Archive for décembre 2009

Corruption

25 décembre 2009

 

La corruption, c’est une des plaies du Kenya. Le pays n’a pas bonne presse en la matière. Il pointe à la 146e place (sur 180) dans la liste des pays perçus comme les plus corrompus dressée par l’organisation Transparency international. Ce qui veut dire que seuls 37 pays sont jugés plus corrompus que le Kenya ! Depuis notre arrivée, nous n’avons jamais été confrontés directement à la corruption, mais, apparemment, elle est partout: pour accélérer une procédure, obtenir un document officiel, s’octroyer les bonnes grâces d’un policier…

Et si une législation anti-corruption existe depuis longtemps, il a fallu attendre 2003 pour qu’une commission  (la KACC, Kenyan anti-corruption commission), chargée de la mettre en oeuvre, voie le jour. Elle a son site internet, où l’on peut dénoncer anonymement des faits de corruption, et a lancé quelques affaires, mais son bilan est jugé trop maigre au vu de l’ampleur de la tâche. Un bouquin récent (« It’s our turn to eat », de l’anglaise Michaela Wrong) en parle très bien (selon Boris qui l’a lu). Il raconte l’histoire de John Githongo, l’ancien conseiller anti-corruption du président Mwaï Kibaki, qui a fini par se réfugier en Grande-Bretagne, estimant sa sécurité menacée. Le livre donne des noms de personnalité corrompues dans les plus hautes sphères du pouvoir. Du coup,  il est quasi introuvable dans les librairies kenyanes, en raison des risques encourus. Mais il circule sur internet.


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Bougainvillées et bidonvilles

22 décembre 2009

Acacia, bougainvillée: non non mon blog ne vire pas au précis de botanique (même si Boris souhaitait que je vous parle des baobabs). Mais comment ne pas évoquer les bougainvillées ? Ici, ils sont partout, dégringolent des murs, colonisent le moindre talus. Cette photo, je l’ai prise peu après notre arrivée dans Mzima Springs, une de mes rues préférées dans les quartiers résidentiels. C’était la fin août, il faisait gris et frisquet, et ces buissons colorés égayaient la ville.

Pas question cependant de faire l’impasse sur un autre mot en B, malheureusement d’actualité ici, celui de bidonville. Des bidonvilles, il y en a plusieurs à Nairobi. En fait, la ville en est cernée. Le plus gros est celui de Kibera, avec environ un million d’habitants. Il dispute à Soweto le triste titre de plus grand bidonville d’Afrique. Je l’ai traversé une fois en voiture et suis restée bouche bée. C’est une véritable ville, avec des boutiques en tout genre (boucher, coiffeur, téléphonie…) installées entre quatre murs de torchis et sous un toit de tôle, peuplée d’habitants d’une extrême pauvreté. La moitié de la population kényane vit sous le seuil de pauvreté, et le pays est l’un de ceux où le fossé entre riches et pauvres est le plus important. Je ne fais que survoler ces sujets cette fois-ci mais ils méritent qu’on s’y arrête plus longuement. Je vous en reparlerai.

A comme….

19 décembre 2009

Je n’en suis qu’au A que déjà un premier dilemme m’assaille. A comme acacia, ces grands beaux arbres que l’on voit partout ici, ou A comme askari, ces gardes de sécurité peut-être encore plus nombreux à Nairobi ? Bon allez, comme c’est le premier post de la série, je vais voir grand, ce sera acacia ET askari, même si les deux n’ont rien à voir.

 

Un acacia devant notre maison

 

Acacia: le nom, je le découvre comme vous, vient de « akis » qui signifie épine, pointe en grec. Ses branches sont en effet hérissées de longues épines, idéales pour ériger d’efficaces barrières autour des champs ou des villages. Au Kenya et dans plusieurs pays d’Afrique on le surnomme aussi « Fever tree » (l’arbre à fièvre). Ce nom vient des voyageurs qui s’arrêtaient sous ses branches, accueillantes avec leur forme en parasol. Certains devenaient rapidement fiévreux et lui en ont attribué la responsabilité, alors que c’est la zone humide dans laquelle il est implanté qui favorise les moustiques, parfois porteurs de malaria…

L’acacia est précieux dans les régions semi-arides. Il fournit de l’ombre aux hommes et aux animaux, mais aussi du combustible pour les feux. Et il fait le régal des girafes, qui rongent impitoyablement son écorce, ne laissant que de longues traînées rougeâtres sur son beau tronc vert-jaune.

Quant à l’askari, c’est un homme indispensable ici à Nairobi. Dans les quartiers résidentiels, ils sont partout, ces agents de sécurité sanglés dans leur uniforme bleu marine. Ils veillent à la sécurité des maisons et résidences les plus prospères de la ville. Comme en Afrique du sud, la criminalité est un des gros points noirs de Nairobi, et le business de la sécurité y est florissant. Chez nous par exemple, deux gardes sont présents pendant la journée, où leur travail consiste essentiellement à ouvrir et fermer la grille de l’entrée. La nuit, ils sont plus nombreux et font des rondes régulières dans la résidence, pour s’assurer qu’aucun intrus ne s’y aventure. Et pour vérifier qu’ils ne passent pas la moitié de la nuit à ronfler dans un coin, le propriétaire du lieu leur a imposé de presser des petits boutons disséminés ici et là, toutes les 15 minutes, selon un itinéraire précis. On entend donc de temps à autre de petits « bips » pendant notre sommeil.

Petit intermède culturel: selon wikipedia, le mot askari est d’origine arabe, turc (asker), somali, perse et swahili  et signifie « soldat » (arabe : عسكري ‘askarī). Autrefois, le terme était couramment employé afin de désigner les troupes indigènes des empires coloniaux européens en Afrique de l’Est et au Moyen-Orient.

Le Kenya de A à Z

18 décembre 2009

C’est ma petite série estivale à moi (et oui, au Kenya, c’est l’été qui commence !). Puisque nous avons eu l’idée, assez saugrenue finalement, de quitter Nairobi et son climat de rêve pour venir geler en France à Noël, j’ai décidé de vous préparer quelques posts intemporels pour que le blog continue de vivre pendant ces vacances. Des mots piochés ici ou là, en français, en anglais ou en swahili, dans l’ordre ou pas, selon l’humeur … De Askari à Zèbre, en passant par Corruption ou Tusker, j’espère continuer à vous faire découvrir le Kenya, sous tous ses aspects, plus ou moins flatteurs. Je compte sur votre assiduité, entre deux tartines de foie gras, même si le rythme sera estival, donc aléatoire !

Paris

17 décembre 2009

Après les 40°C à l’ombre de Lamu et des températures à peine plus fraîches à Nairobi, nous voici soudainement plongés dans l’hiver, le vrai. Quand je suis arrivée hier à Paris avec les enfants, pour trois semaines de vacances, le thermomètre flirtait avec les moins 4 degrés. D’où un petit choc thermique. Et si nous ne nous sommes absentés que quatre mois, notre regard sur la France a déjà changé. « C’est incroyable comme la route est plate ! », s’est exclamée une Clara désormais rodée aux pistes souvent défoncées de Nairobi, alors que nous nous engagions sur l’autoroute.  « Et il n’y a pas de terre sur les côtés », s’est étonné Joseph. Et tous deux de s’émerveiller qu’ici on puisse boire l’eau du robinet ! Quant à moi, je me sens un peu à l’étroit dans ce Paris tout en immeubles et dépourvu de verdure. Comble du dépaysement, nous avons découvert, ce matin en nous levant, un Paris tout blanc de neige. Et les enfants n’ont pas résisté longtemps à la tentation d’une bonne vieille bataille de boules de neige.

Lamu, toujours…

13 décembre 2009

Il m’aura fallu quelques jours de labeur (ah moi et la technique…), mais voici enfin nos photos de Lamu. Sont-elles fidèles au texte ? Plus ou moins évocatrices de l’atmosphère de cette île à la magie si particulière ? J’attends vos impressions…

PS: Vous pouvez agrandir les petites photos du bas en cliquant dessus

Lamu

10 décembre 2009

Nous voici de retour à Nairobi après quatre jours de vacances à Lamu, un archipel à l’est du Kenya, tout près de la frontière somalienne. Lamu, c’est à la fois le nom de l’archipel, de son île principale et de sa plus grande ville. C’est le haut lieu de ce que l’on appelle la culture swahilie, un fascinant métissage d’influences africaines, arabes et indiennes. Le résultat de décennies d’échanges et de commerce, de mariages aussi, entre les habitants de la région.

Notre avion à hélice s’est posé dimanche sur l’île de Manda, en face de celle de Lamu, dans un « aéroport », qui vaut à lui seul le déplacement. Une salle d’attente en plein air, sous un toit de chaume. Une boutique « duty free » qui vend du coca et quelques colliers de coquillages. Et un dhow, le bateau de pêche local, en guise de taxi. Aucune voiture sur ces îles. A quoi serviraient-elles dans ces labyrinthes de ruelles sinueuses, souvent ensablées. Non, à Lamu, le moyen de transport principal c’est l’âne. Il y en a partout, des ânes (et du crottin aussi a fort justement remarqué Joseph). Des ânes qui paressent à l’ombre, des ânes surchargés d’énormes sacs, des ânes montés par des gamins qui les font trotter à force coups de baguettes.  A Lamu, il y a un dicton: « L’homme qui ne possède pas d’âne est un âne ».

A part les ânes, il y a des bateaux: les dhow. Très beaux. De grandes barques de bois brut avec une voile triangulaire manoeuvrée à la main par un ou deux hommes, à la force des bras car aucune poulie ne vient leur faciliter la tâche. Nous avons fait plusieurs sorties en mer mais la plus pittoresque, je l’ai ratée. Pendant que je gardais Noé, Boris et les enfants sont partis pêcher avec des amis, sur le bateau d’un dénommé Sultan (!).  Ils ont vu des dauphins, des poissons volants et nous ont ramené plein de poissons, marinés et cuisinés par Sultan au feu de bois et qu’on a ensuite dégustés tous ensemble, sur la plage.

Nous étions logés à Shela, une petite ville proche de Lamu, mais plus tranquille et avec une très belle plage. Un de ces lieux rares, encore à l’écart des circuits touristiques, même si les peoples, eux, l’ont déjà repéré. Caroline de Monaco, Elie Chouraqui… sont des habitués. Au milieu des bicoques décaties, de belles maisons swahilies ont été somptueusement retapées par des étrangers séduits par le lieu.

Difficile d’expliquer à quoi tient le charme si particulier de ces îles. Les paysages ne sont pas d’une beauté incroyable. Les rues sont souvent sales. Les odeurs parfois pénibles. Il y fait une chaleur assez étouffante. Nous avions beau dormir à quelques dizaines de mètres de l’océan, pas un souffle d’air la nuit. Mais Lamu séduit par son originalité. C’est une terre d’islam dans un pays, le Kenya, majoritairement chrétien. On y entend le muezzin, plus ou moins mélancolique, selon l’orateur. Les femmes sont voilées de noir lorsqu’elles déambulent dans les rues.

Mardi, il y avait un mariage. Sur la place principale, nous avons pu assister à une sorte de danse dite des bâtons (Stick Danse), où les hommes font mines de s’affronter avec des grands bâtons de bois. Tout Shela était de la fête, mais les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. La plupart sont accueillants et chaleureux avec les visiteurs, auxquels les enfants lancent des « jambo » (bonjour en swahili) ou des « hello » retentissants.

Voilà pour mes impressions de Lamu. Et demain, si tout va bien, vous aurez les photos …

Constitution

5 décembre 2009

Une nouvelle Constitution, cela fait plus de 20 ans qu’on en parle au Kenya où le président est aujourd’hui tout puissant. Mais le choc provoqué par la crise politique et les violences qui ont suivi les élections de la fin 2007 a donné une nouvelle impulsion au projet. Fin novembre, les constitutionnalistes – locaux et étrangers – qui travaillaient depuis des mois sur le projet ont rendu leur copie. Et les Kényans se sont vu accorder 30 jours pour en débattre avant que le projet de constitution soit soumis au Parlement.

S’ils ont raté la version diffusée par les grands quotidiens nationaux, ils peuvent retirer un exemplaire du texte en présentant leur carte d’identité. En dépit du caractère ardu de la chose, beaucoup de Kényans s’y mettent vraiment. Et la presse fait de gros efforts de pédagogie en explicitant presque chaque jour un nouvel aspect du texte. Rôles du Président et du Premier ministre, pouvoirs du Parlement, création d’un Sénat, décentralisation: tout est examiné à la loupe. Les partis politiques sont les premiers intéressés et débattent non stop pour parvenir à un compromis sur les points les plus délicats.

La clé de la réforme est bien sûr de réquilibrer les pouvoirs entre Président et Premier ministre, en offrant à ce dernier un rôle plus actif dans la gestion du gouvernement. Selon le nouveau texte, il lui reviendra de nommer les ministres – vingt au maximum – et il pourra les choisir ailleurs qu’au Parlement, du jamais vu dans l’histoire du Kenya. Le président conservera lui le droit de nommer et de limoger les plus hauts fonctionnaires de l’Etat, mais ses décisions seront soumises à une approbation du Parlement dans certains cas.

Si un compromis finit par s’ébaucher, le projet sera soumis à un référendum entre mars et juin 2010. Et ce dans l’espoir d’aborder le prochain grand rendez-vous électoral de 2012 dans un esprit plus serein.

Mille collines

2 décembre 2009
Rien que pour vous, une petite carte postale de Kigali, capitale du Rwanda, où Boris passe la semaine. A son programme: la recherche d’un nouveau correspondant pour l’AFP, des contacts avec des clients existants ou potentiels, une rencontre avec la ministre de l’Information, et du reportage bien sûr ! Son voyage tombe à pic. Après des années de tensions, la France et le Rwanda viennent de renouer leurs relations diplomatiques.

L’hôtel des Mille collines, où je suis descendu à Kigali, est un des lieux emblématiques du génocide rwandais, pour avoir abrité des rescapés des massacres en 1994. L’épisode, marginal au regard de la tragédie qui a broyé près d’un million de vies, a été popularisé dans le monde par le film américain « Hôtel Rwanda ». Mais l’étranger de passage qui ignorerait cette histoire ne devinerait rien en entrant dans le hall rutilant de cet établissement, tout de blanc et de calme. C’est que l’hôtel est en pleine rénovation, se posant à nouveau en parabole d’un pays qui se réinvente et se reconstruit depuis 15 ans.
Difficile et troublant, quand on déambule au milieu de cette population jeune, souriante et entreprenante, d’imaginer les horreurs d’hier. Le « pays aux mille collines », aux reliefs enjoleurs, a en tout cas bien des atouts pour séduire le visiteur soucieux d’échapper au tourisme de masse.
Et pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur Kigali, un petit lien: http://fr.wikipedia.org/wiki/Kigali