Archive for avril 2010

Le grand bazar internet

29 avril 2010

Quand j’ai commencé à travailler comme journaliste en France, internet balbutiait, bien loin de nos frontières. C’était le temps où, pour faire des recherches, on fréquentait les bibliothèques ou on se déplaçait pour consulter un expert, la préhistoire quoi ! Désormais, le premier réflexe du journaliste qui commence à travailler sur un sujet, c’est une rapide recherche sur Google (ou tout autre moteur du même acabit). Cela donne immédiatement une idée de ce qui a déjà été écrit sur le sujet en question, permet de dénicher les experts les plus compétents ou des sources bibliographiques.

C’est aussi une formidable source d’informations quand on veut écrire la biographie d’une personnalité, délicat exercice s’il en est. Mais quelle est la valeur de toutes ces « informations » disponibles d’un simple clic ? Pour faire un petit test, je me suis amusée à taper mon nom sur Google. J’ai trouvé des réponses des plus cocasses. Un lien vers « Le blog de Marie Wolfrom » par exemple. Chouette me suis-je dis, de la pub pour mon blog ! En fait, le lien renvoie sur le site de Mediapart, auquel l’AFP est abonnée, et qui m’a dotée d’office d’un blog, vide, dont je n’ai que faire.

Il y a aussi le site « 123people » qui annonce une fascinante rubrique: « Tout ce que vous devez savoir sur Marie Wolfrom ». Serais-je donc devenue une « people » à mon insu ? Las non. Au bout du clic, une page vide. Et sur un autre site, américain, me voilà bombardée journaliste de l’AFP en poste aux Etats-Unis, avec toute une liste de collègues virtuels… Mes tentatives de rectification resteront sans effet. 

Ma petite expérience est partiellement faussée. Je suis une anonyme et non pas une personnalité en vue, dont la vie est mieux connue. Mais elle m’a donné à réfléchir. Plus je fréquente internet, plus je suis fascinée et effrayée par cet invraisemblable fouilli mêlant le vrai, le faux, le caduque, le fantaisiste voire l’intox. Un grand bazar où l’on  trouve de tout mais où il faut plus que jamais trier, vérifier et ne rien prendre pour argent comptant.

Le palu toujours meurtrier

26 avril 2010

Hier dimanche était le jour de la lutte contre le paludisme dans le monde. Au Kenya, cette maladie parasitaire est endémique dans les régions chaudes et humides, essentiellement aux alentours du Lac Victoria et sur la côte.  On parle beaucoup du sida mais ici le paludisme  tue encore plus: il reste la principale cause de mortalité liée à une maladie infectieuse, avec près de 30% des hospitalisations. Et  la première cause de mortalité chez les enfants de moins cinq ans (un décès sur cinq).

En dépit des progrès réalisés ces dernières années, qui ont permis de réduire le taux de mortalité des enfants notamment, 25 millions de Kenyans courent toujours le risque d’être exposés à la maladie dont 3,5 millions d’enfants de moins de 5 ans, les plus vulnérables. Quelque 26.000 en meurent chaque année.

Le pays s’est fixé pour objectif d’éradiquer le paludisme d’ici 2017, avec pour principale arme la distribution massive de moustiquaires imprégnées d’insecticide. Mais la lutte est compliquée par le réchauffement climatique, qui augmente le rayon d’action de la maladie. Des cas de malaria ont été récemment diagnostiqués dans des régions jusqu’ici épargnées.

Le grand espoir, c’est la vaccination. Un vaccin est actuellement à l’essai dans sept pays africains. Si son efficacité est prouvée, il pourrait permettre de diminuer de moitié le risque d’infection chez les enfants.

French Kiss

25 avril 2010

Depuis quinze jours, nous fréquentons assidûment les girafes. Celles d’abord du Girafe Center situé dans le quartier de Karen, à l’ouest de Nairobi. Perché sur un petit promontoire, on peut nourrir les girafes, quasi nez à nez, voire bouche à bouche lorsqu’on n’hésite pas comme notre facétieux Joseph à tenir entre ses lèvres la nourriture dont elles sont friandes. C’est la figure dite du « French Kiss »:

Vous le distinguez à peine sur la photo mais ce gracieux animal est, comme ses congénères, doté d’une langue bleue, assez gluante et qui mesure 40 cm. Autant vous dire que Joseph est le seul à avoir tenté l’expérience. Nous nous sommes bornés à les nourrir à la main et encore on les a bien savonnées à la fin.

Le centre héberge des girafes de Rothschild, l’une des neuf sous-espèces recensées en Afrique. Car il y a girafe et girafe. Au Kenya on peut en rencontrer trois sortes. Outre les girafes de Rothschild, on y trouve les girafes Masaï et les girafes réticulées. On les distingueà la couleur de leurs pattes (blanches pour les girafes de Rotschild) et à la forme de leurs tâches (bien délimitées pour les girafes réticulées, plus floues pour les autres).

Mais notre plus belle rencontre avec les girafes, c’était ce week-end, lors d’une ballade à Crescent Island, sur le lac Naïvasha. Un lieu magique dont je vous avais déjà parlé dans l’un de mes tous premiers posts . Nous y avons admiré deux girafons de un et deux mois, et un vieux mâle curieux, qui nous a tourné autour pendant de longues minutes. A se demander qui observait le plus attentivement l’autre !

PS: Merci à Sophie pour sa photo !

Big Brother en croisade contre la corruption

21 avril 2010

Des espions chargés de démasquer les fonctionnaires corrompus: c’est  la derrière arme (fatale ??) anti-corruption imaginée par le gouvernement kényan. Pour lutter contre ce fléau généralisé, dont je vous ai déjà parlé dans un précédent  post, le gouvernement a mis en place une unité spéciale composée de policiers et de fonctionnaires (que l’on espère au dessus de tout soupçon…). Ils seront chargés d’enquêter sur tous les faits de corruption dénoncés par le public et de « tester » les services ou fonctionnaires incriminés. Ce qui veut dire qu’il se pointeront incognito et proposeront des dessous de table pour voir si la personne suspecte est corrompue ou non.

Le programme a déjà été lancé dans l’Agence d’approvisionnement en produits médicaux, dans les services de l’Immigration et dans deux hôpitaux de province. Le quartier général de la police et le Parlement seront les prochains sur la liste. A terme, 450 ministères et administrations devraient être passés au crible.

Le fait d’annoncer publiquement que telle ou telle administration sera testée peut surprendre (on imagine que les corrompus du secteur en question se tiendront à carreau pendant un certain temps) mais à y bien réfléchir c’est plutôt malin. Les moyens humains et techniques n’étant certainement pas à la hauteur de ce phénomène aux allures de pieuvre, mieux vaut laisser planer une menace un peu diffuse en espérant une forme d’auto-censure.

Tous les fonctionnaires pris en flagrant délit de corruption ne seront pas systématiquement poursuivis (les tribunaux seraient engorgés) mais ceux dont l’honnêteté sera prouvée seront promus, a expliqué le patron de la commission de lutte contre la corruption (Kenya Anti-Corruption Commission).

Le système a déjà fait ses preuves, selon lui. Un programme similaire, lancé au sein de la police de New York aux Etats-Unis voilà plusieurs années, aurait permis de diviser de moitié les faits de corruption. 

« La prochaine fois que vous serez tentés de demander un pot-de-vin, réfléchissez-y à deux fois », conclut, en s’adressant directement aux suspects, l’article du Nation consacré à cette initative. Big Brother est en marche !

Nuage de cendres, le Kenya touché aussi

19 avril 2010

Même si nous sommes bien loin du nuage, ses effets se font ressentir jusqu’ici. Il y a les amis qui attendent leurs enfants, censés venir les rejoindre pour les vacances scolaires mais restés bloqués à Paris. Il y a les touristes, coincés aussi. Et, plus inattendu, des montagnes de fleurs, impossibles à exporter. 

L’industrie horticole, une des principales sources de devises du Kenya, avec le tourisme et le café, est particulièrement touchée par les conséquences de l’éruption volcanique en Islande. Faute d’avions susceptibles d’atterrir en Europe, le secteur perd en moyenne 231 millions de shillings (2,26 millions d’euros) par jour depuis le début de la crise, selon le quotidien Daily Nation.

Le responsable du secteur ne cache pas son angoisse: « Nous avons traversé la sécheresse, El Nino, les violences post-électorales mais nous n’avons jamais rien vu de pareil ». Mille tonnes de produits frais (des roses coupées aux haricots verts) sont expédiées chaque jour pour alimenter le marché européen. Une partie a pu être stockée dans les chambres froides, mais la plupart des fleurs coupées en fin de semaine dernière ont fini au compost. Un coup dur pour les horticulteurs, en particulier les plus petits.

Lunatic Express (1)

17 avril 2010

Il y a quelques jours, j’ai visité le Railway museum de Nairobi. Situé tout près de la gare centrale, il vaut vraiment le déplacement, pour ses vieilles locomotives d’abord,  mais aussi et surtout parce qu’il témoigne de l’incroyable épopée que fut la construction de la ligne Mombasa-Ouganda.

 

 

La construction débute à la toute fin du 19e, en 1896. Pour la Grande-Bretagne, puissance coloniale, il s’agit avant tout de désenclaver l’Ouganda pour pouvoir exploiter ses richesses, minières notamment. Une voie ferrée vers le port de Mombasa apparaît comme la solution idéale. Mais le tracé est long, semé d’obstacles, l’investissement pharonique: le projet se heurte donc à l’hostilité de plusieurs députés britanniques. L’un d’eux le qualifiera de « Lunatic line » (ligne insensée), dans un poème satirique:

« What is the use of it, none can conjecture,

What it will carry, there’s none can define,

And in spite of George Curzon’s* superior lecture,

It is clearly naught but a lunatic line. »

* le ministre des Affaires étrangères de l’époque

Bien trouvée, l’expression fait flores, le train sera dès lors surnommé le « Lunatic Express ».

Qu’importe les critiques, le gouvernement passe outre. Pour construire la voie ferrée, il fait venir des travailleurs indiens, Sikhs pour la plupart, et adopte le standard déjà expérimenté en Inde, la voie d’un mètre de large. Aucune machine, tous les rails sont posés à la main.

Le coup d’envoi du chantier est donné à Mombasa fin mai. Et très vite un premier obstacle: il faut franchir le bras de mer qui sépare l’île de Mombasa de la terre ferme. Faute de matériaux adéquats,  huit mois seront nécessaires pour construire un pont temporaire. Un an après la pose du premier rail, seuls 36 kilomètres de voie ont été construits. Le chantier a pris un très gros retard.

Prochain épisode: les lions mangeurs-d’homme de Tsavo

Inondations

15 avril 2010

Depuis décembre dernier, il pleut beaucoup au Kenya même si on le ressent peu à Nairobi. Les précipitations de ces dernières semaines ne sont pas inhabituelles puisque nous sommes entrés dans la longue saison des pluies, les « Long rains », qui dure jusqu’en mai théoriquement. Mais elles sont plus fortes que d’habitude et surviennent après  des pluies exceptionnelles en décembre et janvier – le plein été chez nous. Bilan de ces mois d’averses, les inondations se multiplient dans certaines régions, ironiquement souvent celles qui ont le plus souffert de la sécheresse l’an dernier. Selon la Croix rouge kényane,  79 personnes ont été tuées et plus de 3.375 familles déplacées depuis le début de l’année, en raison des inondations qui ont détruit 16 ponts et des centaines d’habitations. Le bétail souffre aussi, des milliers de bêtes ont été décimées, une catastrophe pour les éleveurs déjà frappés par la sécheresse.

Kangas

11 avril 2010

Je vous ai déjà parlé des kikoys, ces tissus rayés multicolores portés par les pêcheurs de Lamu en guise de pagne. Lors de nos dernières vacances, j’ai découvert les kangas, imprimés bariolés aux motifs géométriques ou végétaux. Cette fois ce sont les femmes qui portent ces pièces de coton fin d’un mètre sur 1,50m, comme simples paréos ou cousus en vêtements. Beaucoup de stylistes les utilisent pour créer robes, jupes ou sacs à main. Ils font de magnifiques patchworks. Originaires des bords de l’Océan indien, les kangas sont désormais portés dans tout le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie.

Les kangas s’achètent toujours par paire, pour pouvoir assortir haut et bas. Ils peuvent être noués autour de la taille, enroulés sur la tête ou faire office de porte-bébé dans le dos. Ils sont composés d’une partie centrale entourée d’une bordure d’un autre motif dans les mêmes tons. Charme supplémentaire, ils portent toujours une inscription en swahili, en général un proverbe ou une maxime, le plus souvent édifiants. Petits exemples trouvés sur Wikipédia, à méditer ! (la traduction un peu approximative, réalisée à partir de l’anglais je vous rassure, est de moi)

  • Majivuno hayafai — L’avarice est néfaste
  • Mkipendana mambo huwa sawa — Tout est bien si vous vous aimez les uns les autres
  • Japo sipati tamaa sikati — Même si je ne possède rien, je n’ai pas abandonné mon désir d’obtenir ce que je veux
  • Wazazi ni dhahabu kuwatunza ni thawabu — Les parents sont en or; prendre soin d’eux est une bénédiction
  • Sisi sote abiria dereva ni Mungu — Nous sommes des passagers, Dieu est le conducteur  
  • Mwanamke mazingira tuanataka, usawa, amani, maendelo — Nous (les femmes) voulons l’égalité, la paix et le progrès
  • Naogopa simba na meno yake siogopi mtu kwa maneno yake — Je crains un lion et ses dents puissantes mais pas un homme et ses mots

Victoire !

8 avril 2010

Quelques photos…

4 avril 2010

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Pour répondre à la demande générale (de Céline), voici quelques photos de notre séjour sur la côte. Des plages de  Watamu au Fort Jésus et aux vieilles rues de Mombasa en passant par les ruines de Gedi (ou Gede c’est selon). Vous avez le choix entre le diaporama ci dessus ou les photos à la carte (ci-dessous). C’est que je deviens une reine de la technique, moi !

De ce séjour, nous retiendrons particulièrement la magie des ruines de Gedi, perdues dans une forêt de baobabs géants peuplés de singes vervets mais aussi l’atmosphère nonchalante de Mombasa, dont nous avons brièvement visité la vieille ville sous la houlette d’Abdallah, jeune guide en cours de formation. Mais la moiteur chaude des rives de l’Océan indien est bien derrière nous. Il fait presque frisquet depuis notre retour à Nairobi et il pleut beaucoup, surtout la nuit.