Archive for novembre 2010

Mont Kenya

29 novembre 2010
 
Escalader le mont Kenya, c’est une des choses qu’on s’est promis de faire lors de notre séjour ici. Boris est parti ce matin avec un ami à l’assaut du sommet, le deuxième d’Afrique après le Kilimandjaro (en Tanzanie, 5.892 mètres). On ne le voit pas sur la photo, prise en altitude, mais la montagne compte en fait trois pics. Les plus hautes cimes culminent à 5.199 mètres à la pointe Batian, 5.188 mètres à la pointe Nelion et 4.985 mètres à la pointe Lenana.
 
Seuls les alpinistes chevronnés peuvent se lancer à l’assaut de la pointe Batian. La plupart des randonneurs entreprennent l’ascension de la pointe Lenana, qui ne requiert pas de compétence en escalade, mais de l’endurance puisque que l’on frôle les 5.000 mètres d’altitude quand même. La randonnée prend de 3 à 5 jours, selon le parcours et le rythme des marcheurs.
 
Le mont Kenya, dont le nom signifie « Montagne de l’autruche » chez les Wakamba, une des tribus vivant à ses pieds, a donné son nom au pays. C’est un lieu sacré pour les Kikuyus, la principale ethnie du Kenya, qui le considèrent comme le royaume de Ngaï, leur dieu. Selon la tradition, toutes les habitations des Kikuyus ont été construites face à ce pic, appelé Kirinyaga, ou « Montagne blanche ».

Blanc, il ne l’est plus vraiment. Tout comme le Kilimandjaro, le mont Kenya perd progressivement ses glaciers, qui devraient avoir totalement disparu dans 20 ans. Volcan né il y a environ 3 millions d’années, il se situe en plein centre du pays, tout près de l’équateur, à 150 kilomètres environ au nord-est de Nairobi.

Après de premières explorations vers 1887, le sommet a été pour la première fois gravi en 1899 par l’équipe d’Halford John Mackinder, un  sir anglais of course ! Une expédition épique, entre épidémie de variole, charges de rhinocéros et hostilité des tribus locales. Je vous conseille de lire le récit complet sur Wikipedia.

Protégé par un parc national, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, le mont Kenya reçoit aujourd’hui plus de 15.000 visiteurs par an, dont moi en janvier ou février si tout va bien !

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Photo à la couverture masaï

21 novembre 2010

Tusker academy

21 novembre 2010

Le Kenya aussi a sa Star Academy ! Baptisé « Tusker project fame », car il est sponsorisé par la marque de bière la plus célèbre du pays,  le programme est diffusé tous les soirs en prime time. Initiés par Célestine, nous regardons de temps en temps en famille cette émission de télé-réalité entrée ici dans sa quatrième saison. Vous connaissez le principe: les candidats sélectionnés prennent des cours de chant, de danse pendant toute la semaine et, le week-end, se produisent devant un public.

Dans la version locale, les candidats viennent de quatre pays d’Afrique de l’est: le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie. Cela pimente les débats artistiques d’une bonne dose de nationalisme, chaque pays bataillant pour préserver les chances de ses représentants, en votant par téléphone portable (il y a même un numéro pour les sud-soudanais !). Chaque samedi soir, l’un des candidats est éliminé.

Hier soir, c’était au tour de Gabiro, un Rwandais maintes fois placé sur la sellette,  de quitter l’émission, au grand dam de Joseph. Si nous étions à peu près tous d’accords pour trouver que son filet de voix était à peine audible, Joseph, lui, soutenait envers et contre tout ce candidat, il est vrai sympathique. A vous de juger, avec ce petit extrait d’une émission précédente (attention ne manquez pas le commentaire du dernier juge, célèbre pour ses vacheries):

Inventé par la société de production néerlandaise Endemol, ce concept a eu un succès invraisemblable dans le monde entier, du Liban aux Philippines en passant par l’Equateur. « Operacion Triunfo » dans les pays d’Amérique du sud, « Фабрика звёзд » (qu’on pourrait traduire par « L’école des étoiles ») en Russie, « One million stars » à Taïwan ou « Star factory » en Roumanie: il semble que pas un pays n’ait été épargné !

Chauds les chapatis

18 novembre 2010

Atelier chapati ce soir à la maison. Célestine vient d’apprendre à Clara comment les confectionner et elle s’est lancée, avec Joseph pour marmiton. Ces pains sans levain, à base de farine et d’eau, viennent d’Inde bien sûr mais ils sont aussi très populaires au Kenya. On en trouve partout, dans les restaurants de Nyama choma (viande grillée) ou dans la rue où ils sont souvent confectionnés sur un petit poële à charbon. On peut les acheter pour 10 ou 20 shillings (autant de centimes d’euros).

J’imagine qu’on doit leur introduction dans le pays aux milliers de coolies indiens venus travailler à la construction de la ligne de chemin de fer Mombasa-Kisumu au début du XXe siècle.

La recette est plus technique qu’elle n’en a l’air. Il faut de l’eau tiède, ni trop chaude ni trop froide, et surtout malaxer la pâte en la tordant, de telle manière que le pain soit légèrement feuilleté. Puis bien étaler les boules de pâte au rouleau pour leur donner une jolie forme circulaire. La cuisson se fait ensuite à même la poële, voire directement sur le feu, avec plus ou moins d’huile selon les goûts (les Kenyans en mettent en général beaucoup, les Indiens les badigeonnent de ghee, le beurre clarifié ).

Et moi, qui vous donne doctement la recette, je ne sais toujours pas faire,  j’attends que Clara et Joseph m’apprennent !

Tingatinga à prix record

8 novembre 2010

Ce très beau tableau Tingatinga vient d’être vendu 51.079 dollars à Paris, un record pour une peinture d’Afrique de l’est. Intitulé  » Le Léopard à pois doré et son ami l’oiseau », il a été peint par l’artiste tanzanien Rajabu Chiwaya dans les années 70 et acheté dans une galerie de Nairobi il y a 10 ans pour … 6.000 dollars.

Tinga quoi ? Je viens de l’apprendre grâce à Wikipedia, « le mouvement Tingatinga est une école de peinture tanzanienne contemporaine fondée par Edward Said Tingatinga dans les années 1960. Les peintures tingatinga, réalisée sur bois ou toile, représentent le plus souvent des animaux sur un fond monochrome parfois agrémenté de motifs ornementaux. Les couleurs sont utilisées pures, sans dilution ni mélange. L’emploi d’émaux donne un rendu brillant et glacé à l’ensemble ».

Ca donne ça:

Ou encore ça:

Cette école de peinture continue à vivre. Son haut-lieu est apparemment la « Tingatinga Arts Cooperative Society » située à Dar es Salam. Mais il paraît qu’on peut aussi voir des tableaux de ce style au Banana Hill Arts Centre, à Nairobi. On ira !

Boris chez les Yaaku

5 novembre 2010

 Il y a une quinzaine de jours, Boris était parti à la découverte des Yaaku, une petite tribu au mode de vie proche des Masaïs, qui se bat pour conserver sa langue. Voilà son reportage:

  
Kenya: le dernier combat des Yaaku pour ressusciter une langue éteinte (MAGAZINE)
Par Boris BACHORZ
=(PHOTO)=

DOLDOL, 6 nov 2010 (AFP) – Un groupe d’une demi douzaine de vieillards palabrent sous un acacia, drapés dans leur couverture, quelque part au centre du Kenya: quand ils seront morts, la langue yaaku aura définitivement disparu.
L’événement passera largement inaperçu: plus de 200 langues se sont ainsi éteintes au cours des trois dernières générations, et 2.500 autres sont menacées dans le monde, sur un total de plus de 6.000, selon la dernière édition de l’Atlas des langues en danger édité par l’Unesco.
Mais ces vieillards souvent édentés ont choisi de refuser cette fatalité. « Nous sommes les derniers à parler yaaku, et avant que notre génération disparaisse, nous devons passer notre savoir aux enfants », explique Johana Saroney Ole Matunge, 87 ans.
Au pied du Mont Kenya (5.199 m), les Yaaku figurent parmi ces peuples traditionnels africains de cueilleurs-chasseurs qui ont de tous temps vécu quasi reclus dans leur forêt, jusqu’à ce que les brassages de population du siècle écoulé bouleversent leurs modes de vie.
Les Yaaku ont ainsi été assimilés à partir des années 1930 par les Massaï, plus nombreux, excellents guerriers et volontiers expansionnistes.
Ces locuteurs couchites, se sont alors mis à parler Maa, la langue Massaï — d’origine nilotique donc radicalement différente –, à élever à leur tour du bétail et à revêtir les traditionnelles couvertures quadrillées de couleurs vives de cette population, qui elle même ne représente qu’un petit pourcent des 38,6 millions de Kényans.
Au coeur de cette assimilation, un profond sentiment d’infériorité: les Yaaku avaient largement intégré le dédain que leur portaient les Massaï, qui les ont catalogués comme « dorobo », ces peuples primitifs dépendant des seuls bienfaits de la nature.
Jusqu’au sursaut de ces dernières années. « Nous étions marginalisés, considérés comme des gens sans identité par les Massaï. Alors je me suis dit, si nous ne sommes pas Massaï, qui sommes nous ? Pouvons nous retrouver notre culture yaaku ? », explique Manasseh Matunge, ancien instituteur de 48 ans et moteur des tentatives de renouveau yaaku.
Reprenant les recherches du pionnier allemand Bernd Heine dans les années 50, une mission linguistique néerlandaise, en 2004, permet de rédiger une ébauche de manuel. Bien que médiocre locuteur lui-même, Manasseh Matunge donne depuis deux ans des cours hebdomadaires à l’école locale. Un petit musée bâti en 2009 expose quelques outils de forgeron, des calebasses et surtout du matériel d’apiculture, la grande spécialité et fierté yaaku. « Les Massaï ont peur des abeilles », glisse M. Matunge dans un sourire.
Il reste que les trois derniers vrais locuteurs yaaku identifiés il y a six ans par les spécialistes néerlandais sont morts depuis. Sur 2.000 personnes d’origine yaaku, 7 parviennent plus ou moins à parler la langue, officiellement considérée comme « éteinte » par l’Unesco, comme l’aasax, une autre langue couchite disparue en Tanzanie en 1976.
Mais une langue éteinte peut renaître, ajoute l’Unesco, et c’est ce à quoi tentent d’oeuvrer les Yaaku, qui ont obtenu de l’ambassade de France au Kenya les fonds pour construire une salle de classe qui hébergera des cours de langue donnés par les anciens aux écoliers.
« Je crains toutefois que nous ne disposions de trop peu d’éléments sur la grammaire yaaku pour faire revivre la langue d’origine », tempère le Néerlandais Hans Stoks, qui suit cette communauté depuis 1979. « Le mieux que nous puissions faire est d’utiliser le matériel linguistique que nous possédons pour le +mélanger+ avec la langue massaï », et créer une langue « hybride ».
La reconquête de leur identité permettrait aussi de renforcer la légitimité des Yaaku à reprendre possession de « leur » forêt de Mukogodo (35.000 ha), aujourd’hui gérée par l’Office national des forêts. La culture, les Yaaku l’ont bien compris, est une arme.
bb