Archive for mai 2010

Récapitulons…

28 mai 2010

Aie, les jours filent et je n’arrive pas à trouver un moment pour écrire. Et quand, enfin, je m’y mets, c’est la connection internet qui flanche. Rien de bien exaltant ces derniers jours mais de bons moments quand même. Jeudi dernier, Joseph a disputéson premier match de rugby contre des gros costauds d’une autre école (là vous commencez à deviner la suite…). Il était demi de mêlée et capitaine de son équipe (Braeburn en compte trois dans sa catégorie d’âge). Ses copains et lui se sont bien battus mais ont du s’incliner deux essais à un. Il faut dire qu’ils ont encore du mal à maîtriser les règles: un membre de son équipe a marqué deux essais mais…. derrière la ligne délimitant le terrain ! Leur entraîneur s’arrachait un peu les cheveux (THINK ! a-t-il lancé d’un air courroucé au tête-en-l’air).

Samedi, changement de style et de décor pour un festival de musique inter-écoles. Cette fois, les héros du jour étaient Clara et sa clarinette. Avec un petit groupe d’élèves, elle a interprété une chanson de la comédie musicale Kesho Amahoro (vous vous souvenez, ce spectacle sur les enfants réfugiés du Rwanda ?). Gros succès. Boris a profité de l’occasion pour repérer un prof de saxophone. Il aimerait bien s’y remettre.

Le week-end s’est achevé par un pique-nique dimanche au Yacht Club de Naïvasha. Un endroit plein de charme, au bord du lac. Je vous en reparlerai, photos à l’appui, la semaine prochaine car nous y retournons avec les mêmes amis ce vendredi. On prévoit d’y camper deux nuits, une grande première familiale qui ne devrait pas être de tout repos avec Noé. Les enfants sont en vacances pendant quelques jours (c’est le half-term break) et on en profite pour s’échapper de Nairobi puisque la météo s’est -enfin!- améliorée.

Enfin, j’ai passé le début de la semaine à écumer les boutiques de tissus à la recherche des plus beaux kikoys et kangas de Nairobi. Destination: la boutique d’Emma, Poisson vole, 109 rue Lamarck à Paris. N’hésitez pas à y faire un tour la semaine prochaine !

PS: Euh, je retire ce que j’ai dit plus haut, la météo ne s’est PAS améliorée. Telle une sorte de malédiction, dix minutes après avoir écrit ce post, il s’est mis à pleuvoir des cordes. La famille Wolfrom-Bachorz ira-t-elle camper malgré tout, faisant fi des intempéries, bravant la boue et les hippopotames ? Vous le saurez mardi prochain en lisant le récit détaillé de notre week-end…

Les Masaïs et la géothermie

19 mai 2010

C’est l’éternelle lutte entre tradition et modernité. Le mode de vie des Masaïs, peuple pastoraliste et semi-nomade qui vit de ses troupeaux, se heurte en permanence aux évolutions de la société kényane. Beaucoup ont déjà été chassés de leurs terres ancestrales, désormais réservées à la faune sauvage et aux touristes venus en safaris. C’est le cas en Tanzanie dans le parc du Serengeti ou au Kenya, dans le Masaï Mara. Et la situation est la même autour du Lac Naïvasha, gigantesque abreuvoir naturel aux berges fertiles aujourd’hui monopolisé par les producteurs de fleurs et les entreprises de géothermie.

Ces derniers jours, plusieurs dizaines de Masaïs ont bloqué l’activité de quatre puits d’exploitation géothermique du site d’Olkaria, au bord du Lac Naïvasha. Ils protestent contre la détérioration de leurs conditions de vie, provoquée, selon eux, par cette production. L’exploitation de la vapeur d’eaux souterraines à fins de production d’électricité dégrade les sols et entraîne d’importantes nuisances sonores.

Pas de solution simple à ce type de problème. L’exportation de fleurs coupées est devenue une des principales sources de devises du Kenya et le secteur emploie des dizaines de milliers d’ouvriers agricoles. Quant à la géothermie, c’est une des sources de production d’électricité les plus prometteuses au Kenya, qui souffre d’une pénurie criante en la matière.

La seule piste envisagée pour l’instant est de déplacer les populations concernées. Mais sur quelles terres ? Et seront-elles aussi fertiles et propices à l’élevage que celles occupées depuis la nuit des temps par les Masaïs ? Ils en doutent, et moi aussi.

La bataille du Nil

16 mai 2010

Un accord historique a été conclu vendredi dernier à Entebbe en Ouganda. Quatre pays africains, riverains du Nil – l’Ethiopie, le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda – ont décidé de revoir le partage des eaux du fleuve.

La révolte couvait de longue date. En 1929, un accord signé par la Grande Bretagne, puissance coloniale des Etats en amont du fleuve, accorde au Caire un droit de véto sur tous les projets hydrauliques autour du Nil. Trente ans plus tard, en 1959, l’Egypte et le Soudan s’accordent sur une répartition des eaux du fleuve. L’Egypte se réserve la part du lion avec 55 milliards de mètres cubes, et le Soudan, pays où se rejoignent le Nil Blanc et le Nil Bleu, obtient 18,5 milliards de mètres cubes. Au total, ces deux pays se partagent 87% de l’eau du fleuve. Une situation devenue insupportable pour les sept autres pays riverains.

Les multiples tentatives de négociations avec l’Egypte et le Soudan se sont toutes heurtées à une fin de non-recevoir. L’Egypte, dont la population ne cesse de croître, tire du fleuve 95% de ses ressources en eau. Face à cette impasse, les autres pays, qui devraient être rejoints prochainement par le Kenya, la RD Congo et le Burundi, ont décidé de faire cavalier seul.

Le texte signé vendredi prévoit la création d’une commission chargée de gérer tous les projets autour du fleuve: irrigation, barrages. La commission, qui aura droit de veto sur toute infrastructure concernant le Nil, devrait être basée à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne. L’Éthiopie, 85 millions d’habitants, abrite la source du Nil Bleu (85 % du débit) dans le lac Tana, et l’Ouganda, 31 millions d’âmes, celle du Nil Blanc dans le lac Victoria.

Reste à voir ce que fera l’Egypte. La signature de l’accord d’Entebbe a bien sûr fait bondir Le Caire, qui a menacé de représailles. Les experts ne croient pas à une guerre de l’eau, mais ils prévoient une longue bataille juridique, sans doute doublée de négociations en coulisses. Le Caire pourrait porter l’affaire devant le tribunal international de La Haye tout en essayant de convaincre les autres pays de reprendre langue.

La pluie, toujours la pluie…

13 mai 2010

La saison des pluies n’en finit pas. Aujourd’hui des trombes d’eau se sont abattues sur Nairobi, transformant les rues pentues en de furieuses rivières et les creux en mares profondes.


Dans tout le pays, les rivières sortent de leur lit, les inondations se multiplient et l’on craint désormais de voir déborder des barrages. Le bilan des intempéries s’alourdit: soixante morts et plus de 50.000 déplacés ces dernières semaines.

L’observateur observé

10 mai 2010

Les Kényans ont beau être indépendants depuis près de 50 ans, ils s’intéressent aux faits et gestes de leur ancienne puissance coloniale. Les élections très serrées en Grande-Bretagne et les âpres négociations entre Tories et Libéraux démocrates (les « LibDem ») pour former un gouvernement sont ici suivies de près.

Un député Kényan faisait ainsi partie d’une délégation de onze observateurs du Commonwealth venus contrôler la régularité du scrutin britannique. Une première à ma connaissance, puisque d’habitude ce sont plutôt les élections au Kosovo ou au Zimbabwe qui sont « observées » ! Et les membres de cette délégation ne se sont pas privés d’épingler certains travers de la pourtant vénérable démocratie britannique.

« Le système britannique est le plus corruptible du monde », a jugé le député Kényan, qui s’est dit « stupéfait » par le fait que tout y repose sur la « confiance ». Le point le plus sidérant pour ce député est que les électeurs n’ont pas à prouver leur identité avant de voter (et pour cause, sauf erreur de ma part les Britanniques n’ont aucune obligation d’avoir une carte d’identité). « Au Sierra Leone, vous devez montrer votre carte d’identité et aussi laisser votre empreinte digitale », a renchéri l’observatrice Sierra léonaise.

Autres critiques lancées à l’ancienne puissance coloniale: le manque de contrôle des votes par correspondance et la mauvaise organisation des bureaux de vote. Malgré de longues heures d’attente, des milliers d’électeurs n’ont pas pu glisser leur bulletin dans l’urne.
« Le Kenya n’est peut-etre pas un parangon de démocratie, mais nous pouvons offrir à la Grande Bretagne quelques suggestions utiles », a ironisé le député Kényan, avant de suggérer aux Britanniques d’embaucher la prochaine fois suffisamment de personnes pour tenir les bureaux de vote, « afin que chaque électeur puisse voter ».

Ocampo back in town

7 mai 2010

Et oui le revoilà. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno Ocampo, est attendu demain samedi à Nairobi. Une visite cruciale puisqu’elle va donner le coup d’envoi aux investigations sur les violences post-électorales de 2008.

Alors que les autorités kényanes traînent les pieds depuis deux ans, Ocampo est déterminé à juger ceux qui ont tiré les ficelles de ces violences, qui ont fait plus de 1.000 morts et des centaines de milliers de déplacés. Après avoir présenté à la Cour une liste de vingt suspects, il a obtenu son feu vert fin mars pour lancer une enquête en bonne et due forme. Une équipe d’enquêteurs de la CPI est déjà sur place, pour rencontrer les différents témoins et réunir des preuves.

Courageux, ces témoins. Plusieurs ont fait l’objet de menaces, et certains sont sous protection policière depuis des mois. Car les suspects ne sont pas du menu fretin mais des personnalités haut placées, jusque dans les ministères.

Lors de son séjour, Ocampo doit rencontrer les deux principaux leaders du pays, le président Mwai Kibaki et son premier ministre Raila Odinga, rivaux politiques contraints à la cohabitation depuis les dernières élections. Le procureur visitera aussi plusieurs régions, notamment la Vallée du rift, théâtre des violences les plus meurtrières.

Il s’est aussi dit disposé à entendre la défense des principaux suspects, si ces derniers (à l’identité gardée pour l’instant secrète) souhaitaient le rencontrer.

Dix pour cent

3 mai 2010
Pour la fête du travail, samedi dernier, le Premier ministre Raila Odinga, a fait un geste. Il a annoncé une augmentation de 10% du salaire minimum. Dix pour cent, ça a l’air généreux comme ça mais quand on sait que le salaire minimum mensuel varie entre 30 euros (pour un ouvrier agricole) et 60 euros (pour un employé dans une des trois principales villes du pays), on relativise. Qui plus est quand on note que le taux d’inflation était de 4% au mois d’avril. En shillings sonnants et trébuchants, cela veut dire que les salariés kenyans ayant la malchance d’être rémunérés à ce salaire gagneront entre 3 et 6 euros de plus par mois !

J’ignore combien de Kényans touchent le salaire minimum. Les employés de maison qui travaillent pour les expatriés gagnent en général mieux leur vie (entre 80 et 160 euros selon s’ils sont logés ou non et la « générosité » de leur employeur). Les employés de bureau sont eux aussi mieux payés.

Sans parler des politiques ! Il y a quelques semaines, le Standard avait révélé que le président kényan Mwai Kibaki émargeait à 2 millions de shillings par mois, soit près de 20.000 euros, un salaire légèrement supérieur à celui du Premier ministre britannique Gordon Brown et de la Chancelière allemande Angela Merkel. En y ajoutant ses primes et ses faux frais, la rémunération du président kényan grimpe à 450.000 dollars par an, ce qui le place au coude à coude avec Barack Obama !

Aucun commentaire, ni critique directe dans l’article du Standard quant à ce salaire invraisemblable dans un pays où 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Juste quelques remarques anodines ici ou là. Le quotidien note ainsi que le président bolivien Evo Morales, a « surpris beaucoup de monde » en divisant son salaire par deux en arrivant au pouvoir. Il gagne désormais 17.000 euros PAR AN et a promis que les économies réalisées serviraient à recruter davantage d’enseignants, relate le Standard. Autre constatation, en passant, du journal, « bien que gagnant moins que le président Kibaki, le président Obama (…) est le dirigeant de la plus grande puissance mondiale et le commandant en chef de la plus puissante armée ».

Huit ans !

2 mai 2010