêt économique, politique ou stratégique.

Le Monde en donne un exemple avec l’analyse des documents américains sur l’attitude du gouvernement français dans l’affaire Clotilde Reiss, cette chercheuse emprisonnée pendant des mois en Iran. Selon ces sources, l’Elysée aurait volontairement manipulé les médias pour accréditer l’idée que la Syrie aurait joué un rôle important dans la libération de la jeune Française. En réalité, il n’en était rien mais cela permettait au président Sarkozy de justifier sa politique contestée de rapprochement avec la Syrie.

Pour finir, cette contribution d’un professeur d’histoire d’Oxford, qui défend la publication des documents. Un extrait résume bien le fond de sa pensée: « Il y a un intérêt public à savoir comment fonctionne le monde et ce que l’on y fait en notre nom. Il y a aussi un intérêt public à ce que la politique étrangère soit menée de façon confidentielle. Et ces deux intérêts sont contradictoires« .

Solidarité féminine face au sida

1 décembre 2010

A l’occasion de la journée internationale de lutte contre le Sida, j’ai réalisé hier un reportage à paraître aujourd’hui dans La Croix. J’ai passé plusieurs heures avec des femmes frappées par la maladie dans un centre de l’association WOFAK (Women fighting Aids in Kenya) située à Kayole, une banlieue très pauvre à l’est de Nairobi.

J’ai été impressionnée par leur force et leur dignité. Alors qu’elles ont été infectées par leur mari, rejetées par leurs proches, elles ne baissent pas les bras. Du fond de leur bidonville, elles se battent au quotidien pour survivre, gagner de quoi nourrir leurs enfants et les envoyer à l’école. 

S’il recule dans le monde, le Sida reste une réalité très présente dans l’Afrique subsaharienne, en particulier dans l’est et le sud du continent. Le Kenya compte environ 1,4 million de séropositifs, un chiffre qui s’est stabilisé depuis 1996 alors que la population continuait de progresser. Les femmes sont les plus touchées et contaminent parfois leurs bébés sans le savoir. Heureusement, les traitements pour prévenir la transmission de la mère à l’enfant existent et sont très efficaces. Ils sont de plus en plus répandus dans le pays, où les trithérapies sont par ailleurs devenues entièrement gratuites. L’enjeu, c’est le diagnostic des malades et le changement des mentalités, pour que le sida ne soit plus considéré comme une maladie honteuse ou une fatalité.

Si vous souhaitez lire le reportage, cliquez ici