Mamies karatéka

Je manque à tous mes devoirs… Cela fait quinze jours que je veux partager avec vous ce beau papier signé Boris. Il a fallu qu’une amie de Nairobi me l’envoie par hasard pour que j’y pense. Entre temps, l’article a fait le tour de la toile, l’amie qui me l’a envoyé l’avait reçu d’une connaissance à Londres !

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   Les mamies karatéka font de la résistance dans le bidonville de Korogocho (MAGAZINE)
   Par Boris BACHORZ
   =(PHOTO+VIDEO)=
  
   KOROGOCHO (Kenya), 17 fév 2010 (AFP) – A 60, 80, voire 100 ans, elles apprennent à frapper des poings, du pied, de la canne: les grands-mères de Korogocho répètent chaque semaine des rudiments d’arts martiaux pour survivre dans l’un des bidonvilles les plus dangereux du Kenya.
   Elles sont ce jour-là une vingtaine en cercle sur le tatami, pieds nus, robe large et fichu sur la tête, à entourer et encourager l’une des leurs qui frappe résolument un sac de boxe en hurlant « nooooooo ! ».
   La puissance des coups laisse à désirer, mais à en croire leur professeur bénévole, Sheila Kariuki, 29 ans, c’est secondaire. « Ce n’est pas la peine de frapper fort pour être précis. La précision, tout est là », explique-t-elle à ses élèves.
   Et de désigner les parties vulnérables du jeune homme qui sert ce jour là de cobaye: le nez, le menton, le genou, les clavicules, les parties génitales.
   Autant de points faibles du violeur potentiel que toutes redoutent. Le groupe d’autodéfense s’est formé en 2007, face aux bandes de jeunes voleurs de Korogocho qui jetaient leur dévolu sexuel sur des femmes qui avaient trois ou quatre fois leur âge.
   « A chaque fois que ces jeunes gars ont fait un mauvais coup, ils demandent aux shoshos (grands-mères en langue kikuyu, l’ethnie dominante à Korogocho) de dormir avec eux. Ils croient que les jeunes filles d’ici sont toutes infectées par le sida, et ils préfèrent les vieilles car ils savent que nous n’avons plus de partenaires », explique Mary Wangui, 73 ans, l’une des plus anciennes élèves, devenue à son tour professeur.
   A une dizaine de km à peine du centre de la capitale Nairobi, Korogocho, avec ses quelque 155.000 habitants entassés sur 1,5 km2, est l’un des bidonvilles les plus surpeuplés du Kenya, et des plus dangereux.
   La grande majorité des jeunes survivent en récupérant ce qu’ils peuvent dans la décharge géante voisine de Dandora. L’insécurité est telle qu’une sortie en plein jour dans une rue principale, pour faire la queue à un point d’eau, est un risque qu’il faut calculer.
   Mais dans cet univers de pierres ocres et de tôles, brûlé par le soleil en l’absence de toute végétation, le tatami de l’association « Rayons d’espoir et de paix » apparaît comme un havre de paix et d’optimisme.
   Un treillis protège du soleil, les tôles ont été repeintes dans des couleurs vives, les élèves du troisième âge s’encouragent et s’applaudissent mutuellement. « Hakuna matata » (aucun souci), ose même un slogan peint sur un mur.
   La vedette du groupe est sans conteste Gladys Wanjiku, qui estime « avoir environ 100 ans », ce qui paraît stupéfiant quand on la voit frapper les sacs d’entraînement de coups mesurés mais assurés.
   Si un homme mal intentionné s’approche, « je le frapperai » assure-t-elle en souriant. Et en attendant, « je me sens tellement mieux, et je sens mon corps si léger après l’entraînement », se félicite-t-elle.
   Formée par une Américaine qui lui a inculqué les notions d’autodéfense mises au point par les féministes aux Etats-Unis depuis les années 70, Sheila Kariuki transmet à ses élèves « un mélange de karaté, de kung-fu et de taekwondo ».
   Sans illusion sur les effectifs de la police censée les protéger, cette  mère d’un enfant initie également ses aînées à des techniques de négociations et de maîtrise de la peur. « Je leur apprends à hurler, qui est le contraire de crier. Quand on hurle, on garde le contrôle de la situation, on reste calme. On dit au monde qu’on n’aime pas ce que ces jeunes types nous font et on leur dit d’arrêter ».
   bb/fal/amc

 

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4 Réponses to “Mamies karatéka”

  1. yibus Says:

    Beau papier, indeed.
    (Et toutes ces initiales, en bas du texte, qui me font penser au cadre noir des photos non retouchées de Cartier-Bresson… La dépêche AFP dans son jus).

  2. frederique Says:

    Cette dépêche m’avait échappée, c’est chouette de la mettre sur le blog. D’autant qu’elle a inspiré des collègues de Boris puisque j’ai lu un papier semblable dans je ne sais plus quel canard la semaine dernière. Bravo Boris!

  3. virginie Says:

    A couper le souffle!

  4. Anne B Says:

    Hurler c’est rester calme. Alors là je suis vachement calme avec les enfants entre 17 et 20H le soir. Je dois vite prendre des cours…

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