M les maudits

Notre chauffeur, Tadju, les appelle en pestant les MAUdits (en accentuant la première syllabe). Les maudits donc, ce sont les matatus, ces petites camionnettes qui font office de principal moyen de transport public à Nairobi. Ici point de métro bien sûr et peu de bus. Il y a bien quelques gros bus verts qui sillonnent la ville mais le réseau est insuffisant pour une capitale étendue comme Nairobi. Alors comme dans nombre de pays en développement, les gens qui n’ont pas les moyens d’avoir une voiture recourent à ces sortes de taxis collectifs.

Bariolés, tagués, déglingués, ces matatus (le nom vient apparemment du mot « trois » en swahili, le tarif initial de la course dans les années soixante) suivent des parcours bien définis et ont même parfois des numéros, montrés à la main tendue à travers la portière au client potentiel. C’est une des fonctions de celui que j’appelle le rabatteur. Un matatu, c’est une entreprise à plusieurs. Il y a le propriétaire de la camionnette qui la loue à prix d’or à un chauffeur. Pour rentabiliser l’opération, ce dernier travaille avec un rabatteur, toujours acrobatiquement suspendu à la porte coulissante du véhicule. Il interpelle le piéton en gesticulant, touche le prix de la course, pique un sprint pour sauter dans la camionnette qui redémarre sans l’attendre et surtout admoneste (pour être polie) les autres voitures ayant l’audace de ne pas lui céder immédiatement le passage. Car les matatus sont ici les empereurs de la route. Tout retard étant pour eux synonyme de manque à gagner, ils forcent le passage aux carrefours, brûlent les rares feux rouges (mais pour être juste, peu d’automobilistes semblent leur prêter la moindre attention), n’hésitent pas à s’engouffrer sur les trottoirs pour s’extraire d’un embouteillage, déboîtent sans crier gare…. Bref ils sont le cauchemar de tous les autres conducteurs.

On peut s’entasser à une quinzaine dans un matatu, à condition d’acquitter le prix de la course qui varie en fonction de la distance, du moment de la journée et même de la météo ! C’est l’impitoyable règle de l’offre et de la demande: on paye cher aux heures de pointe (de 40 à 60 shillings, soit autant de centimes d’euros), voire très cher (jusqu’à 100 shillings, le prix d’un ticket de métro à Paris !) quand il pleut des cordes, mais beaucoup moins quand le client se fait rare. Bref maudits mais indispensables, les matatus !

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5 Réponses to “M les maudits”

  1. anne Says:

    ça c’est du co-voiturage ! pile dans la cible développement durable !
    quelques matatus à Paris seraient du meilleur effet, j’imagine la tête des taxis parisiens …
    * au fait matatu, matata * même origine ?

  2. macile Says:

    Faut-il tenir le coup pour faire l’expérience unique apparemment d’un trajet en matatu pour visiter nairobi ! A priori, je préfèrerais l’aimable Tadju avec vous, que je désire ardemment voir arriver !!!!!!!

  3. frederique Says:

    Je suis comme l’intervenant précédent, je vote Tadju!

  4. Rastoin Lisou Says:

    Moi j’adore les transports en commun en Afrique. Ici , c’est la même chose, on pourrait passer des heures à regarder défiler les véhicules sur la rue. Quand je suis en voiture avec mon chauffeur, j’emporte toujours des copies à corriger pour ne pas perdre de temps dans les embouteillages. Mais tu parles, je ne fais jamais rien ! La rue est un cinéma permanent. Je ne sais pas m’en détacher.

  5. Virginie Says:

    Comme je suis du genre flippée, déjà avant d’avoir cru mourir dans un bus de l’ile Maurice…je ne crois pas que je tenterai l’expérience du matatu un jour…

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