Après les élections…

11 mars 2013

En attendant de vous livrer des réflexions plus personnelles sur cette élection au déroulement contestable, voilà mon article paru ce lundi dans La Croix:

Calme et amertume après la présidentielle au Kenya

NAIROBI (Kenya) De notre correspondante

Bien qu’inculpé de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale, Uhuru Kenyatta a été élu président du Kenya, dès le premier tour, par une courte victoire.Un résultat aussitôt contesté par son rival, Raila Odinga, qui a toutefois appelé ses partisans au calme alors que la précédente présidentielle avait dégénéré en émeutes.Les perdants dénoncent le pouvoir sans partage de l’ethnie présidentielle.

 
 Victoire Kenyatta
 

Cinq jours d’un suspense pénible pour une victoire sur le fil : Uhuru Kenyatta, officiellement déclaré vainqueur, samedi près-midi, de l’élection présidentielle kényane, l’a emporté avec 50,07 % des suffrages, soit seulement 8 400 voix de plus que la majorité absolue. Cette annonce a mis un terme à la quasi-paralysie qui s’était emparée du pays depuis le vote, lundi dernier. Étals fermés, rues vides : toute la semaine, la plupart des Kényans étaient restés chez eux, dans l’attente des résultats, craignant de voir se reproduire les violences qui avaient ensanglanté le pays lors des dernières élections de 2007.

Mais à l’exception d’incidents isolés, le calme a prévalu et, samedi, les partisans du vainqueur, en tee-shirt et casquette rouges, ont envahi des artères de la capitale Nairobi, jouant de la vuvuzela ou du klaxon et scandant « Uhuru, Uhuru » . À Nyeri, cœur de la région centrale peuplée essentiellement de Kikuyus, l’ethnie du président Kenyatta, hommes et femmes ont dansé sur les places.

Ce résultat tangent a toutefois immédiatement été contesté par le premier ministre sortant, Raila Odinga, crédité pour sa part de 43,3 % des voix. Entouré de sa garde rapprochée, il a convoqué la presse dans le jardin d’un de ses QG de campagne, juste après l’annonce officielle des résultats. « La démocratie est à l’épreuve », a martelé ce vétéran de la politique kényane, qui, à 68 ans, briguait la présidence pour la troisième et sans doute dernière fois. Évoquant un « scrutin faussé » par de multiples manipulations, il a annoncé vouloir « porter rapidement l’affaire en justice » .

De fait, le déroulement du scrutin a été émaillé d’incidents techniques. Les kits d’identification biométrique qui devaient permettre d’écarter toute fraude ont été défaillants dans la plupart des bureaux de vote. Et le système de transmission électronique des résultats a vite été saturé. La commission électorale a été contrainte de convoquer à Nairobi les responsables électoraux des 291 circonscriptions pour agréger manuellement les résultats. « On a l’impression que l’organisation a péché soit par manque de compétence, soit pour créer le désordre », relève un expert occidental. Les observateurs locaux et internationaux n’ont pas été autorisés à contrôler le déroulement du décompte à Nairobi.

Ces difficultés ont accentué l’amertume des perdants dans un pays dominé depuis l’indépendance par l’ethnie kikuyu, la première du pays avec 17 % de la population. « Il y a un sentiment d’injustice après tout ce que Raila Odinga a fait pour ce pays : il a été au cœur de l’opposition démocratique, il a été emprisonné des années », regrette Trevor Mugwanga, un consultant en microfinance de 40 ans. « Le fait qu’une seule communauté garde le pouvoir aussi longtemps crée du ressentiment. Les autres ethnies devraient avoir une chance de gouverner. »

Béatrice, femme de ménage qui vit dans le bidonville de Kawangware, s’inquiète de l’avenir. « Je suis triste parce que je sais que nous allons souffrir. Depuis le vote, les Kikuyus ont augmenté les prix du bidon de 20 litres d’eau de 3 à 5 shillings (autant de centimes d’euros) et maintenant ils disent qu’elle va monter à 20 shillings dans deux mois. »

Les résultats l’ont montré, les Kényans « ont voté selon des lignes ethniques », observe Emmanuel Kisangani, de l’Institut d’études de sécurité. Uhuru Kenyatta a réalisé des scores de plus de 90 % dans la région centrale, tandis que Raila Odinga rassemblait l’essentiel des voix de sa communauté luo de l’ouest du pays.

Conscient de ces divisions profondes, Uhuru Kenyatta a assuré dans son premier discours officiel qu’il serait « le président de tous les Kényans », quelle que soit leur affiliation politique. « Il a vraiment bien parlé, il sait qu’il doit réconcilier le pays », commente Trevor Mugwanga, qui espère que ces paroles se traduiront dans les faits, avec par exemple la nomination de hauts fonctionnaires issus de diverses ethnies.

Mais le nouveau président doit comparaître en juillet devant la Cour pénale internationale pour son rôle présumé dans les violences post-électorales de 2007-2008. Paradoxalement, jusqu’à maintenant, ces accusations l’ont servi, renforçant les rangs de ses partisans. Toutefois, la communauté internationale n’a pas dissimulé que ses relations avec un président inculpé de crimes contre l’humanité seraient réduites à l’essentiel. Samedi, les messages venus d’Europe ou des États-Unis félicitaient le peuple kényan, sans mentionner le nom de leur nouveau président.

Marie Wolfrom

Kenyatta président

9 mars 2013

La nouvelle est tombée à 3 heures du matin samedi. Alors que la Commission électorale avait indiqué, vendredi soir, qu’elle annoncerait les résultats officiels à 11 heures le lendemain, c’est finalement de manière détournée que l’on a appris l’information.Les responsables électoraux qui se relayaient depuis jeudi matin pour annoncer verbalement les résultats de chaque circonscriptions, ont continué toute la nuit.

Vers trois heures, les résultats des 291 circonscriptions étaient connus et le tableau les compilant est apparu sur les écrans de télévision, donnant Kenyatta vainqueur au premier tour avec 50,03% des voix soit… 4.100 voix de marge au dessus de la barre des 50% ! Casse-tête pour les agences de presse. Comment annoncer ce résultat compilé à partir de chiffres officiels mais pas encore officiellement proclamé par la commission électorale, qui aura décidément failli de bout en bout ? Elles s’en sont sorties en parlant de résultats « provisoires ».

De fait, quand la commission électorale s’est finalement décidée à annoncer le résultat, avec trois heures de retard (les ambassadeurs qui ont fait le pied de grue dans la tribune officielle pendant tout ce temps n’avaient pas l’air ravis…), il était légèrement différent, Kenyatta étant crédité de 50,07% des voix, soit 8.400 voix de plus que la majorité absolue. Pourquoi cette différence ? Mystère, un de plus dans cette semaine assez étrange.

Peu après, le perdant, Raila Odinga, a convoqué la presse dans le jardin d’un de ses QG de campagne. « La démocratie est à l’épreuve », a-t-il lancé d’une voix fatiguée. Dénonçant des résultats « trafiqués », il a annoncé que son parti porterait plainte devant la cour suprême. Pendant ce temps, Kenyatta fêtait sa victoire et prononçait un grand discours d’inauguration.

Dans la rue, drôle d’ambiance. Les partisans de Kenyatta, tout de rouge vêtus ont fait la fête, mais pas tant que ça. Les perdants étaient amers, mais résignés. Après une semaine d’incertitudes et d’angoisse, les Kényans étaient surtout soulagés d’avoir enfin un résultat et que celui-ci soit accueilli dans le calme, sans les terribles violences d’il y a cinq ans. C’est une sorte de « peace coma », ont twitté des internautes, agacés que personne ne questionne le déroulement pour le moins chaotique de ce scrutin.

Moi aussi, je dois dire. Tout en comprenant le sentiment de soulagement et le désir de passer à autre chose, après une semaine de paralysie, je pense que des questions doivent être posées. J’y reviendrai.

L’interminable attente…

7 mars 2013

Contrairement à moi, le Kényans sont patients, très patients. Mais même pour eux, cette interminable attente des résultats a été pénible. Ces derniers jours, Nairobi était une ville fantôme. Aucune voiture ni piéton dans les rues, écoles et nombreux magasins fermés, tout le monde est resté chez soi, vissé devant la télévision. Même les matatus, ces taxis collectifs qui sillonnent sans relâche la ville, sont restés invisibles, décourageant ceux qui auraient eu l’idée incongrue d’aller travailler.

Les premiers résultats, très partiels, sont tombés dès lundi soir et ont toute de suite donné une énorme avance au vice-Premier ministre Uhuru Kenyatta face à son poursuivant le plus proche, le Premier ministre Raila Odinga. Envoyés par téléphones cryptés, ils sont arrivés au compte-goutte jusqu’à ne plus arriver du tout, en raison d’un problème de serveur central.

Alors que la Constitution stipule que les résultats doivent être transmis électroniquement, pour éviter des manipulations, la commission électorale a annoncé mercredi soir convoquer à Nairobi tous les responsables de circonscription pour entamer un décompte manuel.

Voilà mon article, publié jeudi dans La Croix:

Au Kenya, l’attente des résultats fait monter la tension

NAIROBI De notre correspondante

Plus de deux jours après avoir voté, les Kényans attendaient toujours, hier, les résultats officiels du premier tour de l’élection présidentielle.Le dépouillement des bulletins et la publication des résultats se sont révélés lents et chaotiques.Le vice-premier ministre Uhuru Kenyatta, qui serait arrivé en tête, crie au scandale, car un nouveau comptage incluant les votes nuls pourrait donner lieu à un deuxième tour.

 
Une femme transporte une boîte fermée contenant des bulletins de vote des élections kényanes (AFP)

Le flegme des Kényans a été soumis à rude épreuve ces derniers jours. Après avoir patienté jusqu’à huit heures pour pouvoir voter, lundi, ils ne connaissaient toujours pas, quarante-huit heures après, les résultats les plus attendus : ceux de la très disputée élection présidentielle. Au fur et à mesure de l’attente, la tension est montée, jusqu’à devenir évidente hier après-midi. « Si les résultats prennent encore du retard, plus personne ne va les croire », s’agaçait Bernard, un chauffeur de taxi de Nairobi.

Soucieuse d’éviter le scénario de 2007, où la lenteur et le manque de transparence dans l’annonce des résultats avaient exaspéré les électeurs et alimenté les accusations de fraudes et les violences, la nouvelle commission électorale (IEBC) avait pourtant tout prévu. Dès le dépouillement achevé dans les bureaux de vote, chacune des circonscriptions devait compiler en priorité les résultats de la présidentielle et les envoyer au centre électoral de Nairobi via des téléphones portables sécurisés. Mais le système de transmission, débordé par l’afflux, s’est révélé extrêmement lent et le serveur central, vite saturé, a dû être renforcé.

Dès lundi soir, dans un exercice inédit de transparence, la commission a tout de même publié les quelques résultats partiels et provisoires qui lui parvenaient. Irrégulièrement actualisés, ces derniers s’affichaient en permanence sur toutes les chaînes de télévision, mobilisées vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Bloqués depuis la matinée sur environ 44 % des bureaux de vote, ils donnaient toujours, hier soir, une nette avance au vice-premier ministre, Uhuru Kenyatta, avec 53 % des voix contre 42 % au premier ministre, Raila Odinga. Les six autres candidats, très loin derrière, se partageant les 5 % restants.

« Personne ne doit crier victoire ni commencer à protester, ces résultats sont provisoires », a toutefois rappelé le président de la commission électorale, Ahmed Issack Hassan.  Le camp de Raila Odinga a fait valoir que ses places fortes électorales, notamment dans l’Ouest et sur la côte, n’avaient été que t rè s f a i b l e m e n t comptabilisées.

« Nous appelons les candidats, les partis politiques et le public à la patience. La loi nous donne sept jours pour déclarer les résultats officiels », a insisté Ahmed Issack Hassan, tout en espérant être en mesure de les annoncer d’ici à demain. Pour accélérer le processus, la commission a décidé de faire venir en personne, hier, à Nairobi, les responsables des 290 circonscriptions avec leurs procès-verbaux. Mais en début de soirée, ils n’étaient toujours pas tous arrivés.

Les résultats des autres élections, législatives, sénatoriales, locales, étaient quant à eux publiés progressivement au niveau local, sans trop d’anicroches.

Devant la tension croissante, les deux coalitions en tête du scrutin ont appelé leurs partisans au calme, en laissant toutefois poindre leur agacement devant la lenteur du processus. Un facteur technique est venu encore compliquer la situation. En raison de la complexité du scrutin (six bulletins à glisser dans six urnes séparées), le nombre de votes nuls s’avère particulièrement élevé et pourrait approcher le demi-million.

Après les avoir écartés dans un premier temps, la commission électorale a décidé de réintégrer ces votes nuls dans le calcul des pourcentages, conformément à la Constitution, rendant mécaniquement plus difficile une victoire dès le premier tour. Un deuxième tour pourrait, si nécessaire, être organisé en avril.

L’entourage du candidat arrivé en tête dans les premières estimations, Uhuru Kenyatta, a immédiatement crié au scandale. « La Coalition Jubilee est scandalisée que des Kényans sensés puissent aller jusqu’à penser à inclure des bulletins déclarés nuls, a protesté, devant la presse, Charity Ngilu, haut responsable de cette coalition. La logique derrière cela est sinistre et suspecte. » Il pourrait y avoir des recours en justice pour trancher la querelle.

Reste à savoir si le processus électoral peut rester crédible aux yeux des Kényans, alors que certains commencent à remettre en question la compétence de la commission électorale, notamment sur les réseaux sociaux.

Interrogée par la chaîne Citizen, Florence Jaoko, avocate et militante des droits de l’homme, se voulait rassurante hier soir. « Jusqu’à présent, je continue à penser que le processus électoral reste crédible. Les bulletins ont été comptabilisés dans les bureaux de vote et les procès-verbaux ont été signés par les agents électoraux », a-t-elle souligné. « Mais la commission électorale aurait dû nous préparer à de possibles retards, pour que nous soyons moins inquiets », ajoutait-elle.

Marie Wolfrom

Le vote

5 mars 2013

Vote à Nairobi 038

Le jour du vote, lundi, j’ai visité deux bureaux de vote. L’un dans mon quartier, aisé, de Kileleshwa, l’autre dans le bidonville de Kawangware. La détermination des Kényans, qui ont attendu calmement pendant des heures en plein soleil, était impressionnante.

Mais l’organisation du scrutin par la commission électorale était nettement moins convaincante. Selon les bureaux de vote, les gens devaient faire la queue à différents endroits en fonction de la première lettre de leur prénom ou de leur nom de famille (ce qui était plus discutable car le nom de famille est un marqueur ethnique dans ce pays…). En ce qui concerne Kileleshwa, tout cela était mal indiqué, mal expliqué et beaucoup de gens ont patienté des heures avant de se rendre compte qu’ils n’étaient pas dans la bonne file. A Kawangware, où il n’y avait que deux queues, l’organisation était plus simple.

Autre problème, les kits d’identification biométriques (ces machines de reconnaissance des empreintes digitales qu’on voit dans les aéroport) censés limiter les risques de fraudes n’ont pas été livrés ou ne fonctionnaient pas dans la majorité des bureaux de vote. A Kileleshwa, ils ont été livrés en retard et les agents ne connaissaient pas le mot de passe pour les faire fonctionner. Ils ne disposaient pas par ailleurs de l’ordinateur portable indispensable pour vérifier si les gens étaient bien enregistrés. Tout s’est donc fait à partir du registre manuel. A Kawangware, situation inverse. Les agents avaient l’ordinateur mais pas le kit d’identification. Ils ont donc du, là aussi, enregistrer manuellement les électeurs.

J’ai particulièrement admiré le travail de la présidente de ce bureau de vote, Fanice Irusa, attentive à tout, et de son « clerc numéro 6 », Peres Vadanga, qui aidait les gens un peu perdus à ne pas se tromper en plaçant leurs six bulletins dans les six urnes correspondantes.

Voilà l’article publié mardi dans La Croix:

Malgré les risques de violences, les Kényans votent en masse

NAIROBI (Kenya) De notre correspondante

Les Kényans sont allés voter nombreux hier, patientant de longues heures, pour élire leur président et leurs représentants locaux et nationaux.Malgré plusieurs incidents, ils gardent l’espoir de tourner la page des graves violences qui avaient marqué les élections de décembre 2007.

 

Sous le soleil brûlant de la mi-journée, une longue file d’électeurs serpente dans la poussière d’un chemin de terre de Kawangware, l’un des bidonvilles de Nairobi. « J’attends depuis 5 heures du matin, je n’ai même pas pris de petit déjeuner, explique Mitei, caissière dans un grand hôtel de la capitale kényane. La dernière fois, il y a cinq ans, je n’ai pas voté. Mais après ce qui s’est passé, toutes ces violences, je voulais vraiment participer aux élections cette année. »

Juste derrière elle, Sarah, garde de sécurité de 23 ans, déjà mère de famille, opine : « Notre vote est important. » Le petit bureau de vote de l’église de La Délivrance a ouvert ses portes à 6 h 10 du matin, juste après l’heure prévue, mais la foule est nombreuse et le processus plus long que d’habitude. Ce lundi, les 14,3 millions d’électeurs n’élisent pas seulement leur président mais aussi leurs députés, sénateurs, gouverneurs, conseillers locaux et représentantes des femmes au Parlement. Pour faciliter le vote, chaque bulletin est d’une couleur différente et doit être glissé dans l’urne correspondante, au couvercle beige, blanc, rose, jaune, bleu ou vert.

Le bébé d’une électrice dans les bras, Fanice Irusa, présidente du bureau de vote, se félicite de la forte mobilisation, mais reconnaît quelques incidents de parcours, sous l’œil d’observateurs locaux. Comme dans plusieurs autres centres, les kits biométriques, permettant de vérifier l’identité des électeurs et censés empêcher toute fraude, n’ont toujours pas été livrés. Le vote se fait donc à partir des cartes d’identité et des registres électoraux papier.

Vers 13 heures, 228 électeurs sur 766 enregistrés avaient pu déposer leurs bulletins. À ce rythme, « nous ne finirons pas à 17 heures », reconnaît Fanice Irusa. La commission électorale (IEBC) a d’ailleurs donné des consignes : tous les électeurs présents dans la queue à 17 heures pourront voter, même si cela doit prendre quelques heures de plus. En huit heures de queue, Mitei et Sarah ont eu le temps de sympathiser. L’une vit dans ce quartier pauvre de Nairobi et l’autre y travaille. Plusieurs tribus y cohabitent, dont celles des deux favoris à la présidentielle: le premier ministre Raila Odinga, un Luo, et le vice-premier ministre Uhuru Kenyatta, un Kikuyu.

Les sondages les prédisent au coudeà-coude, avec environ 45 % des intentions de vote, loin devant les six autres candidats, appelés au mieux au rôle de faiseur de roi lors d’un possible second tour en avril. « Le résultat est imprévisible, c’est ce qui m’inquiète, explique Constansia MummaMartinon, professeur de sciences politiques à l’université de Nairobi.

Personne n’est prêt à accepter la défaite. » « Si je perds, ce sera en raison de chantages et d’intimidations. Je sais que mes rivaux essaient de fausser cette élection », a déclaré samedi Raila Odinga au Financial Times, avant de retirer certains de ses propos. Un scénario qui rappelle le désastre de décembre 2007. À la suite de la réélection entachée de fraudes du président sortant, Mwai Kibaki, face à Raila Odinga, des affrontements entre leurs partisans issus de deux tribus rivales, Kikuyus et Luos, avaient dégénéré. Plus de 1 300 personnes avaient été tuées et 600 000 déplacées en deux mois, traumatisant le pays et donnant un coup d’arrêt à son économie.

Cinq ans après, « les Kényans ont retenu la leçon. Plus personne ne parle politique et il n’y a pas de signes de violences dans nos quartiers », assure Sarah. Dans la cour, une dizaine de policiers surveillent tout de même le déroulement du scrutin. « Plus que prévu », car Kawangware, théâtre d’affrontements début 2008, représente un quartier « à risque », explique la présidente du bureau.

Quelque 23 000 observateurs électoraux et 99 000 policiers ont été mobilisés dans tout le pays. Des incidents se sont produits dans trois régions, et six policiers ont été tués lors d’une attaque non revendiquée à Mombasa, le grand port de l’océan Indien. Ces dernières années, le Kenya s’est doté d’une nouvelle Constitution qui renforce ses institutions, notamment une justice à l’indépendance désormais reconnue. Mais les rivalités tribales demeurent une réalité et continuent à influencer les votes, en dépit des efforts d’apaisement.

Cette élection est aussi compliquée par une procédure judiciaire qui aiguise les tensions. Accusé d’avoir fomenté les violences post-électorales côté kikuyu, l’un des deux favoris, Uhuru Kenyatta, a été inculpé de « crimes contre l’humanité » par la Cour pénale internationale (CPI), qui doit encore le juger. S’il devait être élu et refusait de coopérer avec la CPI, le Kenya doit s’attendre à des « conséquences », c’est-à-dire de possibles sanctions, a prévenu la communauté internationale.

« Le monde nous regarde », titrait ce week-end l’hebdomadaire The East African, enjoignant aux Kényans de faire preuve de civisme pour tourner la page des violences.

Marie Wolfrom

Elections

3 mars 2013

Elections mars 2013 021

Depuis un mois, on ne parle que ça, dans les journaux, à la télé, dans les dîners, et même à l’école… Ca, ce sont les élections présidentielle, législatives et locales du 4 mars. Je n’ai pas échappé à cette obsession nationale, épluchant trois quotidiens par jour, rencontrant des experts et assistant à un nombre non négligeable de conférences de presse. J’étais tellement consciente de ma névrose électorale que j’avais décidé de vous l’épargner, et de fait n’ai rien écrit depuis un mois sur le blog.

Mais là, je craque. Les élections sont demain et je ne peux plus résister. Aux allergiques à la politique, je ne vous en voudrai pas si vous arrêtez net votre lecture, aux autres, vous voilà prévenus. Cette élection dont tout le monde se fiche en France (à en croire l’intérêt très relatif de mes rédactions) est pourtant cruciale et passionnante.

Cruciale parce que le Kenya, bien qu’on semble l’oublier chez nous, est un pays stratégique. Avec le port de Mombasa et son aéroport qui dessert toute l’Afrique, son secteur des services en plein essor, c’est le « hub » économique de l’Afrique de l’est. C’est aussi un rempart contre le terrorisme islamique, qui a prospéré en Somalie avant de connaître quelques retours de fortune ces derniers mois.

Passionnante parce que les enjeux de ce scrutin sont très importants. Il y a cinq ans, les violences post-électorales avaient fait plus de 1.300 morts, 600.000 déplacés et porté un coup rude à la croissance économique du Kenya et de la région. LA question que tout le monde se pose est donc: comment va se passer le prochain scrutin ?

Chacun des deux principaux candidats doit (de son point de vue) absolument l’emporter. Pour Raila Odinga, le Premier ministre âgé de 68 ans, c’est un peu l’élection de la dernière chance, après deux candidatures malheureuses en 1997 et 2007. Il estime (sans doute à raison) s’être fait voler la victoire lors de la dernière élection, officiellement remportée par le président Mwai Kibaki.

L’autre favori, Uhuru Kenyatta, fils du premier président du Kenya, a été inculpé de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale pour son rôle supposé dans l’organisation des violences début 2008. Il a donc fort habilement transformé la campagne en référendum, pour ou contre la CPI. Avec un leitmotiv: « aux Kényans de décider s’ils me font confiance ». Il a promis de continuer à coopérer avec la justice internationale s’il est élu mais s’il s’y refusait, le Kenya risque d’être frappé de sanctions ont averti des diplomates étrangers.

Les deux sont au coude à coude dans les sondages qui leur donnent environ 45% des intentions de vote chacun, loin devant les six autres candidats qui peuvent, au mieux, espérer jouer les faiseurs de roi lors d’un possible second tour en avril. Si les sondeurs ne croient pas une victoire possible dès le premier tour, les candidats s’y emploient pourtant, par tous les moyens. Il est évidemment impossible de prouver d’où ça vient mais les manoeuvres d’intimidation, les achats de vote ou de carte d’identité (pour empêcher un électeur soutenant le camp opposé de voter) se sont multipliés à l’approche des élections, selon la Commission kényane des droits de l’Homme.

Mardi, je suis allée en reportage à Kibera, le bidonville de Nairobi le plus touché par les violences il y a 5 ans. Beaucoup d’habitants sont déjà partis par précaution dans leur village d’origine, et d’autres prévoyaient de suivre dans les prochains jours. Au cas où.

Les Kényans se sont mobilisés pour la paix. Marches, concerts, peintures murales, spots télévisés ont plaidé sans relâche pour une élection pacifique, les candidats aussi. Deux débats télévisés, retransmis simultanément sur toutes les chaînes de télévisions et les radios (une première !), ont permis d’aborder des sujets jusqu’ici tabous: le tribalisme attisé à outrance par les politiques, l’injuste répartition des terres et des ressources…

Alors ici on croise les doigts pour que tout se passe bien demain et les jours qui suivent, sans arriver à y croire tout à fait…

Un détour par Hong Kong

1 février 2013

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Une fois n’est pas coutume ce blog africain va faire un détour par l’Asie, où réside une de mes plus fidèles lectrices, championne des commentaires ciselés et acidulés, qui me font rire ou réfléchir c’est selon… J’ai nommé mon amie Frédérique, correspondante de l’Agence France Presse à Hong Kong, ville pour laquelle elle a eu un véritable coup de foudre.

Je lui ai rendu visite l’an dernier, en accompagnant Joseph à son tournoi de rugby, et c’est à elle que je dois mes plus belles découvertes là-bas, de l’île de Lama à Macao en passant par le poétique marché aux oiseaux.

Curieuse de tout et conteuse hors pair, elle est aussi dotée d’une plume alerte, et vient de publier ce post passionnant sur « Les Français à Hong Kong » sur le blog de l’AFP. Sa modestie dut-elle en souffrir, je le partage avec vous. Bonne lecture !!

Les Français à Hong Kong, une présence qui grandit

Par Frédérique PRIS

Hong Kong, ce petit territoire du sud de la Chine, attire depuis plus de 150 ans les Occidentaux, dont les Français. Fortement minoritaires par rapport aux colons britanniques, ils n’en ont pas moins laissé leurs empreintes, de la découverte du bacille de la peste à celle de la fleur devenue le symbole de l’île.

Une poignée en 1850, ils sont aujourd’hui 11.000 inscrits au consulat français (15.000 au total selon les estimations des autorités). C’est la plus importante communauté française dans une ville asiatique. Shanghaï dit en accueillir un plus grand nombre mais le consulat de Hong Kong souligne qu’il s’agit dans ce cas de la région de Shanghaï.

Missionnaires, diplomates, hommes d’affaires, aventuriers, espions, femmes de petite vertu et, depuis quelques décennies, salariés de grandes entreprises ou jeunes gens séduits par l’Asie… Une diversité qui a poussé François Drémeaux, un jeune historien, à se lancer avec une équipe dans la rédaction d’un ouvrage imposant de près de 300 pages, « Hong Kong, présences françaises ».

Dès le départ, « bien que colonie britannique, et coincée entre l’Indochine et la concession française de Shanghaï », Hong Kong a séduit les Français, et ce jusqu’à nos jours, ajoute auprès de l’AFP ce professeur d’histoire au lycée français de Hong Kong, le plus grand d’Asie.

Le premier homme d’affaire français, Auguste Haussmann, un Alsacien, débarque en 1844, après que son navire a échappé à une attaque de pirates dans le delta de la rivière des Perles. « Cette île n’est ni assez peuplée, ni assez fertile, ni assez convenablement située pour pouvoir devenir un marché important », décrète-t-il. Du moins tant que Canton et d’autres ports chinois restent ouverts aux navires étrangers, ajoute-t-il heureusement.

Ses successeurs seront plus enthousiastes. « Une colonie merveilleuse, presque uniquement composée d’un port, l’un des premiers au monde », écrit en 1896 Louis-Marie Rabaud, un négociant lyonnais.

Quelques mois plus tôt, un jeune médecin français d’origine suisse, Alexandre Yersin (photo ci-dessus: sa statue au Musée des sciences médicales de la ville), est arrivé à Hong Kong. Une épidémie de peste frappe le sud de la Chine et le bactériologiste pasteurien de 30 ans découvre le bacille de la peste en juin 1894, dans son laboratoire de fortune installé sous une paillote, dans le quartier de l’hôpital. Autre savant, le père Delavay, un missionnaire français, qui identifie en 1888 sur une colline de l’île une plante de couleur violette et jusqu’alors inconnue: la bauhinia blakeana. En 1997, lors de la rétrocession à la Chine, cette fleur désormais très répandue sur le territoire est choisie pour orner le drapeau de Hong Kong.

Les passagers qui débarquent aujourd’hui à l’aéroport de Hong Kong, s’ils lèvent les yeux, aperçoivent suspendue dans les airs la réplique du Farman IV, le premier avion à s’être posé sur le territoire en 1911, piloté par Charles Van den Born, un Belge naturalisé français.

Certaines choses n’ont pas changé: le premier consul de France, Ernest-Napoléon Godeaux, se plaignait déjà en 1863 du coût des loyers. « Ce que j’écris aujourd’hui n’est pas très différent de mon prédécesseur », remarque le consul de France, Arnaud Barthélemy.

Et « dès sa fondation, Hong Kong devient un débouché majeur pour les vins et cognacs français », note le livre. Car les colons anglais, « où qu’ils soient dans leur empire », souhaitent continuer de savourer les vins français.

Au début du siècle, contrebandiers, truands et prostituées pullulent à Hong Kong, haut lieu de l’opium et des armes prohibées. Un rapport très officiel assure que la moitié des demi-mondaines étrangères de la colonie sont… des Françaises. Et les truands français d’Indochine, lorsque ça sent le roussi, s’enfuient pour Hong Kong.

A partir des années 50, et jusqu’à maintenant, c’est l’essor des sociétés françaises, dans la banque, le BTP…. Le 10.000e Français est enregistré au consulat en 2011.

« Hong Kong, présences françaises », fruit de quatre années de recherche, « bénéficie d’un atout temporel et géographique », souligne François Drémeaux. C’est la première fois, selon ses auteurs, que paraît une somme sur l’histoire de Français dans un pays étranger, sans doute parce que Hong Kong est un territoire peu étendu et que la période couverte est bien délimitée, du début du XIXe siècle à nos jours.

Un aïeul missionnaire en 1860, un grand-père diplomate en 1907, un cousin contrebandier en 1938, un oncle entrepreneur en 1964…. Au-delà des faits historiques, c’est en s’appuyant sur de multiples témoignages que les auteurs ont retracé cette présence française, « une mosaïque d’histoires et de personnages », selon François Drémeaux.

Pour l’historien, parmi les écrivains et journalistes passés par Hong Kong, Marc Chadourne, ancien fonctionnaire de l’administration coloniale en Océanie devenu journaliste, est un de ceux qui a su le mieux décrire dans les années 30 ce territoire où cohabitaient les deux civilisations.

« C’est la Chine, son cri de meute famélique, sa couleur d’épices, de chiffes et de fumée, son audace, sa voracité. La Chine…. Mais cette ville qui lentement émerge des buées, échafaude en un prodigieux mirage son amphithéâtre de buildings, de palaces, de bungalows, monte à la verticale, avec ses jardins suspendus, ses routes en lacets (…), c’est une ville anglaise. C’est Kong Kong », écrit le journaliste.

Les aventuriers et les missionnaires sont certes moins nombreux de nos jours, mais les Français continuent de succomber à la magie de ce territoire, estime le professeur d’histoire. Ils sont plus nombreux, beaucoup s’installent ici pendant longtemps, et hors des quartiers autrefois prisés des expatriés, note-t-il.

Hong Kong n’est « pas un endroit aseptisé », estime le professeur, qui avoue avoir éprouvé « le coup de foudre » pour le territoire lors de son arrivée en 2007.

« Quel est l’endroit au monde où il est possible d’aller marcher pendant six heures sur des sentiers de randonnée, sans apercevoir un seul immeuble, manger une soupe aux nouilles dans une échoppe de Mong Kok (quartier chinois très animé) avant de se rendre dans un centre commercial ultra moderne pour regarder le dernier film hollywoodien? » souligne-t-il.

Un charme et une diversité auxquels avait été sensible Jules Verne (qui n’y a pourtant jamais mis les pieds): dans la version originale du Tour du monde en 80 jours, restée à l’état de brouillon, c’est à Hong Kong que l’écrivain décide de marier son héros Phileas Fogg à la belle et jeune veuve Aouda.

Le porte-parole du gouvernement kényan menace la presse…

30 janvier 2013

Surprenant point presse du porte-parole du gouvernement kényan ce matin. Cela a pourtant commencé fort civilement par une invitation à un petit déjeuner de presse dans un hôtel du centre-ville de Nairobi, pour « discuter des prochaines élections ». Arrivé en retard (ça c’est normal), cet ancien journaliste reconverti dans la communication politique depuis plusieurs années, s’est lancé dans une mise en garde de moins en moins voilée contre les journalistes étrangers qui, je cite, « pousseraient le pays dans l’abîme ».

Reprenant un thème apparu récemment chez certains hommes politiques kényans, il a commencé par accuser la presse internationale d’être en bonne partie responsable des violences post-électorales de 2007-08 (1.300 morts, 600.000 déplacés faut-il le rappeler). Cela nous a déjà un peu interloqués mais le meilleur restait à venir.

« Le gouvernement n’a pas l’intention d’interférer, nous n’essayons pas de vous guider », a-t-il commencé, en se voulant sans doute rassurant. « Mais je vous demande de ne pas créer de troubles ». Puis il a continué en lançant « un petit avertissement », qui a-t-il assuré n’est « pas une menace ». Je vous l’écris en anglais car c’est difficile à traduire littéralement: « We will set you on fire before you set us on fire ».

Bon, si cela n’est pas une menace, je me demande bien ce que c’est. En tous cas, les journalistes présents l’ont bien ressentie comme telle. En y réfléchissant un peu plus longuement, il me semble que ce dérapage traduit une vraie inquiétude du gouvernement sur la manière dont vont se dérouler ces élections et sa volonté de se dédouaner par avance. On peut presque le comprendre par « si cela se passe mal, ce sera de votre faute ».

Pas la faute du tribalisme nourri depuis des décennies par les divers responsables politiques kényans, pas la faute de ceux qui ont creusé toujours plus le fossé entre privilégiés et laissés pour compte, non, la faute des média internationaux qui ont le mauvais goût de décrire la réalité kényane telle qu’elle est. Voilà qui n’est pas de très bon augure, à un peu plus d’un mois des élections…

Ushahidi reprend du service pour les prochaines élections

22 janvier 2013

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La semaine dernière, j’ai fait une incursion avec Boris dans l’antre des « geeks » ou des « techies » de Nairobi, le iHub.Une vaste salle aux allures de loft new-yorkais. Murs blancs, verts et noirs, grandes baies vitrées avec une vue sur tout le centre ville et d’où on aperçoit – par beau temps – les collines de Ngong si chères à Karen Blixen.

C’est le lieu de rencontre des fans d’informatique de la capitale kényane, de tous ceux qui rêvent de démarrer une start-up internet. Une « cool place », selon ses fondateurs, avec bar à capuccino et jus de fruits, et baby foot pour se détendre les épaules. Tout le monde ici a le nez dans un ordi,  la plupart du temps un MacBook Pro dernier cri…

Ce iHub a été ouvert en 2010 par Ushahidi, une start-up kényane qui s’est fait connaître dans le monde entier en créant une plate forme de cartographie de crise. L’histoire remonte à début 2008, au plus fort des violences post-électorales. Atterrés par le déferlement de haine, un groupe de bloggers kényans  crée la plate-forme internet « Ushahidi (témoignage en swahili). L’idée est de collecter les témoignages de violences, envoyés par sms ou mail, et à les placer sur une carte interactive, pour pallier les insuffisances des media traditionnels qui peinent à recueillir des informations fiables dans tout le pays.

Pour mémoire, 30 millions de Kényans disposent d’un télephone portable, soit 75% de la population et les sms sont très peu chers ici, donc accessibles au plus grand nombre.

L’initiative a connu un vrai succès. Les fondateurs ont reçu l’appui financier de plusieurs fondations et ils ont créé un logiciel open source accessible à tous. Depuis, ce logiciel « made in Africa » a été utilisé des milliers de fois dans plus de 150 pays pour cartographier des crises (lors du tremblement de terre en Haïti ou des incendies de forêts en Russie par exemple). Une fois les messages scrupuleusement vérifiés, la carte peut faciliter l’organisation des secours ou conduire à l’intervention des forces de sécurité (en cas de violences) par exemple.

Ushahidi se prépare désormais aux prochaines élections du 4 mars au Kenya. Elle a créé un nouveau site, baptisé Uchaguzi (élections) et prévoit une campagne de pub dans les media kényans pour mobiliser les électeurs. Et cette fois, ils pourront aussi communiquer leurs informations à travers twitter et les réseaux sociaux. Une vraie success story africaine !

Les Kényans enterrent leurs députés insatiables

17 janvier 2013

Kenyan MP state funerals 16-01-2013

Des militants de la société civile kényane ont organisé mercredi un simulacre de « funérailles nationales » pour leurs députés, qui viennent d’achever leur mandat sur un nouveau scandale. Juste avant l’expiration de leur mandat, ces derniers se sont à nouveau voté un confortable « parachute doré » de 80.000 euros chacun. Au passage, ils se sont octroyés un passeport diplomatique à vie, l’accès aux salons VIP des aéroports, et… des funérailles nationales !

Les députés kényans, qui sont parmi les mieux payés au monde (avec 9.900 euros de salaire mensuel non imposable), avaient déjà tenté de faire passer la mesure en octobre dernier mais elle avait alors été retoquée par le président Mwai Kibaki, en raison de sa non conformité constitutionnelle. Selon la nouvelle Constitution c’est à une commission indépendante qu’il revient de décider des salaires dans la fonction publique

Ils sont donc revenus à la charge, après avoir cette fois pris le soin de voter également une retraite très confortable pour le président sortant. Manoeuvre grossière mais qui pourrait néanmoins se révéler efficace. Après avoir signé sans état d’âme la loi le concernant, le président Kibaki a refusé de parapher celle concernant les députés, mais a laissé la porte ouverte à son adoption future, selon les media kényans.

Furieux, quelques centaines de Kényans ont donc pris leurs députés au mot, organisant sur le champ les funérailles nationales auquelles ils aspirent. Portant sur leurs épaules 221 cercueils noirs (un par député), ils ont traversé le centre ville en chantant de pseudo hymnes funèbres, avant de finir par mettre le feu aux cercueils empilés devant le Parlement.

A l’heure du bilan, on peut reconnaître à ce Parlement quelques vertus, notamment celle d’avoir voté l’essentiel des lois d’application de la Constitution. Mais la plupart des Kényans retiendront surtout l’invraisemblable avidité de ces députés et la corruption de nombre d’entre eux. Il sera intéressant de voir si certains seront réélus le 4 mars prochain….

PS: 80.000 euros, cela équivaut à 61 ans de salaire pour un Kényan moyen…

Tragique échec français en Somalie

14 janvier 2013

Un échec tragique. Voilà comment on peut résumer l’opération menée dans la nuit de vendredi à samedi par des commandos français de la DGSE, les services de renseignement extérieurs français. On commence à peine à connaître certains détails de l’intervention, forcément secrète, qui s’est soldée par la mort de deux soldats français et – très probablement – par celle de l’otage, Denis Allex (un pseudonyme). Mais des zones d’ombre demeurent.

Capturé à Mogadiscio en juillet 2009 avec un autre agent de la DGSE (qui s’est « échappé » dans des conditions jamais élucidées un mois plus tard), Denis Allex était l’un des plus anciens otages français. Détenu dans des conditions très pénibles, « inhumaines » a dit le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, il avait lancé un appel à François Hollande dans une vidéo diffusée en octobre dernier.

Il a eu la malchance de tomber aux mains de djihadistes qui ont multiplié les exigences politiques impossibles à satisfaire, comme la libération de combattants islamistes à travers le monde. Face à des négociations qui n’aboutissaient pas et alors que l’otage français avait été localisé dans un village proche de la côte, François Hollande a donné le feu vert à une opération « d’extraction » de la DGSE, apparemment en décembre.

Les services français ont attendu que les conditions météos soient réunies, et une nuit de nouvelle lune, pour lancer l’opération, vendredi soir. Partis de deux navires de guerre français selon Le Point.fr, une cinquantaine de commandos ont été déposés par cinq ou six hélicoptères dans une localité à 3km de Bulomarer, village où était détenu l’otage français.

Les choses ont très vite mal tourné, sans que l’on sache exactement comment ni pourquoi. Selon certaines sources, les soldats français ont été repérés à leur arrivée et les Shebab ont été prévenus par téléphone. D’autres font l’hypothèse d’un piège tendu par les islamistes qui auraient été au courant de l’opération depuis le début. Une seule chose paraît certaine, arrivés à Bulomarer, les commandos français ont été accueillis par de nombreux combattants, lourdement armés.

Après 45 minutes de violents affrontements, selon la version des Shebabs, les Français ont été contraints de repartir en catastrophe, abandonnant l’un des leurs – mort ou gravement blessé – aux Shebab. Les militants islamistes ont annoncé ce lundi la mort de ce soldat et diffusé sur leur compte twitter des photos de son cadavre, entouré d’armes prises à leurs assaillants.

On ne connaît toujours pas avec certitude le sort de l’otage, Denis Allex. Les autorités françaises sont quasi-sûres qu’il a été abattu par ses geôliers dès le début de l’opération, les Shebabs ont affirmé qu’il était toujours vivant. Depuis samedi, ils entretiennent une sorte de suspens macabre sur twitter, affirmant qu’ils l’avaient jugé et étaient parvenus à un verdict unanime, mais sans dire lequel. Une stratégie de communication diablement efficace puisque les media sont contraints d’attendre leurs déclarations pour savoir ce qu’il est advenu de l’otage français.

Dernière question sans réponse claire: y-a-t-il eu des civils tués lors de l’opération ? Des témoignages concordants venus de Bulomarer assurent que sept ou huit civils auraient été victimes des échanges de tirs, mais ils sont impossibles à vérifier, aucun journaliste indépendant ne pouvant se rendre dans cette zone tenue par les Shebab.

PS: le 16 janvier, les Shebabs ont annoncé « avoir exécuté » l’otage français Denis Allex, donné pour mort par les autorités françaises dès samedi.


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