Archive for octobre 2009

L’autre Festival

30 octobre 2009

KIFF 2009 catalogueVous connaissiez Cannes, Venise, Berlin… Mais c’est la vieille Europe tout ça ! Non le seul, le vrai, l’unique Festival cinématographique digne de ce nom, c’est le Kenya International Film Festival, qui vit ses dernières heures avant la cérémonie de clôture demain à l’Alliance française. C’était la 4e édition de ce Festival (le KIFF pour les cinéphiles avertis), sponsorisé notamment par l’Ambassade de France, et dont bêtement j’ai raté les trois-quarts (il a débuté le 21 octobre). Car, faute de Télérama local, il est souvent difficile de suivre les grands moments de la vie culturelle à Nairobi. Mais bon, on fera mieux l’année prochaine.

Un peu folklorique dans son organisation mais bien sympathique ce Festival. Aujourd’hui j’ai essayé d’aller voir un court métrage kényan dont le titre titillait ma curiosité: « The El Molo and their culture ». J’arrive au cinéma pile à l’heure (je précise parce que c’est rare) mais de film point. « C’est un juré qui a la copie », nous explique sans rire l’une des organisatrices. A mes côtés, parfaitement sereine et compréhensive, une afficionada du Festival. « C’est la septième fois que je ne peux pas voir un film officiellement programmé depuis le début du Festival », remarque-t-elle avec un doux sourire. Avant de commencer à négocier, à l’africaine, pour tenter de trouver une solution au problème. Finalement, la dame nous promet de récupérer la copie et de diffuser le film deux heures plus tard. Il y a un créneau possible, ajoute-t-elle, car le film dont la diffusion était prévue à 14h00 est lui aussi porté disparu… Bon je vous passe les détails fastidieux, sachez seulement que je n’ai jamais réussi à en savoir plus sur les « El Molo », car le film de 14H00 ayant réapparu, la diffusion de ce court-métrage paraît-il passionnant (dixit l’afficionada) a été de nouveau repoussée. Je suis tout de même parvenue à voir deux films en deux jours (l’exploit !), dont un formidable, de science fiction (pas trop mon truc pourtant). Intitulé « Pumzi » (« respiration » en swahili), ce film nous projette 35 ans après la troisième guerre mondiale,une guerre de l’eau.

Wanuri Kahiu (more…)

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Passe d’arme

28 octobre 2009

L’info du jour, c’est la passe d’arme entre le secrétaire d’État adjoint américain aux Affaires africaines, Johnnie Carson, et le ministre kényan des Affaires étrangères Moses Wetangula. Dans la lignée des critiques répétées d’Obama, Carson a de nouveau insisté lundi sur«la nécessité de réformes au Kenya» et annoncé l’annulation du visa d’un responsable kényan ayant «fait obstruction au processus de réformes » et « été un obstacle à la lutte contre la corruption». Comme il n’a pas cité de nom, notre nounou Célestine m’a interrogée hier pour savoir si j’avais une idée. Je n’en avais aucune et, à dire vrai, Célestine est beaucoup plus au courant de l’actualité kényane que moi. Elle suit toutes les infos, que j’arrive péniblement à capter si les enfants ont eu la bonté de se coucher avant 21H00 (heure du journal télévisé en anglais). C’est donc elle qui m’informe la plupart du temps… Mais, selon Boris, le responsable incriminé serait le procureur général, Amos Wako, soupçonné par Washington de s’asseoir sur les dossiers de corruption à juger. En tout cas, cette nouvelle intervention américaine a sérieusement irrité les autorités locales, qui ont répliqué aujourd’hui par la bouche du ministre des Affaires étrangères. «Il est regrettable que le ministre adjoint d’un pays ami vienne dans notre pays sans y être invité, s’autorise des commentaires plutôt inacceptables et des déclarations imprudentes, avant de s’en aller», a lancé Wetangula lors d’une conférence de presse.

Depuis l’élection d’Obama, né d’un père kényan comme chacun sait, le gouvernement en place à Nairobi est décidément dans le collimateur des Etats-Unis qui lui reprochent pêle mêle ses efforts insuffisants en matière de lutte contre la corruption ou son retard dans la distribution des terres.Les Kenyans semblent leur donner raison. Selon un sondage express ce soir sur la chaîne NTV, 54% des téléspectateurs désapprouvaient la réaction de leur ministre et l’un d’eux d’enfoncer le clou: « les Etats Unis disent vrai et tout le monde le sait ! ».

Même mort, l’hippo mord encore

28 octobre 2009

Joseph et l'hippo

Un petit souvenir de notre escapade à Crater Lake mis en scène par Boris et son fiston, volontiers blagueurs. Ce que la photo ne montre pas, c’est que Joseph est en appui sur les bras car ce crâne d’hippopotame était exposé sur un petit muret. Et ce qui devait arriver arriva: Joseph a glissé et s’est égratigné le crâne sur l’incisive de la bête. D’où mon titre !

Porte-parole

26 octobre 2009

Je sais, j’avais promis de vous raconter notre week-end par le menu mais, pour ne rien vous cacher, ce soir je cale. Noé nous fait ses dents dans les règles: deux réveils par nuit et ce depuis quelques semaines… Alors je passe la plume à mon homme, plus frais que moi, et que la tentation du blog démange !

Deux mois au Kenya et déjà nos petites habitudes…. Direction donc Naivasha, à 80 km  et une heure et demi à l’ouest de Nairobi. C’est l’autoroute, façon Kenya: une route droite à deux voies, parfois trois, la possibilité de monter à 100 kmh  de temps en temps.  Un  petit goût d’escapade sur une nationale de la France du début des années 60… A l’arrivée un petit parc national, celui de Crater Lake, autour, on l’aura compris, d’un cratère de volcan désormais inondé par un lac peuplé par quelques flamands roses. Pas de prédateur dans ce parc, enfin presque: « on a aperçu un lion il y a deux semaines, mais personne ne l’a plus vu depuis » nous explique le gardien des lieux, ce qui se veut parfaitement rassurant.  Nous le croyons sur parole et  à la première  girafe,  Joseph et moi descendons de notre 4X4 et là quand même, moment d’émotion quand nous arrivons à moins d’une dizaine de mètres de l’animal, qui se décide finalement paresseusement à bouger de quelques  mètres pour pouvoir  brouter ses  branches d’acacia en  paix. Photos suivent, dès que la technique le permettra. Avons demandé notre chemin à un vieux massai aussi édenté que souriant. « Tu as vu les trous qu’il avait aux oreilles », fera remarquer ensuite Joseph. De fait, deux trous de la taille d’une pièce de 10 centimes indiquaient clairement que ces lobes étaient habitués à porter de jolies boucles. Le mot de la fin à Joseph, encore,  qui s’énerve de me voir photographier à tour de bras: « on est pas obligés de tout prendre en photo, on peut juste profiter du moment, non ? ». On ne peut mieux dire…

Week-end

22 octobre 2009

Le blog fait une pause de quelques jours. Profitant des vacances scolaires, nous filons cet après-midi au Lac Naïvasha, lieu de villégiature favori des habitants (fortunés) de Naïrobi et ce depuis l’époque coloniale. Les Anglais ont vite repéré ce magnifique lac d’eau douce de la vallée du Rift, à 80 km au nord-ouest de Nairobi, au climat tempéré par l’altitude (1.800m). Après en avoir expulsé les Massaïs, qui y faisaient paître leurs troupeaux depuis des siècles, ils s’y sont installés en nombre. Aujourd’hui encore le lac est cerné de villas, lodges et il est difficile d’y accéder sans passer par un hôtel. Depuis quelques années, il est aussi le haut lieu de l’industrie horticole du pays, une des plus importantes sources de devises du Kenya avec le tourisme. Avant de descendre vers le lac, on aperçoit tout autour une multitude de serres blanches. Les fleurs, coupées sur place, atterrissent quelques heures plus tard sur nos marchés. Cette industrie florissante a son revers: les eaux du lac, pompées sans vergogne par les producteurs, fondent inexorablement. Et les pesticides endommagent la faune aquatique. Depuis une dizaine d’années, les autorités tentent donc de protéger le lac, tout en ménageant les activités économiques: la quadrature du cercle !

Nous avions déjà passé une journée à Naïvasha, peu après notre arrivée, et avions été charmés par le site, peuplé d’hippopotames et de centaines d’espèces d’oiseaux. Nous avions alors exploré — à pied, ce qui est rare ici — Crescent Islant, une petite péninsule où vivent paisiblement girafes, zèbres, gnous et autres gazelles, installés sur place pour les besoins du tournage de « Out of Africa ». Mais il reste bien d’autres choses à voir ! Promis, vous aurez tous les détails à notre retour. En attendant, pour vous faire rêver un peu, une petite photo de notre précédent séjour à Naïvasha…

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Kenyatta

20 octobre 2009

Photo KenyattaAujourd’hui, c’est le « Kenyatta day », jour férié au Kenya. Premier président du pays après son indépendance, en 1963, Jomo Kenyatta reste une figure clé de l’histoire du pays. Sa photo est partout, aux côtés de ses deux successeurs: Daniel Arap Moï et Mwaï Kibabi (toujours en exercice). Trois présidents seulement en 45 ans, vous imaginez la durée des mandats ! Elu en décembre 1964, à plus de 70 ans, Kenyatta est demeuré président jusqu’à sa mort, en 1978. Difficile de vous raconter sa vie, pour moi qui ne suis ni historienne ni spécialiste de l’Afrique. Je me bornerai donc à vous résumer ce que j’ai pu glâner ici où là.

Né dans une famille kikuyu, il est élevé par des missionnaires qui le baptisent John Peter Kamau, nom qu’il modifiera plus tard en Johnstone Kamau, puis Jomo Kenyatta. Il débute sa carrière politique en 1924, en rejoignant l’association centrale des Kikuyu (KCA). Envoyé à Londres en 1929 pour défendre les intérêts fonciers des Kikuyus, il y passera plus de 15 ans (avec un bref intermède à Moscou). En 1946, il revient au Kenya où il devient le secrétaire général de la Kenya African National Union qui milite pour l’indépendance du Kenya. Soupçonné de soutenir la révolte des Mau Mau, il est emprisonné pendant sept ans par les britanniques, puis libéré en 1961.

Surnommé respectueusement le Mzee (le « Vieux »), Kenyatta entame sa présidence par des réformes bienvenues (constructions d’écoles, de routes, de dispensaires). Mais son régime ne tolère guère l’émergence de voix dissonnantes. Plusieurs hommes politiques sont assassinés. Et les Kikuyus se voient largement favorisés, nourrissant le ressentiment des autres ethnies. Une hostilité jamais éteinte, qui a encore ressurgi lors des violences qui ont suivi la réélection de Kibaki, en décembre 2007.  

Selon Wikipédia, il est l’auteur de cette citation sur l’empire colonial Britannique : « Lorsque les missionnaires sont venus, nous possédions la terre et eux possédaient la bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés. Lorsque nous les avons rouverts, nous possédions la bible et eux possédaient la terre. »

and the winner is …

19 octobre 2009

… Bon d’accord il s’agit de deux réacteurs d’avion. Mais j’ai bien aimé la batterie de poulets de Frédérique et l’incinérateur à chèvres d’Anne. Je transmets ces suggestions immédiatement à la tour de contrôle de Lodwar. Quant aux gagnants, ils peuvent retirer dès à présent auprès de nous leur bon pour une soirée carpaccio de chameau à volonté. Merci en tout cas d’avoir inondé le standard de vos réponses, et à bientôt pour notre prochaine devinette du jour  ! 

Boris

Rain season

18 octobre 2009
Aujourd’hui
16°
8:00 EAT
dim.
Inconnu

Inconnu

Max. 25°
Min. 15°
Humidité: 94%
Vent: E/14 km/h
Visibilité: 9.99 km
Point de rosée: 15°
Pression: Inconnu
Lever du soleil : 6:13
Coucher du soleil  18:22
<-10 -10 -5 0 5 10 15 20 25 30 35+
lun. mar. mer. jeu.
Inconnu
Inconnu
Inconnu
Inconnu
Inconnu
Inconnu
Inconnu
Inconnu
Max. 25
Min. 15
Max. 25
Min. 15
Max. 25
Min. 15
Max. 26
Min. 15

Depuis deux-trois jours, il pleut. Pas sans discontinuer, non, mais il pleut régulièrement, plusieurs fois par jour, pendant quelques  heures. Et depuis deux-trois jours, je m’interroge: est-ce ou non le début de la saison des pluies ? Elle est particulièrement attendue cette année, après une sécheresse terrible qui décime le bétail et affame de nombreux Kenyans, surtout dans le nord du pays. Or depuis quelques années, sans doute du fait du dérèglement climatique, les pluies ne sont plus ce qu’elles étaient.

Sur le papier, il y a deux saisons des pluies au Kenya: les « long rains », de fin mars à début mai et les « short rains », de mi-octobre à mi-novembre. Mais il a très peu plu au printemps dernier et, depuis mon arrivée, personne n’était capable de me dire quand viendraient les pluies. Septembre, octobre, novembre, j’ai tout entendu. Les pronostics étaient encore compliqués par la rumeur de l’arrivée imminente d’un phénomène El Niño, avec son cortège d’innondations et de glissements de terrains. Finalement, les météorologistes ont fait marche arrière, estimant que cette saison des pluies serait dans les normes, autant dire que la prévision météo est une science hautement inexacte !

Outre la satisfaction de ma curiosité journalistique, savoir quand arrivent les pluies est important, car la vie change pendant cette période et qu’il faut s’adapter. Sortir les petites laines et les écharpes, car il fait plus frais , surtout le matin.  Acheter des bottes en caoutchouc. Faire provision d’insecticide et déployer les moustiquaires contre les insectes (surtout les termites ailés), qui prolifèrent. Et se lever un peu plus tôt car les embouteillages, déjà endémiques, se multiplient sur les routes désormais boueuses de Nairobi. Ces pluies n’arrivent pas, pour nous, au meilleur moment, car les vacances scolaires viennent de commencer. Noyés, nos projets d’évasion sur la côte ! Nous devrions plutôt partir quelques jours en fin de semaine du côté du lac Naïvasha.

Chose promise, chose due

16 octobre 2009

GetAttachment

Comme promis, les impressions de Boris, après son reportage chez les Turkanas. Et en bonus, quelques belles photos, prises avec son téléphone portable !

Un mois après mon départ de Paris, premier reportage au Kenya, dans le nord quasi desertique, à la frontière incertaine — et disputée — avec l’Ouganda et le Soudan. « Vous passez d’un extrême à l’autre », rigole Martin, le responsable presse kenyan qui accompagne les quelques journalistes pour cette visite destinée à constater le fonctionnement de l’aide humanitaire de l’Union Européenne.
D’un extrême à l’autre… A 1 heure et demie d’avion de Nairobi l’embouteillée, la polluée, l’occidentalisée, un autre monde attend le voyageur. Le petit avion Bombardier 12 places affrêté par l’antenne aide humanitaire de l’UE atterrit brutalement sur la piste très rugueuse de Lodwar, chef lieu du district de Turkana, qu’aucune ligne commerciale ne dessert.
Puis une heure de 4X4 sur des pistes de brousse pour découvrir sous un soleil de plomb un groupe de nomades Turkana venus sacrifier leurs moutons et dromadaires contre quelques centaines de shillings kenyans, soit quelques euros. On a d’abord du mal à discerner les silhouettes, tant la lumière blanche qui tombe du ciel aveugle. Et puis on découvre des pasteurs élancés, drap rouge autour de la taille, bâton et petit siège-oreiller en bois à la main (on dit d’eux au Kenya qu’ils marchent avec leur literie !).
Un petit côté scène d’apocalypse: la sécheresse est telle ici que les chèvres qu’ils apportent meurent littéralement dans leurs bras. Suit l’égorgement des dites chèvres ainsi que d’un chameau, et leur dépecage. La scène n’est pas recommandée aux âmes sensibles occidentales, mais c’est une source de rigolade pour les gens du coin…
S’ils paraissent réservés, et mêmeFemme Turkana dans un village de brousse enjoués pour certains, les Turkana vivent un drame collectif, après quatre saisons successives de sécheresse. « Qui ici a du abandonner son métier de pasteur à cause de la sécheresse ? » demandons nous, Will, mon collègue de la BBC et moi, via un traducteur, à un groupe de jeunes gens rencontrés sur un marché de Lodwar. Tout le monde lève la main !
Le désarroi de ces jeunes gens, ces paysages lunaires traversés, avec acacias déplumés et termitières géantes, tout donne l’impression d’être ici aux avant postes de la bataille que nous sommes en train de perdre contre le réchauffement climatique
 
PS: pour terminer sur une note plus légère, une devinette, spécial Xavier Photo mystèremais tout le monde peut participer: quel est cet étrange objet photographié lors de mon « safari » ?

Nakuru

15 octobre 2009

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Vite vite,  je profite de quelques minutes de bonne connection pour vous poster ces quelques photos de notre « safari » (voyage en swahili) dans la réserve du Lac Nakuru.DSC00874

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