Corruption: le Kenya se mettrait-il enfin à agir ?

A peine rentrée de vacances, j’apprend lundi soir l’arrestation du maire de Nairobi, soupçonné de détournement de fond dans l’achat d’un terrain destiné à la création d’un nouveau cimetière. Quelques jours auparavant, un ministre et homme politique en vue, William Ruto, mis en cause dans une autre affaire de corruption, a été suspendu de son poste par le président Kibaki.

Ces deux grosses affaires, à laquelle s’ajoute la récente mise en cause du ministre des Affaires étrangères, Wetangula, signifient-elles que le Kenya s’attaque enfin à la corruption qui gangrène le pays ? On n’ose y croire et pourtant qui sait peut-être…

La Croix étant intéressée par le sujet, j’ai fait mardi un papier pour eux. L’occasion de faire un petit tour au tribunal de Nairobi pour voir de mes yeux ministre et hauts fonctionnaires devant les juges. Je n’avais pas d’appareil photo mais j’ai quand même pu saisir ce petit cliché grâce à mon tout nouveau téléphone portable. L’édition papier n’étant accessible qu’aux abonnés du journal, je vous ai copié-collé ci-dessous le papier en question:

Jour d’affluence hier au tribunal de Nairobi. Se frayant un chemin parmi le public et les journalistes, le maire de la ville, Godfrey Majiwa, comparaissait dans une affaire de corruption, suivi de peu par l’ex-ministre de l’Enseignement supérieur, William Ruto, poursuivi lui aussi pour détournement de fonds.

Arrêté la veille à son domicile par les agents de la Commission anti-corruption du pays (KACC), M.Majiwa a passé la nuit de lundi à mardi en prison. Il est accusé d’avoir empoché plusieurs centaines de milliers d’euros lors de l’achat d’un terrain destiné à la création d’un nouveau cimetière, fin 2008. Situé à la périphérie de la capitale, le terrain était estimé à quelque 210.000 euros mais la municipalité a déboursé 2,5 millions d’euros – dix fois son prix — pour l’acquérir. Plus d’une quinzaine de responsables locaux ont déjà été inculpés dans cette affaire, la dernière d’une longue série.

Le Kenya est l’un des pays les plus corrompus au monde. Dans le dernier classement de l’organisation non gouvernementale Transparency international, il chute à la 154ème place sur 178, seuls 24 pays étant perçus comme plus corrompus. Ces dernières années, les cas de corruption n’ont cessé de défrayer la chronique: réserves de maïs indûment revendues sur le marché, détournement de fonds destinés aux écoles… Mais en dépit des promesses des politiques, les responsables ont rarement été traînés en justice. La situation semble avoir changé depuis l’adoption d’une nouvelle Constitution, fin août.

Pour Samuel Kimeu, directeur-exécutif de Transparency international Kenya, le texte “offre un cadre légal renforcé” à la lutte contre la corruption. “Il est devenu plus facile pour les citoyens de lancer une pétition pour contraindre la justice ou le Parlement à se saisir des affaires de corruption”, souligne-t-il. Très discret sur ce front depuis son arrivée à la tête du pays fin 2002, le président Mwaï Kibaki, paraît avoir pris acte de cette nouvelle donne. La semaine dernière, il a suspendu William Ruto, son ministre de l’Education supérieure et influent politicien, impliqué dans une autre affaire de vente frauduleuse de terrain. Le ministre des Affaires étrangères, Moses Wetangula, pourrait bientôt connaître le même sort.

Epinglé par un rapport parlementaire, il est accusé d’avoir acheté à prix d’or et dans des conditions suspectes un terrain à Tokyo pour y construire une ambassade, délaissant une offre plus avantageuse du gouvernement japonais. Criblé de questions hier par les députés, il a continué à nier avoir fait mauvais usage de l’argent des contribuables.

Ces affaires marquent-elles un véritable tournant dans la lutte contre la corruption dans le pays ? Les Kényans l’espèrent. “Avant, aucune action n’était entreprise, aujourd’hui au moins les choses avancent”, se réjouit Caroline Nwanjiru, jeune vendeuse de tickets de loto dans le centre de Nairobi. “Il est trop tôt pour le dire, attendons de voir si ces responsables sont condamnés”, nuance Tom Wolf, analyste politique. “Mais de nombreux Kényans, autrefois si cyniques face à ces affaires, suivent les choses de près et les juges, à la réputation ternie ces dernières années, vont être jugés sur leurs actes”. Samuel Kimeu se veut quant à lui “prudemment optimiste” face à ces “signaux positifs”. “Alors que le mandat du président Kibaki approche de son terme”, en 2012, “il pourrait vouloir se prévaloir d’un bon bilan” en matière de lutte contre la corruption, “mais seul l’avenir dira si cette politique ira à son terme”.

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