Archive for mars 2010

Watamu

31 mars 2010

Je n’écris plus depuis quelques jours car nous avons quitté Nairobi samedi dernier pour une semaine de vacances. Direction la côte de l’Océan indien, ses plages de sable blanc et ses cocotiers. C’est notre deuxième séjour dans cette région, après notre escapade à Lamu en décembre. Cette fois nous avons choisi la station balnéaire de Watamu, à une vingtaine de kilomètres au sud de Malindi (CF carte). Le coin est censé être un peu moins touristique que Mombassa, il l’est quand même mais la région est belle. Malindi, où nous avons fait un saut lundi, a été surnommée la petite Italie car elle est prise d’assaut par nos voisins transalpins. On y trouve pizzas et gelati à gogo et des beach boys qui interpellent le touriste en italien, ce qui surprend un peu au début.

Passage obligé de Malindi: le Pilier de Vasco de Gama, pyramide blanche érigée en 1498 par le navigateur qui a fait étape dans ce port avant sa traversée vers l’Inde. Ces voyages, ces échanges et l’héritage qu’ils ont laissé, c’est l’aspect le plus intéressant de cette région côtière.

Autre témoignage passionnant de cette période, la ville ancienne de Gedi à quelques kilomètres à l’intérieur des terres. Elle a été fondée au XIVe siècle par des Arabes venus d’Oman, et plus de 3.000 personnes y vivaient avant son abandon, trois ou quatre siècles plus tard pour des raisons encore obscures (manque d’eau, épidémie, attaques par des tribus somaliennes…). Maisons et mosquées (la ville en comptait six !) sont encore parfaitement visibles, même si de nombreux pans de murs se sont écroulés. Elles ont été construites avec des coraux. Les archéologues y ont découvert moult objets témoignant de la nature cosmopolite de la région: des ciseaux espagnols, une lampe à huile indienne, des porcelaines chinoises… On peut les admirer dans un petit musée sur place.

Watamu est aussi célèbre pour son parc marin, que nous avons visité mercredi. Malheureusement les fonds ont souffert du tsunami, beaucoup de coraux ont été détruits.

Kesho Amahoro (la paix demain)

25 mars 2010

Une comédie musicale autour du génocide rwandais, je n’imaginais pas cela possible. Pourtant deux profs de musique de l’école de Clara ont osé. La première, Mrs J, avait travaillé en 94-95 dans un camp de réfugiés rwandais à la frontière de la Tanzanie. Quinze ans après, elle a raconté l’histoire des enfants de ce camp, traumatisés par ce qu’ils avaient vécu, déchirés de ne pas connaître le sort de leurs parents mais qui retrouvent doucement le goût de vivre. Sujet on ne peut plus casse gueule mais traité avec pudeur et justesse, sans une ombre de mièvrerie, sans doute parce que l’auteur a accompagné les enfants dans cette période terrible.

Dans « Kesho Amahoro » c’est comme dans la vraie vie ou presque: les ONG prennent parfois des initiatives désastreuses (séparer les fratries pour faciliter l’accueil des enfants), les enfants sont souvent durs entre eux et les adultes lâches par moment. Les chansons, paroles et musiques, ont été composées par une autre professeur de musique de l’école, Ms R, pianiste émérite à la voix d’or. La mise en scène, les décors, les costumes ont été réalisés par les enfants et les professeurs de Braeburn. Deux mois de labeur et de répétitions à un rythme acharné et, à l’arrivée, un spectacle impressionnant: plus de 100 enfants (de 10 à 13 ans) y ont participé, sur scène ou dans l’orchestre (dont Clara qui s’en est sortie comme un chef à la clarinette et ce pendant trois soirs de suite !).

Ce type de spectacle n’étant guère fréquent à Nairobi, le patron des ONG qui travaillaient dans ce camp de réfugiés et l’ambassadeur du Rwanda ont fait le déplacement ainsi que plusieurs journalistes Kényans. Je ne vous engagerai toutefois pas cette fois à courir le voir à Paris, il n’y passera jamais, ni ailleurs, mais dans une semaine j’aurai le DVD. Avis aux amateurs !

Kibera

21 mars 2010

Je viens de vivre une expérience difficile à raconter: une visite dans le bidonville de Kibera. Nombre d’entre vous ont certainement déjà été confrontés à la très grande pauvreté, mais moi c’était la première fois et il m’a fallu quelques jours pour digérer le flot d’émotions qu’une telle expérience suscite. Nous étions quatre – deux Françaises, une Belge et une Italienne, à nous laisser guider par Cartoon, un jeune musicien Kényan qui a grandi dans Kibera. Sa philosophie: ne pas s’appesantir sur la misère des habitants, les bicoques en tôles, les égouts à ciel ouvert mais montrer le Kibera qui vit, qui agit, qui crée.

Avant même la visite, un dilemme: prendre ou ne pas prendre de photos, pour tenter de témoigner, en espérant éviter l’écueil du voyeurisme ? Le hasard a tranché pour moi: imposible de remettre la main sur mon appareil le matin de la visite. Mais je l’ai regretté tant parfois il faut voir pour croire. La photo qui illustre ce poste n’est donc pas de moi.

Le rendez-vous était fixé sur un parking de supermarché. Nous y avons retrouvé Cartoon, volubile et souriant sous sa coiffure rasta, et son frère aîné John, tout son contraire, discret jusqu’à l’effacement. Nous avons embarqué à l’arrière d’un matatu qui jouait du reggae à fond. Direction Kibera, en plein coeur de Nairobi, à 10 minutes à peine de l’opulent centre commercial où nous avions laissé nos voitures.

Dès notre arrivée, j’entend des voix d’enfants provenant d’une sorte de cabane en tôles. Je jette un oeil et oui c’est bien une « école ». avec trois classes, selon les âges, bâties côte à côte. Quelques planches de bois font office de bureaux et d’autres de bancs. Une minuscule fenêtre permet d’éclairer un peu la pièce.

Si l’enseignement primaire est officiellement gratuit depuis 2003 au Kenya, les familles les plus pauvres n’envoient toujours pas leurs enfants à l’école: il faut payer l’uniforme, les livres et même quelquefois un salaire aux professeurs !  D’où ces mini structures qui enseignent quelques rudiments de kiswahili et d’anglais aux enfants les plus démunis. Après une distribution de bonbons judicieusement apportés par Cartoon, nous nous enfonçons un peu plus dans les ruelles boueuses et jonchées de déchets, souvent de plastique. Partout les habitants interpellent notre guide, « Hey Cartoon, hey Rasta Man » tandis que les enfants nous lancent des « How’re you doing » retentissants. Tous mettent un point d’honneur à nous serrer la main mais aucun ne réclame quoi que ce soit… Ni argent ni bonbon ni stylo, rien.

Après avoir traversé une tranchée pestilentielle (les latrines publiques sont rares et payantes !), nous arrivons dans le domaine de Célestine, animatrice d’une association de jeunesse. Objectif: monter une troupe d’acrobates avec des adolescents du bidonville. La troupe qui compte une soixantaine de membres plus ou moins assidus se produit dans des fêtes mais aussi régulièrement dans les rues de Kibera.

Cartoon nous entraîne ensuite dans un atelier de fabrication de perles et d’objets en os de vache. Les os sont récupérés dans des abattoirs, découpés, polis, teintés en noir et le résultat est vraiment joli. Tout au long des ruelles que nous parcourons, des échoppes vendent de tout.: légumes, maïs, haricots, épicerie, quincaillerie… Beaucoup des centaines de milliers d’habitants (les estimations varient de 200.000 à 1 million) ne sortent quasiment jamais de Kibera, sauf pour chercher du travail ou acheter des produits qu’ils revendent dans le bidonville.

Béatrice par exemple, que nous a présentée Cartoon, vend du maïs. Elle gagne 50 shillings (moins de 50 centimes d’euros) par jour mais doit payer 500 shillings de loyer par mois (difficile à croire mais ces masures aux murs de torchis et toit de tôles sont LOUEES par des propriétaires)  et 350 de facture d’électricité pour l’unique ampoule qui l’éclaire.  Bref elle survit et elle a éclaté de rire quand on lui a demandé si elle mangeait parfois de la viande. La réponse est non, jamais.

Nous avons terminé notre périple par la visite d’un atelier d’artistes peintres. L’occasion de rencontrer le célèbre Solo 7 (il est né un 7 juillet), un peintre qui s’est illustré lors des émeutes meutrières d’il y a deux ans. Alors que Kibera était à feu et à sang, il a pris son pinceau et s’est mis à peindre des « Keep peace » ou « Peace wanted alive » dans tous les recoins du bidonville. Cinq mille messages de paix peints en blancs sur les tôles rouillées, dont la plupart sont toujours visibles. 

Que retire-t-on d’une telle visite ? Avant tout une immense admiration pour tous ces Kényans qui se battent, qui inventent des solutions, qui militent pour la paix. Mais aussi une grande colère devant une misère qui perdure depuis 50 ans malgré l’aide internationale, malgré les belles paroles des politiques. La politique parlons-en. Le député de la circonscription dans laquelle se trouve Kibera n’est autre que Raila Odinga, l’actuel Premier ministre. Qu’un homme au sommet du pouvoir depuis des années ne soit même pas parvenu à faire installer le tout-à-l’égout à Kibera n’est pas compréhensible. Ou ne l’est que trop: « la pauvreté arrange les politiques, m’a confié Peter notre chauffeur de taxi attitré, les pauvres sont plus facilement manipulables ».

Un an !

17 mars 2010

Ca y est Noé a soufflé sa première bougie. Malgré l’absence de ses grands-parents, oncles et tantes, cousins et cousines,  il était bien entouré par des amies rencontrées ici, pleins d’enfants et Célestine bien sûr. On s’est installé sur la grande pelouse de la résidence pour déballer ses cadeaux – aussi grands que lui ! La recherche du camion-à roulettes-idéal m’a pris pas mal de temps. Ici, il y a soit des jouets costauds de marque américaines ou anglaises importés à prix d’or, soit des jouets chinois aussi fragiles que bon marché. J’ai écumé tous les magasins de jouets et supermarchés de Nairobi avant de trouver mon bonheur. Noé a eu l’air d’apprécier, jugez plutôt: (comme d’habitude, il faut cliquer sur les petites photos pour les agrandir).

Soul Boy

14 mars 2010

Une petite pépite passe au cinéma en ce moment à Nairobi: Soul Boy, un moyen métrage d’une heure tourné à Kibera, le plus grand bidonville de Nairobi, et l’un des plus gros d’Afrique.

 
C’est un conte initiatique, qui mêle légendes africaines et vie quotidienne dans un bidonville, sur fond d’insécurité et d’antagonisme entre les ethnies. Le héros, un adolescent de Kibera, doit accomplir sept tâches pour rendre à son père son âme qui lui a été ravie par une « nyawawa », un esprit féminin maléfique. Sauver un pécheur sans le juger, payer une dette sans voler, affronter sa plus grande peur… autant de défis à priori impossibles pour un jeune garçon qui vit dans un tel dénuement. Et pourtant…

Outre sa réussite artistique, ce film a une belle histoire. Il est le fruit d’un atelier de cinéma lancé par deux organisations non gouvernementales, la Britannique Anno’s Africa et l’Allemande One fine day, qui proposent des initiatives culturelles aux jeunes kényans des bidonvilles.
Il a été co-réalisé par une jeune Ghanéenne qui vit au Kenya, Hawa Essuman, et le cinéaste allemand Tom Tykwer, l’auteur de « Run Lola Run ». Tous les acteurs sont des habitants de Kibera.
 

Présenté aux festivals de Berlin, Rotterdam (Pays-Bas) et Goteborg (Suède), le film commence à se tailler un joli succès à Nairobi malgré une diffusion très restreinte pour l’instant: il passe dans une unique salle et pour une seule séance par jour ! Mais il nous a tellement plu que nous espérons bien arriver à le faire connaître plus largement. Boris a déjà écrit à l’école des enfants pour leur proposer d’organiser une projection. A suivre donc… Et si par miracle il passait à Paris, précipitez-vous !

 
 

Les lauréats

10 mars 2010

La semaine dernière, les lycéens ont fait la fête pour célébrer les résultats du baccalauréat local : le KCSE (Kenya certificate of secondary education). L’examen, qui dure plusieurs semaines, a lieu en fin d’année mais il faut environ trois mois aux correcteurs pour rendre leur verdict. C’est un moment important au Kenya. Le ministre de l’Education tient une conférence de presse pour l’occasion et les résultats font la une de tous les journaux, à la télévision comme en presse écrite. Au delà du succès de tel ou tel (les meilleurs lycéens ont droit à leur photo dans le journal), ces résultats permettent de dresser une sorte d’état des lieux intéressant.

Quelques statistiques d’abord: quelque 337.000 élèves se sont présentés à l’épreuve, un chiffre en hausse de 10% par rapport à l’année précédente. Sur ce total, plus de 80.000 ont obtenu au moins la note C+, minimum requis pour entrer à l’université, soit 25% d’augmentation sur un an.

Cette progression impressionnante ne doit rien au hasard. Le Kenya a fait de gros efforts en matière d’éducation. L’éducation primaire y est gratuite depuis 2003 comme dans plusieurs pays voisins (dont la Tanzanie). Du coup 80% des enfants de cette classe d’âge sont scolarisés. Le nombre d’écoles, primaires et secondaires, a explosé. Revers de la médaille tout de même, par manque de professeurs et de moyens budgétaires, les classes sont surchargées dans les écoles publiques: jusqu’à 60 élèves quelquefois. Difficile d’apprendre dans ces conditions. Beaucoup de parents, comme Célestine, font donc le choix de l’école privée pour assurer une meilleure éducation à leurs enfants. La gratuité est par ailleurs relative puisqu’il faut acheter l’uniforme, le matériel scolaire et même les livres parfois. Mais  les progrès sont là.  

Autre observation, les filles restent à la traîne, ce qu’à déploré le ministre de l’Education. Cette année par exemple, aucune candidate au KCSE n’est parvenue à se hisser dans les dix premières places et elles ne sont que 27 parmi les cent meilleurs. Pourquoi ? D’abord parce qu’elles sont moins nombreuses que les garçons à passer l’examen (45%), ensuite parce que beaucoup sont enceintes lors des épreuves (115 lycéennes ont planché dans des maternités). En la matière, les écarts entre les régions sont énormes. Si la parité est presque atteinte dans le Centre et l’ouest du Kenya, dans le Nord-Est, seuls 3 candidats sur 10 sont des filles. En cause, « des pratiques rétrogrades, comme les mariages précoces », épingle le quotidien Nation.

L’une d’elle a toutefois sauvé l’honneur cette année et de belle manière: Njung’e Grace Wambui, 18 ans, arrivée 11e au classement national. Elevée par une mère célibataire dans le bidonville de Dandora (vous savez celui de la  décharge), repérée pour ses bons résultats scolaires à l’école primaire, elle a bénéficié d’une bourse d’une organisation non gouvernementale pour aller au lycée. Prochaine étape: l’Université !

Olympe

6 mars 2010

Vendredi, nous étions de sortie Boris, Noé et moi pour aller admirer Joseph sur scène. Chaque semaine dans son école, une classe monte un petit spectacle. La représentation devant les autres élèves de l’école a lieu lors de l' »Assembly », réunion hebdomadaire où sont annoncées les nouvelles importantes. Chaque Assembly débute par l’hymne national kenyan, chanté par tous les élèves, debout.

Le thème du spectacle était les Dieux grecs, ce qui nous a permis de réviser nos classiques. Joseph jouait Arès, le Dieu de la guerre (j’avais oublié), secrètement amoureux d’Aphrodite, épouse d’Héphaïstos (Dieu du feu et des métaux, j’avais oublié aussi ) . Ses quelques lignes de texte étaient plutôt ardues. Il devait notamment traiter son rival de « Ugly wrinkled face Hephaestus » ! Son grand copain Laurent jouait Zeus et arborait une barbe impressionnante (merci la maîtresse qui s’est donné un mal de chien pour leur bricoler à tous de super costumes). La représentation s’est achevée par un sirtaki endiablé, cocasse anachronisme. La maîtresse qui menait la danse depuis le fond de la salle avait l’air très très contente que ce soit terminé. Je pense qu’elle a du apprécier son week-end !

Mamies karatéka

3 mars 2010

Je manque à tous mes devoirs… Cela fait quinze jours que je veux partager avec vous ce beau papier signé Boris. Il a fallu qu’une amie de Nairobi me l’envoie par hasard pour que j’y pense. Entre temps, l’article a fait le tour de la toile, l’amie qui me l’a envoyé l’avait reçu d’une connaissance à Londres !

Kenya-social-violences,PREV
   Les mamies karatéka font de la résistance dans le bidonville de Korogocho (MAGAZINE)
   Par Boris BACHORZ
   =(PHOTO+VIDEO)=
  
   KOROGOCHO (Kenya), 17 fév 2010 (AFP) – A 60, 80, voire 100 ans, elles apprennent à frapper des poings, du pied, de la canne: les grands-mères de Korogocho répètent chaque semaine des rudiments d’arts martiaux pour survivre dans l’un des bidonvilles les plus dangereux du Kenya.
   Elles sont ce jour-là une vingtaine en cercle sur le tatami, pieds nus, robe large et fichu sur la tête, à entourer et encourager l’une des leurs qui frappe résolument un sac de boxe en hurlant « nooooooo ! ».
   La puissance des coups laisse à désirer, mais à en croire leur professeur bénévole, Sheila Kariuki, 29 ans, c’est secondaire. « Ce n’est pas la peine de frapper fort pour être précis. La précision, tout est là », explique-t-elle à ses élèves.
   Et de désigner les parties vulnérables du jeune homme qui sert ce jour là de cobaye: le nez, le menton, le genou, les clavicules, les parties génitales.
   Autant de points faibles du violeur potentiel que toutes redoutent. Le groupe d’autodéfense s’est formé en 2007, face aux bandes de jeunes voleurs de Korogocho qui jetaient leur dévolu sexuel sur des femmes qui avaient trois ou quatre fois leur âge.
   « A chaque fois que ces jeunes gars ont fait un mauvais coup, ils demandent aux shoshos (grands-mères en langue kikuyu, l’ethnie dominante à Korogocho) de dormir avec eux. Ils croient que les jeunes filles d’ici sont toutes infectées par le sida, et ils préfèrent les vieilles car ils savent que nous n’avons plus de partenaires », explique Mary Wangui, 73 ans, l’une des plus anciennes élèves, devenue à son tour professeur.
   A une dizaine de km à peine du centre de la capitale Nairobi, Korogocho, avec ses quelque 155.000 habitants entassés sur 1,5 km2, est l’un des bidonvilles les plus surpeuplés du Kenya, et des plus dangereux.
   La grande majorité des jeunes survivent en récupérant ce qu’ils peuvent dans la décharge géante voisine de Dandora. L’insécurité est telle qu’une sortie en plein jour dans une rue principale, pour faire la queue à un point d’eau, est un risque qu’il faut calculer.
   Mais dans cet univers de pierres ocres et de tôles, brûlé par le soleil en l’absence de toute végétation, le tatami de l’association « Rayons d’espoir et de paix » apparaît comme un havre de paix et d’optimisme.
   Un treillis protège du soleil, les tôles ont été repeintes dans des couleurs vives, les élèves du troisième âge s’encouragent et s’applaudissent mutuellement. « Hakuna matata » (aucun souci), ose même un slogan peint sur un mur.
   La vedette du groupe est sans conteste Gladys Wanjiku, qui estime « avoir environ 100 ans », ce qui paraît stupéfiant quand on la voit frapper les sacs d’entraînement de coups mesurés mais assurés.
   Si un homme mal intentionné s’approche, « je le frapperai » assure-t-elle en souriant. Et en attendant, « je me sens tellement mieux, et je sens mon corps si léger après l’entraînement », se félicite-t-elle.
   Formée par une Américaine qui lui a inculqué les notions d’autodéfense mises au point par les féministes aux Etats-Unis depuis les années 70, Sheila Kariuki transmet à ses élèves « un mélange de karaté, de kung-fu et de taekwondo ».
   Sans illusion sur les effectifs de la police censée les protéger, cette  mère d’un enfant initie également ses aînées à des techniques de négociations et de maîtrise de la peur. « Je leur apprends à hurler, qui est le contraire de crier. Quand on hurle, on garde le contrôle de la situation, on reste calme. On dit au monde qu’on n’aime pas ce que ces jeunes types nous font et on leur dit d’arrêter ».
   bb/fal/amc

 

Bal des hypocrites

2 mars 2010

L'accord de 2008, vu par le dessinateur Gado, déjà sceptique...

Le 28 février, les Kényans ont célébré le deuxième anniversaire de leur gouvernement de coalition. Sortie de crise négociée sous l’égide de Kofi Annan, ce gouvernement devait sceller la réconciliation entre le Président Mwai Kibaki, dont la réélection contestée s’est soldée par de sanglantes violences, et son opposant Raila Odinga, devenu Premier ministre. L’accord  a permis de mettre fin à des affrontements interethniques qui ont fait 1.500 morts et des centaines de milliers de déplacés. Deux ans après, il a été dûment célébré par les principaux intéressés, qui se sont autocongratulés de manière un peu surprenante sur leur sage décision de l’époque.

Mais que d’hypocrisie dans cette cérémonie, se révoltait ce matin l’éditorialiste du Nation ! Il y a une semaine à peine, le Président et son Premier ministre étaient à couteaux tirés autour du sort de deux ministres soupçonnés de corruption. Suspendus par Odinga, ils ont été immédiatement rétablis dans leurs fonctions par le Président Kibaki, ce qui a entraîné une crise gouvernementale. Les deux hommes ne manquent pas une occasion de se tirer dans les pattes et n’ont qu’une obsession: les prochaines élections de 2012, déplorait à juste titre l’éditorialiste. La coalition était censée résoudre les graves difficultés du pays mais les réformes nécessaires sont loin d’être engagées.

Deux ans après les émeutes, les déplacés n’ont toujours pas été relogés, la question de la redistribution des terres n’a pas été abordée, les tribus sont plus divisées que jamais et la corruption reste un mal endémique.

Conclusion: Les Kényans n’ont pas les hommes (ou femmes) politiques qu’ils méritent, regrettait récemment un diplomate européen.