Archive for novembre 2009

M les maudits

30 novembre 2009

Notre chauffeur, Tadju, les appelle en pestant les MAUdits (en accentuant la première syllabe). Les maudits donc, ce sont les matatus, ces petites camionnettes qui font office de principal moyen de transport public à Nairobi. Ici point de métro bien sûr et peu de bus. Il y a bien quelques gros bus verts qui sillonnent la ville mais le réseau est insuffisant pour une capitale étendue comme Nairobi. Alors comme dans nombre de pays en développement, les gens qui n’ont pas les moyens d’avoir une voiture recourent à ces sortes de taxis collectifs.

Bariolés, tagués, déglingués, ces matatus (le nom vient apparemment du mot « trois » en swahili, le tarif initial de la course dans les années soixante) suivent des parcours bien définis et ont même parfois des numéros, montrés à la main tendue à travers la portière au client potentiel. C’est une des fonctions de celui que j’appelle le rabatteur. Un matatu, c’est une entreprise à plusieurs. Il y a le propriétaire de la camionnette qui la loue à prix d’or à un chauffeur. Pour rentabiliser l’opération, ce dernier travaille avec un rabatteur, toujours acrobatiquement suspendu à la porte coulissante du véhicule. Il interpelle le piéton en gesticulant, touche le prix de la course, pique un sprint pour sauter dans la camionnette qui redémarre sans l’attendre et surtout admoneste (pour être polie) les autres voitures ayant l’audace de ne pas lui céder immédiatement le passage. Car les matatus sont ici les empereurs de la route. Tout retard étant pour eux synonyme de manque à gagner, ils forcent le passage aux carrefours, brûlent les rares feux rouges (mais pour être juste, peu d’automobilistes semblent leur prêter la moindre attention), n’hésitent pas à s’engouffrer sur les trottoirs pour s’extraire d’un embouteillage, déboîtent sans crier gare…. Bref ils sont le cauchemar de tous les autres conducteurs.

On peut s’entasser à une quinzaine dans un matatu, à condition d’acquitter le prix de la course qui varie en fonction de la distance, du moment de la journée et même de la météo ! C’est l’impitoyable règle de l’offre et de la demande: on paye cher aux heures de pointe (de 40 à 60 shillings, soit autant de centimes d’euros), voire très cher (jusqu’à 100 shillings, le prix d’un ticket de métro à Paris !) quand il pleut des cordes, mais beaucoup moins quand le client se fait rare. Bref maudits mais indispensables, les matatus !

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Mea Culpa

29 novembre 2009

Honte à moi, je vous ai lâchement abandonnés. Quatre jours de silence, sans post ni photo… Mais, dans ces cas là, il y a une justice, la sanction est immédiate pour le blogueur défaillant. Le nombre de visites diminue comme peau de chagrin, jour après jour. Car, vous l’ignoriez peut-être, mais j’ai accès à d’impitoyables statistiques, qui m’indiquent à tout moment si je suis lue ou non. Et si les lecteurs sont plus ou moins nombreux. Le rêve (ou le cauchemar ?) pour un journaliste. Par exemple, aujourd’hui, c’est un flop complet: une page vue seulement à la mi-journée, un désastre. Mais bon c’est dimanche. Un très mauvais jour le dimanche. Tout le monde va se promener, voir une expo ou un film et OUBLIE complètement de surfer sur internet. Rassurez-vous, ce système à la Big brother a ses failles. A mon grand dam, impossible de savoir précisément qui vient sur le blog. Sur le blog de Clara, il y a tout de même une fonction intéressante qui permet de connaître le pays d’origine des lecteurs. Maroc, Côte d’Ivoire, Etats-Unis, Zimbabwe… le résultat est assez incroyable.

Mais j’en reviens au pourquoi de ce long silence. Il se trouve que j’ai TRAVAILLE cette semaine. Tous les matins, je suis allée à l’AFP pour suivre une formation au montage et au commentaire vidéo. C’est que l’AFPTV cherchait quelqu’un pour traduire et adapter les sujets vidéo tournés par son pigiste
anglophone à Nairobi. J’ai donc appris toute la semaine les rudiments nécessaires. Technique mais intéressant. J’ai aussi traduit mon premier sujet: un reportage à Iten, une petite ville située à 2.400 mètres d’altitude où viennent s’entraîner tous les apprentis champions de course à pied.

Si tout va bien, je devrais continuer sur ma lancée, mais à un rythme tranquille: un sujet par semaine environ. De quoi me permettre de garder du temps pour profiter de la vie, des enfants ET tenir mon blog sans faillir.

Musica

24 novembre 2009

Depuis quelques jours la maison résonne de gammes, si simultanées parfois que l’on frôle la cacophonie. C’est que nous venons d’acheter une guitare à Joseph, qui prend des cours depuis la rentrée. Tout fier, il nous a immédiatement montré les quelques accords qu’il connaissait. Il a vite été rejoint par Boris, au saxophone, qui n’a pas résisté à l’idée d’un petit boeuf avec son fils. Depuis que nous avons assisté à un concert du Nairobi orchestra, composé d’enthousiastes amateurs, Boris a décidé de se remettre à son instrument. Il veut prendre des cours avec le prof de clarinette de Clara, quant à elle ravie d’appartenir à l’orchestre de l’école. Il ne manque plus que Noé, encore approximatif aux maracas… Et moi, qui résiste toujours à la tentation d’exhumer de son boîtier ma flûte traversière, muette depuis de trop longues années.

BizBaz

22 novembre 2009

Le BizBaz (abréviation de Bizarre Bazaar), c’est une institution à Nairobi. Un marché de Noël en plein air, et en pleine nature, où s’exposent chaque année tous les créateurs et marchands d’artisanat (plutôt chic) de la ville. Car, je ne sais pas ce qu’il en est chez vous, mais ici, c’est déjà Noël. Nous avons déjà eu droit aux Christmas Carolls, interprétés par la chorale de l’école, au vin chaud et aux mince pies. Et, ce week-end, c’était donc le BizBaz.

Installé dans le très beau quartier de Karen, on y croise tous les expats et les « White Kenyans » (les descendants des colons britanniques restés au Kenya) de Nairobi. On y mange des saucisses allemandes, des chicken tikkas indiens ou des sushis japonais, le tout arrosé de bière kényane ou de Pim’s (apéritif 100% british). On y a fait un petit tour samedi avec les enfants et on s’est bien amusés. On y a déniché pêle-mêle une couverture de pique-nique en tissu Massaï, un Bakougan (jeu nippon) pour Joseph, un petit panier en kikoï pour Clara et quelques cadeaux de Noël… pour vous (attendez-vous à des cadeaux 100% africains) !. Boris a repéré une demi-pirogue en bois faisant office de cave à vin et moi j’ai rêvé devant un fauteuil suspendu en osier et ses gros coussins, moelleux à souhait (pour ceux qui connaissent la BD, ça m’a rappelé le nid du Marsupilami). 

Le BizBaz, c’est aussi l’occasion de découvrir des créateurs originaux, comme cette entreprise qui crée des jouets multicolores à partir de semelles de tongs recyclées (il fallait y penser !)

De Mogadiscio à la Maison Blanche

20 novembre 2009

En quelques mots de Boris, l’histoire de Mustafa Haji Abdinur, jeune correspondant de l’AFP en Somalie.

« Its just like a dream.. From Bakara market to the White house !!!! », a-t-il écrit dans son premier mail de Washington envoyé à ses collègues de l’AFP à Nairobi.

Mustafa est depuis plusieurs années le correspondant de l’AFP à Mogadiscio, Somalie, un des endroits les plus dangereux au monde pour un journaliste, et pour un civil tout court. Il dirige également une vaillante radio indépendante, radio Simba. Il a fait déménager sa famille loin de « Moga » et de ses violences, et trouve chaque jour les mots et les façons de parler et d’écrire sur chacun des protagonistes somaliens sans (trop) se fâcher avec aucun d’eux. Ce courage lui a valu d’obtenir un des prix annuels décernés par le Comittee for protection of journalists, une organisation américaine indépendante, qui l’a invité sur le sol américain.

De Moga à la Maison blanche, la patience de Mustafa aura été mise à nouveau à l’épreuve, cette fois par l’administration américaine qui a mis cinq semaines à lui accorder un visa. Cela nous a permis d’accueillir au bureau de Nairobi pendant tout ce temps le toujours souriant et affable Mustafa, et d’écouter ses histoires  invraisemblables de survie dans un pays sans Etat depuis près de 20 ans.

Arabica, made in Kenya

19 novembre 2009

C’était bien du café sur la photo, merci à Sophie et Ariane d’avoir joué dans le bref délai imparti ! Je l’ai découvert cette semaine, lors de la visite passionnante d’une plantation, le café a quatre couleurs. Cerise rouge et pulpeuse à maturité, il se mue en grain beige une fois lavé et séché, réapparaît vert quand on le débarrasse de sa gangue, pour finir brun à l’issue de la torréfaction. Je l’ai aussi mesuré lors de cette visite, bien précaire est la vie du cueilleur ou de la cueilleuse, car homme et femme se partagent la tâche. Ils sont payés au poids récolté: 45 shillings (autant de centimes d’euros) le seau de 16 kilos (pas le petit blanc autour du cou de la dame non le gros noir en cours de nettoyage sur la photo ci-dessous). En moyenne, ils récoltent une centaine de kilos par jour. Faites le calcul, cela donne un salaire journalier d’à peine 3 euros…

La sécheresse n’arrange pas les choses. Moins irrigués, les caféiers portent des cerises plus petites: il faut donc en cueillir plus pour parvenir à remplir les seaux.

Renommé à l’étranger, l’arabica doux kenyan est pourtant en perte de vitesse. Alors que la filière représentait la principale source de devises du Kenya dans les années 80, elle est aujourd’hui largement devancée par le tourisme, l’horticulture et le thé. 

Et, paradoxalement, il est difficile de trouver du bon café au Kenya. Les meilleurs grains, estampillés AA, filent à l’étranger !

PS: un grand merci à Sandra, qui m’a envoyé deux jolies photos pour illustrer ce post, mon appareil ayant calé avant la fin de la visite…

Photo mystère

18 novembre 2009

 Mais de quoi s’agit-il ?

Huit mois !

17 novembre 2009

« Raila »

16 novembre 2009

Décidément, je prend du retard. Voilà plusieurs jours que je veux vous conter la rencontre de Boris avec le Premier ministre kényan. C’était le lendemain de notre désormais famous « Garden party ». Nous émergions péniblement, un peu assommés par le Culemborg 2007 (vin rouge sud-africain au nom assez cocasse mais qui se laisse boire) consommé la veille, quand le téléphone de Boris sonne. Encore ensommeillé, la voix pâteuse, il décroche: surprise, c’est l’attaché de presse du grand homme qui lui fixe rendez-vous à 10H00 en centre-ville. Mais comme je n’y étais pas, la suite, c’est lui qui la raconte…  

RailaLa presse l’appelle « Raila », c’est le Premier ministre kényan Raila Odinga, 64 ans. Il a perdu l’élection présidentielle de décembre 2007 contre le président sortant Mwai Kibaki, mais dans des circonstances si douteuses que sous pression de la communauté internationale, et alors que les supporters des deux camps s’affrontaient dans la rue, Kibaki a accepté de le nommer à la tête de son gouvernement début 2008.

Nous avons réussi à le voir il y a 10 jours, selon le rituel propre à toute interview d’un « big man ». L’attaché de presse sollicité depuis deux semaines appelle le samedi matin pour dire que ca y est, on peut voir le grand homme dans une heure. Branle-bas de combat, costume et cravate sortis rapido de l’armoire, direction un grand hôtel de Nairobi, pour finalement poireauter deux heures dans une salle vide. Raila nous accordera une demi heure d’interview, longues réponses articulées, discours refléchi et très maîtrisé, accent mis sur le réchauffement climatique et la défense de l’environnement comme pour mieux séduire un public occidental. Le fils d’Oginga Odinga, premier vice-président du Kenya de l’indépendance, issu de l’ethnie minoritaire luo comme le père d’Obama, tentera sa chance à nouveau aux prochaines présidentielles de 2012. On verra alors si son indéniable popularité d’avant 2008 a résisté à l’usure du pouvoir…

PS: j’ignore totalement pourquoi ce post s’est inscrit en si petits caractères. Cela fait une heure que j’essaye de les agrandir, en vain. Aux myopes, je conseille d’aller dans « Affichage », en haut de votre écran, à gauche. Et de sélectionner l’option « plus grande » dans le chapitre « taille du texte ». Bonne lecture quand même, moi je vais me coucher.

Arts premiers

14 novembre 2009

Les voici les voilà, les photos promises. Alors là c’est l’expo improvisée jeudi soir dans notre salon. Le clou de la collection d’Emmanuel, c’est le fétiche à l’air effrayant (à gauche sur la photo). Dites un prix pour voir….Photos Nairobi 284                                                                                          

La réponse c’est 1.000 dollars (avant négociation…) Sa valeur, c’est qu’il a été utilisé pour des cérémonies, au cours desquelles on l’aspergeait de sang de vache ou de chèvre, m’a expliqué Emmanuel, en me montrant les traces de sang séché. Là j’avoue, ça m’a un peu refroidie ! Heureusement que ce n’était pas dans nos prix (car bien sûr Boris l’a longuement admiré). Les masques au premier plan, que je trouvais beaux, ne sont que de banales copies (difficile de s’y retrouver, non ?) Emmanuel classe ses trouvailles en trois catégories: ancien (deux générations environ), moyen (20 ou 30 ans) et récent.Photos Nairobi 286 

Et ce masque, à votre avis récent ou ancien ?

Et bien les deux. C’est un masque ancien, qui a été restauré récemment (d’où une moindre valeur). Bon, on a quelques années devant nous pour se faire l’oeil. Finalement, nous avons donc choisi une statuette (récente) du Cameroun, et surtout ce très bel appui-tête congolais, avec deux femmes entrelacées, l’une enceinte, l’autre pas:

Photos Nairobi 283

 

 

 

Mais notre collection ne fait que commencer. Emmanuel (qui a flairé le bon client) a promis à Boris de lui montrer bientôt des poteaux de cérémonies malgaches, soudanais et éthiopiens, genre totem (taille moyenne 1,80 m-2 m). A suivre donc…