Archive for juin 2010

Sans queue ni tête

25 juin 2010

Un post en vrac, à l’image de cette semaine. Depuis quinze jours, je suis membre de la vénérable Kenya Museum society (KMS). Un miracle que d’avoir trouvé cette association, qui se charge d’épauler les musées du Kenya en organisant des manifestations culturelles. Le grand projet du moment c’est le « Know Kenya Course », une série de conférences et de films sur l’histoire, la société, l’économie du pays, programmée en octobre. D’ici là, les membres du comité organisateurs (dont je suis) doivent trouver les sponsors, les orateurs, organiser la publicité de l’événement, etc…

L’une de nos missions et de trouver des films intéressants, qui seront diffusés dans le cadre de la conférence. Et hier, à cette fin, j’ai rencontré avec d’autres membres de la KMS la cinéaste Wanuri Kahiu, dont je vous avais parlé en octobre dernier (https://mariewolfrom.wordpress.com/2009/10/30/lautre-festival/). Son film de science-fiction, Pumzi, que nous avions tant aimé Boris et moi, vient d’être primé à Cannes.

Belle rencontre ! Cette jeune réalisatrice est brillante et  fourmille de projets, notamment un documentaire sur la révolte des Mau-Mau, dans les années 50, qui devrait être suivi d’une fiction sur le même thème. Cet été, elle devrait tourner une comédie dont on lui a confié le script. Wanuri Kahiu a aussi commencé à filmer plusieurs tribus kényanes  pour faire don de ces documents au Musée.

Tribus toujours, Joseph s’est initié aux danses… Masaï pour les besoins d’un spectacle de l’école, hier et aujourd’hui. Enveloppé dans sa shuka (couverture à carreaux portée par les Masaï) et muni du traditionnel bouclier (fabriqué à l’école), il a effectué des bonds impressionnants à la verticale.

Le thème du spectacle ? La rencontre entre l’Inde et le Kenya, à la fin du 19e siècle, et l’héritage qui en est né. Les premiers Indiens sont arrivés au Kenya pour construire le chemin de fer entre Mombasa, sur la côte de l’océan Indien, et Kisumu, au bord du Lac Victoria. C’est la fameuse épopée du « Lunatic Express », que je vous ai déjà contée.

Quand ils ne sont pas morts à la tâche, beaucoup de ces coolies sont restés et la minorité indienne est désormais partie prenante de ce pays. Notre propriétaire ou le dentiste des enfants sont d’origine indienne, de même que la quasi-totalité des patrons de petits ou grands commerce. Mais, en dépit de la vision angéliste du spectacle de l’école, les Kényans d’origine indienne ne se mêlent guère au reste de la population. Ils sont en général aisés, voire riches, et à ce titre souvent jalousés ou peu appréciés.

Le Mossad à la rescousse

21 juin 2010

Une semaine après l’attentat perpétré à Uhuru Park, la police kényane s’avoue impuissante. A tel point que le gouvernement a fait appel au Mossad, les services secrets israéliens, pour tenter de faire avancer l’enquête.  Une équipe d’agents est arrivée mercredi dernier à Nairobi, a révélé dimanche le quotidien Nation.

Leur tâche ne sera pas facile car l’enquête a mal démarré, estime le journal. La police a certes pu reconstituer les grandes lignes de l’attentat. Trois grenades ont été lancées dans la foule, à quelques minutes d’intervalle, lors d’un rassemblement d’opposants au projet de nouvelle Constitution, faisant six morts et une centaine de blessés. En ratissant les lieux, les enquêteurs ont trouvé les goupilles attestant l’emploi de grenades, mais guère plus.

Et c’est là le problème. Au lieu de protéger le lieu de l’attentat par un cordon et d’en interdire l’accès, les policiers ont laissé politiques et personnalités arpenter le terrain, piétinant de possibles indices. Ils ont aussi omis de passer au crible l’ensemble du parc. C’est presque par hasard que les enquêteurs ont trouvé, 12 heures après les faits, le cadavre d’un homme, mort dans sa voiture après avoir été grièvement blessé lors des explosions.

Cet homme, suspect puisqu’il semble avoir tenté de s’enfuir au lieu d’attendre les secours, constitue la seule piste sérieuse à ce jour. Et pour cause. La police a oublié d’interroger les autres personnes blessées dans l’explosion et hospitalisées. Les auteurs de l’attentat ou des complices pouvaient pourtant se trouver parmi elles.

Au final, cet attentat aura mis en lumière les grosses carences du CID (Criminal investigation department). Cette police, paraît-il ultra efficace dans les années 60, n’est plus que l’ombre d’elle même, selon le rapport d’un groupe de travail mandaté par le gouvernement. Les enquêteurs manquent d’outils de base pour mener à bien leurs enquêtes. Pas d’équipement moderne de transmission ni de caméras pour filmer les scènes de crimes et aucune banque informatique d’empreintes digitales ou ADN. Résultat: des milliers de crimes restés  impunis.

Florilège

17 juin 2010

Avoir une famille nombreuse (si, si trois c’est déjà une famille nombreuse), c’est souvent fatigant, mais au moins on rigole bien. Témoin, ce florilège de petites phrases cueillies en vol ces dernières semaines. Je vous laisse deviner les auteurs des citations:

– Noé, bats-toi, si tu es un bébé !

– Bon, bon, puisque tout le monde insiste, je vais me laver les dents…

– Noé, ta carrière est terminée ! 

– Je suis désolée, je dis des gros mots mais je trouve que cela fait plus ado.

– Noé, je vais te tuer mais d’abord, je vais te calinouner.

– C’est trop bien les orteils, il y a plein de saletés en dessous.

Bloody Sunday

14 juin 2010

Le titre barre la une du Daily Nation. Ce matin, le  Kenya est sous le choc d’un « dimanche sanglant ». Un attentat contre un rassemblement  d’opposants au projet de Constitution a fait cinq morts et 75 blessés hier soir, du jamais vu depuis les affrontements post électoraux de 2008.

Le camp des « Rouges » (opposants au projet, à l’inverse des « Verts ») avait mobilisé des centaines de partisans dimanche, rassemblés dans le parc Uhuru, en plein centre de la capitale. Parmi eux, beaucoup de femmes et d’enfants, venus à l’appel de plusieurs Eglises kényanes.  Ces dernières contestent une disposition de la nouvelle Constitution, qui autorise l’avortement en cas de danger pour la vie de la mère. Vers la fin de la manifestation, alors que la nuit tombait et que les principaux orateurs avaient quitté la scène, deux explosions ont retenti, à quelques minutes d’intervalle. Grenades ou engins piégés, on l’ignore encore.

L’attentat n’a pas été revendiqué et la police entame tout juste son enquête. Certains protagonistes des deux camps se sont mutuellement accusés d’être à l’origine de ces violences. « On veut forcer les Kényans à adopter cette Constitution », a immédiatement lancé le ministre de l’Education supérieure, William Ruto, héraut du camp du « Non ».  Côté « Verts », certains soupçonnent les opposants au texte d’une provocation destinée à les discréditer.

Personne ne sait et ne saura sans doute. Une seule chose est sûre, cet attentat provoque malaise et tensions. Ce matin, policiers et soldats étaient campés, bien en vue, à chaque carrefour de la ville. Pour rassurer la population j’imagine, même si ce déploiement de forces est toujours à double tranchant. Le référendum sur le projet de Constitution est prévu le 4 août et le débat devrait s’intensifier dans les prochaines semaines. L’avenir dira si cet attentat n’était qu’un acte isolé, ou s’il marque le début d’une nouvelle période de violences.  Ce qui serait un désastre pour le pays, à peine rétabli des affrontements sanglants d’il y a deux ans.

Sauté de sauterelles

10 juin 2010

Nous passons beaucoup de temps ici à nous extasier devant les girafes, les lions et autres gazelles, mais le Kenya regorge de bêtes beaucoup plus petites qui n’en sont pas moins passionnantes. C’est ce que j’ai découvert ce matin lors d’une visite du département du Musée national consacré aux invertébrés – des blattes aux sauterelles en passant par les mites et les mantes religieuses – bestioles qui ne méritent pas toutes leur mauvaise réputation.

Bizarrement, ces collections ne sont pas ouvertes au public et ne se visitent que sur rendez-vous. Guidé par Michael, éminent spécialiste des sauterelles (il leur a consacré 20 ans de sa vie), notre petit groupe a parcouru l’immense salle où quelque 2,5 millions de spécimens reposent, soigneusement épinglés et étiquetés, dans des tiroirs en bois. Partout flotte une tenace odeur de naphtaline, utilisée pour protéger les insectes morts, séchés au four puis placés sous verre, de l’appétit des vivants.

Ce sont des collectionneurs privés qui sont à l’origine de ce département, fondé en 1909. Les colons venus s’installer au Kenya étaient fascinés par ces insectes inconnus et, souvent, en faisaient collection. Mais, au Kenya comme ailleurs, le monde des insectes reste encore largement mystérieux, seules 10% des espèces existantes seraient répertoriées.

Notre guide étant aussi passionné qu’intarissable, j’en ai appris des choses. Sur les termites par exemple, oui ces mêmes termites qui viennent voleter dans ma maison à chaque grosse pluie. Et bien figurez-vous qu’ils sont d’une fidélité exemplaire. Ils se fiancent dans les airs et abandonnent leurs ailes une fois décidés à convoler, pour ne plus jamais se séparer. J’en viendrais presque à regretter de les avoir occis sans état d’âme.

Plus étonnant encore, Michael nous a fait découvrir les mites tisseuses de soie. A l’instar des vers, leur cocon est tissé de fil soyeux. L’exploitation de cette soie, rare et donc chère, a débuté en Afrique du sud et le Kenya se penche sur le sujet.

Beaucoup d’insectes sont comestibles et consommés. Les termites bien sûr, je vous en ai déjà parlé, mais aussi certaines espèces de fourmis volantes ou de sauterelles. En Ouganda, le kilo de crickets – une gourmandise locale – vaut deux fois plus cher que le boeuf. Et les chercheurs ont découvert que cet insecte regorgeait de zinc. On pourrait donc en faire des suppléments alimentaires, en a conclu Michael, jamais en reste d’une idée pour démontrer les bienfaits apportés par ses chers insectes. En revanche, mieux vaut ne pas se tromper de sauterelle. Il en existe de très toxiques, qui sont vertes avec de belles ailes multicolores, comme pour appâter les gourmands !

Serial killer

9 juin 2010

On ne parle que de ça dans les matatus. La police kényane vient d’arrêter un tueur en série, apparemment du jamais vu au Kenya, qui a reconnu 19 meurtres en trois ans. Il s’est fait piéger alors qu’il tentait d’extorquer une rançon à une famille dont il avait enlevé et tué l’enfant. Pour obtenir l’argent, le meutrier avait tout bonnement donné le numéro de son compte M.Pesa, un fort ingénieux système de paiement par téléphone mobile inventé au Kenya. Munis de cette information, les policiers sont facilement remonté jusqu’à l’homme, qui s’est révélé être un … garde de sécurité d’une des compagnies les plus renommées du pays.

L’assassin ne s’est pas fait prier pour avouer tous ses crimes, commis au fil de ses postes dans plusieurs régions du Kenya, et il a guidé la police dans un macabre jeu de piste à la recherche des cadavres. Il a raconté qu’il avait été initié à une secte satanique par une mystérieuse femme, que la police recherche. Son objectif était de tuer cent personnes. Marié et père d’un enfant, il a été jugé responsable de ses actes par les experts psychiatriques et sera donc jugé.

L’émissaire

8 juin 2010

L’info du jour, c’est la visite du vice-président américain Joe Biden. Il est arrivé hier soir à Nairobi, à bord de son Boing 757 Air Force two (Air Force one est réservé au président himself). Curieusement, la presse kényane regorge de détails en tous genres sur l’avion de Biden, les voitures qui vont le transporter, les mesures de sécurité draconiennes, les embouteillages prévisibles ou le coût de cette visite pour le contribuable américain (chiffré à 1,6 million d’euros environ). Peu de choses en revanche sur le fond.

Il faut dire que celui que les Kényans attendent, depuis plus d’un an, c’est Barack Obama, l’enfant du pays. La visite de son émissaire, si éminent soit-il, ne provoque guère d’enthousiasme. Joe Biden est venu transmettre aux Kényans un message d’Obama qui veut les encourager à réformer leur Constitution. Il doit également discuter avec les autorités kényanes de la situation en Somalie et au Soudan.

Le référendum sur le nouveau projet de Constitution doit se tenir le 4 août prochain mais rien n’assure que ce dernier sera adopté. Il se heurte en effet à l’animosité des Eglises, très influentes au Kenya, opposées à un article qui autorise l’avortement quand la vie de la mère est en danger. Leur campagne pour le « Non » est notamment financée par des mouvements religieux… américains, a révélé récemment la presse kényane.

Outre les Eglises, le projet de Constitution compte de farouches opposants au sein de la classe politique. La figure la plus éminente du camp du « Non » est Daniel arap Moi, ancien président – très autoritaire – du Kenya (de 1978 à 2002 !). Lui et ses partisans sont fortement soupçonnés de défendre leurs intérêts fonciers dans cette bataille. La nouvelle Constitution devrait en effet permettre de revenir sur les appropriations illégales de terres, pratiquées à une large échelle ces dernières décennies. Le texte se veut aussi un meilleur outil de lutte contre la corruption et de protection contre les abus de pouvoir, toutes choses qui ne font pas l’affaire de certains politiques.

Il y a donc un certain suspense autour du sort de ce texte, ouvertement soutenu par le président Kibaki et son Premier ministre Odinga (pourtant adversaires en politique) qui font campagne pour le « Oui » depuis des semaines, mais mollement défendu par certains ministres quand ils ne s’y opposent pas ouvertement.

Lors d’une conférence de presse mardi aux côtés du président Kibaki, Joe Biden a promis une aide accrue des investisseurs américains si les réformes avançaient et si le climat des affaires s’améliorait au Kenya. Sous-entendu, si le projet de Constitution était adopté. L’adoption du texte pourrait aussi donner le feu vert à la visite tant attendue de Barack Obama, qui a promis récemment de venir au Kenya avant la fin de son mandat mais qui a toujours conditionné son voyage à l’avancée des réformes.

Safari Sevens

7 juin 2010



Un dimanche sous le signe du rugby
(ou du rrruby comme on dit à Toulouse en roulant le « r » et en avalant le « g », n’est-ce pas Frédérique ?). Chaque année à Nairobi se tient le Safari Sevens, un tournoi de rugby à 7 mettant aux prises les meilleurs équipes mondiales. J’ai beau être fan de ce sport depuis ma tendre enfance (contrainte et forcée par mon grand frère rugbyman), je ne connaissais pas cette variante du jeu, très populaire ici car l’équipe kényane de Rugby à 7 est l’une des meilleures au monde.

Le jeu se joue à sept donc, en deux mi-temps de sept minutes chacune. Cela semble court comme ça mais quand on voit à quel point les joueurs doivent sans arrêt galoper d’un bout à l’autre du terrain, on comprend mieux. Boris étant sur la touche (une mauvaise grippe), je me suis dévouée pour accompagner Joseph au stade. Et on s’est régalés (comme on dit à Marseille). On y a passé toute la journée, de 10h à 17h, car les matches entre les différentes poules se succédaient sans aucun temps mort. Seuls intermèdes: des danseuses kényanes qui venaient se trémousser joyeusement pour raviver l’attention du public un peu émoussée au fil des heures par les litres de bière ingurgités.

Et c'est qui là, au milieu des supporters ?


J’ai regretté
mon appareil photo (les photos qui illustrent ce post viennent toutes d’internet) mais le stade a la réputation d’être le paradis des pickpockets, je me suis donc abstenue de les tenter. Joseph et moi avons chaudement encouragé les deux équipes françaises: Grenoble et « Les Bleus », qui ont fait bonne figure même s’ils ont fini par s’incliner devant les Sud Africains et les Néo Zélandais (pas des demi-portions comme chacun sait, voyez plutôt la photo de leur « haka » plus haut:)


La finale a opposé
l’Afrique du sud au Kenya,

Sidney Ashioya marque l'essai de la victoire

devant un stade bondissant et chantant et sous une pluie si drue qu’on y voyait pas à trois mètres. Après un gros suspense et des prolongations, le Kenya, tenant du titre, l’a emporté 17 à 12.

Petit matin à Naïvasha

3 juin 2010


Cela se passerait presque de commentaire. Mais non, j’y vais quand même de mon petit mot d’accompagnement. Comme prévu, le week-end dernier, nous sommes partis camper deux nuits avec des amis au bord du lac Naïvasha. En montant la tente (ou plutôt en regardant Boris la monter), j’ai réalisé que cela faisait bien 20 ans que je n’avais pas campé (le climat à Moscou puis Londres n’était il est vrai pas très propice à l’exercice…). Il était donc plus que temps de s’y remettre !

J’ai redécouvert les joies des sardines tordues impossibles à enfoncer, des matelas bien fermes qui vous laissent le dos en compote, des coups de coude des voisins (Boris et Joseph en l’occurence) et des bruits et grognements en tout genre (tout sauf calme la nature, la nuit). Les plus bruyants ? Sans nul doute les hippopotames, qui quittent chaque nuit le lac pour venir brouter l’herbe tendre des berges. Et ils remontent assez haut, non loin des campeurs, sur lesquels veillent les gardes de l’endroit (un hippo peut vous couper en deux d’un coup de machoire aiment à raconter les guides kényans).

Entre cinq et six heures du matin, c’est au tour des oiseaux de saluer la fin de l’obscurité par un concert plus ou moins heureux, selon les espèces. Les aigles pêcheurs poussent des cris de singe, les ibis des gloussements dissonnants qui tiennent à la fois de la mouette et du corbeau. (Mais les ibis méritent un post à eux seuls, texte que je tourne et retourne dans ma tête depuis mon arrivée au Kenya. Je finirai bien par en accoucher).

Définitivement vaincue par les ibis à six heures, j’ai renoncé au moelleux de mon sac de couchage pour pointer le nez dehors. Et là, j’ai remercié in petto tous ces volatiles de m’avoir tirée du lit, car le lever de soleil était magique. Une lumière bleue, des bancs de brume, et, sur le lac, une véritable procession de pélicans aux ailes rosées qui le traversaient paisiblement de part en part en une curieuse migration. Les photos ne rendent que faiblement la beauté du spectacle…