A bord du De Grasse

Après avoir assisté au procès des pirates mardi,  j’ai passé la journée de jeudi en mer à bord de la frégate française De Grasse, l’un des bateaux qui tentent de leur faire obstacle. Depuis le 15 août, le De Grasse est le nouveau navire amiral de la force navale européenne anti-piraterie, l’EU NAVFOR, dont il accueille l’Etat-major. J’étais avec une quinzaine d’autres journalistes, kényans pour la plupart, pour cette journée de presse destinée à présenter l’opération européenne.

Ce qui surprend, dans ces énormes bateaux de guerre (153 mètres de long pour le De Grasse), c’est leur paradoxale exiguïté. Dès qu’on descend dans les coursives, on est pris dans un dédale de couloirs étroits, d’échelles à escalader. Un vrai labyrinthe !

Après la traditionnelle conférence de presse, nous avons eu droit à une démonstration de l’interception de pirates présumés. Le survol en hélicoptère d’abord pour vérifier qu’il s’agit bien de pirates et non de simples pêcheurs (qui eux ne se balladent pas avec des échelles à crampons ou des AK 47). Puis, une fois reçu le feu vert de l’état-major, la poursuite en zodiac pour les intercepter. Le problème c’est que les pirates s’empressent de jeter par dessus bord tout les éléments de preuve (armes, échelles…). Il est donc souvent impossible de les interpeller, à moins de les prendre en flagrant délit.

Un skiff confisqué à des pirates présumés. On aperçoit à l'intérieur l'échelle métallique utilisée pour aborder les navires

L’Europe n’est pas la seule à lutter contre les pirates somaliens, loin de là. L’OTAN, les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l’Inde, la Russie, la Corée du sud et j’en passe ont tous envoyé des navires de guerre ou des sous-marins. Il s’agit à la fois de protéger le trafic maritime – le golfe d’Aden voit défiler près de 25.000 navires marchands par an – et de s’assurer une présence dans cette zone stratégique.

Mais même cette armada n’y suffit pas. Le nombre d’actes de piraterie continue d’augmenter. La surveillance renforcée du golfe d’Aden a permis de déjouer plusieurs attaques mais les pirates se sont adaptés. Ils se sont tournés vers l’océan indien et lancent des raids de plus en plus loin des côtes somaliennes, jusqu’aux Seychelles. Ils détiennent en ce moment quelque 25 bateaux (dont un super tanker) et 400 otages. De quoi continuer à engranger des millions de dollars de rançons pendant encore un certain temps.

Tout le monde – y compris le commandant de la Navfor que j’ai interrogé – convient que la solution au problème ne se trouve pas en mer. Déployer une vingtaine ou une trentaine de bateaux de guerre pour contrôler une zone grande comme la mer Méditerranée, « c’est un peu comme demander aux gendarmes de surveiller la France avec dix voitures »,   me disait un marin du De Grasse. La vraie solution est de rétablir un semblant d’ordre en Somalie, pays qui a sombré dans le chaos depuis 20 ans et qui tombe progressivement aux mains d’islamistes très radicaux. Plus facile à dire qu’à faire…

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6 Réponses to “A bord du De Grasse”

  1. sophie w Says:

    tu veux dire que des faux pirates ont joué pour les journalistes ?

    • mariewolfrom Says:

      De vrais marins français ont joué les pirates pour les besoins de l’exercice. L’équipage du De Grasse a du s’entraîner à plusieurs reprises ces dernières semaines à répéter ces manoeuvres afin d’être fin prêt à affronter les pirates, car c’est sa première mission au large de la Somalie.

  2. Anne B Says:

    Très éclairant le parallèle avec les gendarmes… On se demande du coup à quoi aura servi leur démonstration. Super ton papier !

  3. France Says:

    Bravo pour l’article ! Marielle est super de nous avoir fait passer le lien pour le lire. Maintenant, j’attends les suivants.
    Peut-on aussi lire les articles de Boris quelque part et où ?
    Gros baisers
    France

    • mariewolfrom Says:

      Merci beaucoup France et vive internet qui te permet de lire La Croix en Allemagne ! Boris n’a pas beaucoup écrit ces derniers temps, il était trop pris par la gestion quotidienne du bureau. Mais la semaine prochaine, il part en reportage pour rencontrer une tribu en voie d’extinction et, promis, je vous posterai son papier !

  4. TheBigBoss Says:

    Super article ! Bravo !!

    Tu as été (une nouvelle fois) citée sur mon dernier article !
    http://www.peperuka.com/2010/10/01/guerriers-somaliens-jack-langtodd-james/

    Je me suis permis de reprendre une image pour illustrer l’article, j’espère que cela ne pose pas de problème… Dis moi quoi ?

    TheBigBoss

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